par Pierre Belot, à l'heure de partir manifester.

Il est difficile de faire le tri dans tout ce qu'on entend ou qu'on ressent. Je me risque quand même à livrer quelques réflexions sur le sujet, mais une note de synthèse me parait difficile.

Les croyances et les idéologies, même les plus généreuses, peuvent facilement tourner au sectarisme et au fanatisme. Pour autant, le communisme n'est pas le goulag, pas plus que le massacre des impies n'est l'islam. Et "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens"[1] : est-ce chrétien ?

Les djiadistes en savent moins sur le Coran et l'islam que n'importe quel non musulman raisonnablement cultivé. Ils sont mieux formé à la guerre qu'à la religion.

Charlie-Hebdo ne faisait pas l'unanimité parmi les Français, loin de là. Tout comme Hara-Kiri avant lui. L'unité nationale que nous observons est davantage liée à l'horreur du massacre qu'à une défense inconditionnelle de la liberté d'expression. Une interdiction de Charlie-Hebdo aurait fait moins de vagues. Vais-je trop loin en disant qu'il y a dans ces circonstances une sorte de récupération vertueuse de la liberté de la presse ?

Dans le même ordre d'idée, j'ai entendu la question du "droit au blasphème" se poser. Je préfère parler de tolérance.

Sur le plan théologique, excusez du peu, je ne vois pas pourquoi la représentation de Mahomet, un homme, provoque ces réactions. La représentation de Mahomet était présente dans l'iconographie ancienne (bien que restant rare[2]).

Plus on cherche d'explication dans une logique strictement religieuse, plus on s'éloigne du sujet. C'est bien la preuve qu'en s'en tenant à une critique de l'islam, on se fourvoie.

Les cibles prioritaires des terroristes sont les juifs, les journalistes et les policiers. S'agissant des juifs, le rapport avec le problème palestinien est évident. Les journalistes, on comprend moins. Sans journaliste, plus de retentissement de leurs actions. Quant aux policiers, cette animosité ne se retrouve que dans le grand banditisme.

La seule explication qui prévaut est toujours la même : une minorité de tyrans en sont réduits à utiliser la terreur pour imposer leur loi. Mais ils ne signent qu'un aveu de faiblesse.

Notes

[1] Phrase, qui selon un moine de l'époque, aurait été prononcée par le légat du pape, Arnaud Amaury, lors de la prise de Béziers en 1209.

[2] Voir quelques lignes de wikipedia sur le sujet.