par Frédéric Lefebvre-Naré

De nombreuses étapes ont été passées par le promoteur Fiminco et la municipalité d'Argenteuil, dans leur projet de détruire Jean Vilar et de construire sur cette parcelle un complexe de 40000 m2 de plancher et de 45 mètres de haut :

  • La promesse de vente (irrévocable et à vil prix) a été votée ;
  • La commission en charge a donné son accord pour la création d'un multiplexe ;
  • La Ville a voté de grosses dépenses municipales pour une salle provisoire (et sans parking), destinée à remplacer Jean Vilar pour plusieurs années (située sur le Parc des sports Maurice-Audin, face à la mosquée al Ihsan et à la synagogue) ;
  • La Ville a préparé une modification sur-mesure du Plan Local d'Urbanisme (PLU), une enquête publique a eu lieu, et le Territoire Boucle Nord de Seine, dont Argenteuil fait partie, a voté cette modification le 22 juin.

Pendant ce temps, la concertation promise n'a pas eu lieu, on est sans nouvelles de la commission municipale promise par le Maire pour début 2017, et qui devait associer l'opposition, et les annonces successives sur le contenu du projet le dégradent.

La très grande majorité des Argenteuillais·es souhaiteraient pourtant, j'en suis certain, un aménagement moderne et écologique de l'île d'Argenteuil, qui conviendrait à sa situation géographique et remettrait en valeur le paysage des berges de Seine.

La participation à l'enquête publique a été particulièrement forte, selon le commissaire-enquêteur, et quasi-unanime. D'après les échanges que je peux avoir dans la rue (par exemple quand nous avons tracté avec le comité Jean Vilar), ou ce que je lis sur Facebook, entre 80 et 90% des Argenteuillais préféreraient une rénovation de Jean Vilar, un passage et un stationnement libre en permanence, la possibilité de se promener en bord de Seine, et s'il doit y avoir un cinéma de plus à Argenteuil, qu'il soit mieux situé.

Mais si cette majorité reste silencieuse, la mécanique administrative et juridique continuera à faire avancer le projet : la prochaine étape est la destruction de Jean Vilar.

Pour aider celles et ceux qui le souhaitent à intervenir, nous avons rédigé, avec plusieurs membres du comité Jean Vilar[1], un texte de "recours gracieux", c'est-à-dire une simple lettre demandant au Territoire Boucle Nord d'annuler la modification du PLU, avec un ensemble d'arguments qui remettent en question ce qui a été fait jusqu'ici.

Je le joins ici en .doc : chacun·e peut l'utiliser, en garder ce qui lui tient à coeur, et l'adresser (en recommandé avec accusé de réception) au Président du Territoire. Nous en avons adressé un exemplaire, avec ma collègue au Conseil Municipal Marie-José Cayzac, ce matin.

recours_gracieux_EPT_10aou17b.doc

En voici la première page :

Objet : Recours gracieux en vue de l’annulation de la délibération du conseil de territoire Boucle Nord de Seine du 22 juin 2017, approuvant la modification du plan local d’urbanisme (PLU) qui crée à Argenteuil une zone UGP3 (constituée par la parcelle « Jean Vilar », objet d’une promesse synallagmatique de vente au promoteur Fiminco).

Monsieur le Président, Habitants de votre territoire Boucle Nord de Seine, nous avons l’honneur de formuler par la présente un recours gracieux en vue de l’annulation de la délibération du conseil de territoire, citée en objet. Nous croyons en effet indispensable de reprendre l’examen de ce projet, tant pour des raisons importantes de procédure, que pour des raisons de fond.

Sur la procédure :

1) Il est nécessaire d’informer le public sur les différentes communes concernées.
Il est nécessaire d’informer le public via internet au-delà du site municipal d’Argenteuil.
L’affichage sur la voie publique devrait avoir lieu dans toutes les communes susceptibles d’être affectées, dont Colombes.

2) Il est nécessaire de réaliser une évaluation environnementale de cette modification du PLU.

Sur le fond :

3) La cohérence de ce projet avec le Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) doit être réévaluée.

4) De nombreuses observations formulées lors de l’enquête publique méritent d’être traitées sur le fond, et ne l’ont pas été jusqu’ici, ou de façon non concluante, parfois erronée.
Les hauteurs autorisées (45 mètres) sont incompatibles avec la réglementation sur les immeubles de grande hauteur (IGH), sauf surcoûts extérieurs au projet, qui n’ont pas été examinés.
Les règles sur les espaces verts sont à relever et préciser, en particulier concernant les toitures « végétalisées ».
Cette densification du bâti impose une densification de la circulation à examiner dès maintenant, car le PLU modifié laisse peu de marge d’aménagement sur ce nœud viaire.
Les contraintes de stationnement semblent ignorées.
La contre-proposition d’EELV sur la circulation piétonne mériterait une réponse exacte.
Les observations et contre-propositions sur l’offre commerciale restent à examiner sur le fond.
Le surcoût et les contraintes liées à cette densification en zone inondable, notamment pour des logements, demandent à être précisés.
De façon générale, « l’objectif de densification » nous semble insuffisamment étayé.

Jean_Vilar_16_9.jpg

Aimons notre île… sauvons-la du bétonnage !

Notes

[1] Entre les vacances des uns et des autres !