par Pierre Belot, avec EpA

La modification du PLU, entraînée par le projet de multiplexe, a fait l'objet d'une enquête publique dont le rapport vient d'être publié.

Première remarque, quand je dis multiplexe, c'est pour faire plus court que le pompeux "Pôle à dominante culturelle, de loisirs et de commerces" (qui deviendrait rapidement PDCLC).

Deuxième remarque : on peut se demander à quoi sert le PLU si, dès qu'un projet pointe son nez, on lui taille un profil ad hoc. La modification ne consiste qu'à décrire et approuver ce projet qui va à l'inverse du PLU… précédent.

Venons-en au vif du sujet. Un projet, a priori, c'est positif. Un projet de construction, c'est encore mieux. Ça génère de la valeur ajoutée donc de la croissance ; on nage dans le bonheur. Si en plus la finalité est de faire consommer, alors les compteurs explosent. Dans ce cas de figure, n'essayez pas d'émettre la moindre critique. A moins d'opposer un argument légal, vous allez dans le mur.

On en est là. Dans ce rapport, les objections sont pertinentes, à tel point que certaines suscitent même des questions complémentaires du Commissaire-Enquêteur. Mais les réponses de l'EPT (le Territoire "T5", censé porter le projet) ne sont pas à la hauteur. Cela va de la conversation de sourds à l'argument d'autorité. Il s'agit d'un pur exercice académique. Il faut répondre. Point.

A nouveau pour faire court, je branche le décodeur de novlangue sur les questions et les réponses, et cela donne ceci :

  • Problèmes de circulation ? — Ce n'est pas encore étudié, mais on y veillera.
  • Espaces verts ? — En toitures.
  • Impact sur les commerces existants ? — Tous les commerces de Centre-ville doivent y gagner (ben voyons !).
  • Impact sur les cinémas ? — Les offres seront complémentaires. (Si le multiplexe choisit le cinéma commercial, le Figuier Blanc est coulé)
  • Pourquoi vendre au privé ? — Les objectifs du PLU seront respectés (?)
  • Remplacement de la salle Jean Vilar par une salle privée ? — Pas de réponse sur le futur coût de location.

Juste pour rire, voici la réponse au problème d'espace vert, sans le décodeur :

« La vocation de développement d’un pôle culturel, commercial et de loisirs, renforçant l’attractivité du centre-ville, nécessite une densité d’occupation du sol au sein de la zone UGP3. L’offre en espaces verts est développée de ce fait en toitures et hors sol, afin d’intégrer des éléments de végétalisation de manière innovante et de créer des espaces qualitatifs confortant son identité ».

L'espace vert hors sol, en voilà une belle innovation, une innovation qualitative confortant l'identité. Alphonse Allais voulait construire les villes à la campagne, mais il ne pensait pas que les architechnocrates du XXIe siècle inverseraient sa boutade. Pour recréer la campagne à la ville, il suffit de remettre sur le toit les espaces verts qu'on détruit au sol. Les oiseaux apprécieront.

On pourrait aussi discuter longtemps sur la volonté de "créer un signal urbain fort en entrée de ville". Encore des mots à la mode sous la plume des technocrates. J'ignorais ce désir des Argenteuillais que je voyais plutôt attiré par la reconquête des berges de la Seine.

Vous croyez que les automobilistes bloqués sur le pont d'Argenteuil ne perçoivent pas suffisamment le signal urbain fort en entrée de ville ?