Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 7 septembre 2018

Au-delà d’Argenteuil

par Frédéric Lefebvre-Naré, avec les contributions d'Argenteuillais·es

Tribune écrite pendant l'été et publiée dans le numéro de rentrée de L'Argenteuillais

Les Argenteuillais·es aiment Argenteuil au point d’y rester quand ils déménagent — l’INSEE l’écrivait il y a 20 ans ; il faudrait vérifier si c’est toujours le cas.

Nous aimons Argenteuil, son rythme actif et serein à la fois : il contraste avec la tension de la capitale comme avec l’abandon de nombreuses campagnes.

Mais nous avons aussi besoin d’en sortir ! L’été est l’occasion de partir à la mer, en montagne, voir des amis, retrouver une région ou un pays d’origine, découvrir un autre monde … C’est vital pour le physique comme pour le mental, pour la plupart d’entre nous.

C’est encore plus crucial pour nos enfants, nos adolescents. Comment trouveront-ils leur voie dans ce pays, s’ils ne l’ont jamais vu ?

Argenteuil a fermé ses centres de vacances : il ne reste que le plus proche, Vallangoujard.

Est-ce faute de demande ? Certaines maisons de quartier organisent une « journée à la mer » pour les familles. Au Val Notre-Dame, la plage de Fort-Mahon était la seule destination proposée au-delà du Val d’Oise, avec une seule date. Les inscriptions pour les sorties démarraient le 3 juillet à 18h, pour Fort-Mahon c’était complet à 18h15. Combien de familles déçues ?

Est-ce faute de personnel ? Le service national, bientôt réinstauré, pourrait nous fournir des centaines de jeunes en renfort pour encadrer ces sorties en périodes de vacances.

Pas seulement en vacances : toute l’année. Le budget municipal pour les sorties des collèges ou lycées est dérisoire. Paris n’est qu’à 7 kilomètres, et pourtant ! Des enseignants qui emmènent des collégiens à Paris voient ceux-ci embarrassés par les tourniquets du métro. Ils en auront, des choses à découvrir pour se sentir capables, en 3ème, seconde, terminale, de choisir une filière, une école, un métier !

Ce 2 juillet, des statisticiens de l’INSEE présentaient une analyse (PDF) des flux d’appels téléphoniques entre quartiers. Qui est en contact avec des lieux et milieux différents ? Qui a des relations limitées aux quartiers du même milieu social, soit entre riches, soit entre pauvres ? Réponse : certains quartiers d’Argenteuil se distinguent par leurs liens avec des milieux très divers. Mais d’autres— Joliot-Curie, le Val d’Argent, une partie du Val Notre-Dame — sont marqués par la ségrégation.

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Voilà un défi pour les prochaines années : faire découvrir à nos enfants et nos jeunes la diversité de la société française.

samedi 25 août 2018

Éviter que des jeunes d’Argenteuil ne basculent dans le fanatisme

par Frédéric Lefebvre-Naré

Je suis intervenu à plusieurs Conseils municipaux pour déplorer l’obscurité paperassière de la « politique de la Ville », la faiblesse de ce qui nous était présenté sur la « prévention de la radicalisation », la composition très administrative du « comité local » chargé de cette « prévention »[1].

À mon humble avis, c’est LE problème politique, l’enjeu du prochain mandat municipal. Gauche contre droite, un immeuble de plus ou de moins, quelques euros de plus ou de moins dans le social ou la voirie, c’est important, mais c’est du pipi de chat à côté de cette fracture explosive qui nous menace.

Que faire ?

J’ai trouvé hier en librairie un petit livre tout neuf, « Prévenir la radicalisation des jeunes », signé Jean-Marie Petitclerc, que beaucoup d’Argenteuillais connaissent comme le fondateur du Valdocco[2].

En voici quatre passages notés au vol. Pour en savoir plus : babelio, RCF, vidéo ESPE, fnac, amazon, je peux aussi prêter mon exemplaire ! Et/ou en échanger en commentaires :-)

Du jeu de guerre à la guerre

« On voit des jeunes consommateurs à grande dose de jeux vidéo guerriers basculer facilement dans l’univers de Daech. (Il y a) un risque chez des utilisateurs forcenés de voir une confusion s’instaurer entre le virtuel et le réel.

Les histoires que nos arrière-grand-mères racontaient à leurs petits-enfants pouvaient être d’une violence extrême…, quand un petit garçon, perdu dans la forêt, était mangé par l’ogre. Mais (la) formule « il était une fois » établissa(i)t une frontière entre l’imaginaire et le réel.

Aujourd’hui, l’imaginaire du metteur en scène a la couleur du réel. … Au point que le jeune peut être tenté de … reproduire dans le réel ce qui l’a marqué dans le virtuel. …

Ce qui distingue le virtuel du réel, c’est … ’’la souffrance’’.

La seule chose qui puisse (influencer) ma propre violence, (c’est ma) perception de la souffrance de l’autre.

La force des djihadistes consiste à faire en sorte que les images proposées à l’adolescent apparaissent sous le jour d’un… chemin d’accomplissement de soi, « un plaisir encore plus intense » (que dans le jeu) ». (pp. 33 à 35)

Éduquer à la fraternité

« Éduquer à la fraternité, c’est faire découvrir que la différence est source d’enrichissement. … Car la peur surgit souvent de l’incapacité à anticiper la réaction de l’autre.

Éduquer à la fraternité, c’est développer l’attention aux petits, à celui qui est en difficulté. » (pp. 68-69)

« Éduquer à la fraternité, c’est apprendre à gérer les conflits. … La relation duelle est potentiellement dangereuse, … elle peut dégénérer en un « ou toi ou moi ». … L’introduction du médiateur permet la résolution du conflit dans le respect du « et toi et moi ».

J’ai pu observer combien, dans des collèges situés en zone d’éducation prioritaire, l’introduction de la formation d’élèves médiateurs avait pu contribuer à une forte diminution des faits de violence. » (pp. 70-71)

Développer l’esprit critique

« L’école, (pour) être le fer de lance d’une véritable politique de la prévention de la radicalisation », doit notamment « permettre aux jeunes de développer leur esprit critique » pour « se défendre intellectuellement contre… le mensonge et l’endoctrinement. …

Cela nécessite … que l’école apprenne aux enfants à décoder les images, afin qu’ils sachent… résister aux manipulations. On en est bien loin quand on sait la grande réticence du monde scolaire à vivre à l’heure du numérique ». (pp. 79-80)

« Où les jeunes de notre pays peuvent-ils développer leur esprit critique par rapport à des textes considérés comme sacrés, afin qu’ils soient protégés des interprétations éhontées… ?

Il est plus facile, dans notre système scolaire, d’apprendre le chinois que l’arabe …

Et ce sont des milliers d’enfants, dans nos quartiers sensibles, qui fréquentent les mosquées pour apprendre l’arabe. » (pp. 80-81)

Éduquer dans une mutation

Notre XXIème siècle et le XIXème siècle de Jean Bosco « ont en commun de connaître d’importantes mutations … En son temps, on passait de l’ère rurale et paysanne à l’ère urbaine et industrielle. Et voici que nous passons de cette ère urbaine et industrielle à l’ère des mégapoles et du numérique !

La question éducative se pose de manière cruciale en temps du mutation. … Car il est problématique de se projeter dans l’avenir. …

Dans un tel contexte, Jean Bosco était porteur de deux grandes intuitions, qui me paraissent tout à fait pertinentes … aujourd’hui :

- Jean Bosco était convaincu que la capacité à transmettre, à éduquer, était beaucoup plus liée à la qualité de la relation éducateur/jeune, qu’à la qualité organisationnelle du système institutionnel[3]. … Jean Bosco est celui qui, après la grande rationalisation du siècle des Lumières, réhabilita l’affectif au cœur de la relation éducative. …

La plupart des enseignants (d’aujourd’hui) ont été formés à la négation de la dimension affective. … On parle de la relation prof/élève comme d’une relation asexuée ! Sans affection, pas de confiance possible. … On peut fonder le pouvoir sur la menace, on ne peut fonder l’autorité que sur la confiance.

- Deuxième intuition : Jean Bosco sut décoder les phénomènes de violence — … et la criminalité juvénile était plus forte à son époque qu’aujourd’hui — comme symptôme de la faillite du système éducatif.

N’oublions pas que la violence constitue en fait la manière la plus naturelle de gérer un conflit. Ce qui est loin d’être naturel, mais qui est le fruit de l’éducation, c’est la convivialité et la paix. …

La violence des jeunes (est) en fait un problème d’adultes. … Gérer la frustration, ce n’est pas inné ! Cela s’apprend. Il appartient à l’adulte d’apprendre aux jeunes les multiples modes, inventés par les hommes depuis des siècles, leur permettant de gérer les conflits sans recourir à la violence. » (pp. 97 à 101)

Notre responsabilité commune.

Notes

[1] CLSPDR.

[2] Il est aussi éducateur professionnel, prêtre catholique et polytechnicien.

[3] Et du CLSPDR.

jeudi 5 juillet 2018

Encore 6 jours pour dire si nous voulons autre chose que des immeubles sur le site SAGEM !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Argenteuillais·es, spécialement du Centre ville, du Val Notre-Dame, du Val d'Argent Sud… L'avenir des 19000 m2 de l'ancien site "SAGEM"/Safran nous concerne ! Mais après 3 semaines d'enquête publique, il n'y avait qu'1 observation d'habitant sur le registre. J'en ai ajouté une 2ème en espérant que vienne aussi la vôtre, et la vôtre ;-)

site-sagem-google-earth.png


Je remercie M. le Commissaire de son travail sur cette enquête publique.

Je me réjouis que la Ville avance dans le projet de reconversion et de valorisation de cette friche "SAGEM". J'approuve également la création d'un emplacement réservé pour une future école (hors champ de cette modification du PLU, sauf quelques rectifications de périmètre).

Je suis étonné et déçu de voir là un projet "tout construction, tout logement", orienté vers le profit maximal, sans vision urbaine et sans services publics.

Cela peut provenir du fait que l'acquéreur est un "dépollueur" et que la Ville n'a donc pu avoir de dialogue avec un véritable aménageur. Pourtant "rappelons que sur 31 (cas d')opérations financées (par l'Ademe) en 2012 et 2013, pour 1€ de travaux de dépollution, 13 € vont être dépensés en coûts de construction" : la dépollution n'est qu'une composante mineure du projet.

Il semble que par conséquent le PLU modifié maximise simplement les possibilités foncières : ce PLU permettrait de construire jusqu’à R+5 et 19 mètres, et même plus : « Afin de permettre un épannelage des hauteurs une possibilité d’émergence des constructions est possible ponctuellement à condition de diminuer les hauteurs sur une autre partie de la construction. » Que vient faire là le terme de jargon "Épannelage" ? Selon Wikipedia, « en matière d'urbanisme, l'épannelage désigne la forme simplifiée des masses bâties constitutives d’un tissu urbain. » Ce terme ne semble donc apporter aucune limitation, et je crains que ces dispositions n'autorisent simplement le futur promoteur à aller aussi haut qu’il voudra dans la construction.

Les clubs sportifs d'Argenteuil saturent (de nombreuses sections refusent des inscriptions), et en particulier la piscine. Les créneaux horaires manquent dans l’unique bassin. Deux ne seraient pas de trop pour 110000 habitants ! La Ville annonce l'intention de réhabiliter l'ancien bassin (du même et unique centre aquatique)… après avoir longuement expliqué qu'il était ruineux, et que les fontis rendraient sa reconstruction tout aussi risquée. Par ailleurs, ce centre aquatique est à la marge géographique de la ville.

Au contraire, le terrain "SAGEM", à la lisière du centre ville, est parfaitement placé pour répondre aux besoins des écoles et des habitants. Un "petit bassin" de 25 mètres ne demanderait que 3000 m2 sur les 19000 m2 de ce terrain. Je souhaite donc vivement que le besoin d'équipement sportif sur ce site soit pris en compte dans le PLU modifié.

lundi 2 juillet 2018

Site « SAGEM » : toute la place pour une 2ème piscine !

par Frédéric Lefebvre-Naré, avec EpA. Tribune dans L'Argenteuillais

La population d’Argenteuil augmente rapidement. À quand les équipements pour ces nouveaux habitants… et les anciens ?

Les classes sont saturées : en 4 ans, la Municipalité n’a encore ouvert aucune école.

Beaucoup de CP ne seront pas réellement dédoublés à cette rentrée, même si le Rectorat envoie les enseignants supplémentaires.

Les clubs sportifs aussi saturent : de nombreuses sections refusent des inscriptions. Pour les adhérents, jeunes ou moins jeunes, les installations manquent, malgré l’ouverture de la Halle des Sports Roger Ouvrard : on se bouscule à plusieurs clubs sur un même stade aux mêmes heures ; les créneaux horaires manquent dans l’unique bassin de piscine ; et encore, quand elle est ouverte.

Le terrain que SAGEM a abandonné depuis 3 ans, entre l’hôpital et le centre ville, est très bien placé pour une nouvelle piscine ; un petit bassin de 25 mètres, qui coûterait 6 à 7 millions, demanderait 3000 m2 sur les 19000 m2 de ce terrain. Il ne serait pas de trop pour 110000 habitants !

Mais la Municipalité veut consacrer tout le terrain à des immeubles d’habitation, sauf l’emplacement déjà réservé pour une future école (mais pour quand ?…).

Une entreprise achète le terrain, dans l’intention de le revendre à un promoteur une fois qu’elle aura démoli et dépollué… sans doute avec subventions publiques.

Beau bénéfice en perspective ! Car ce PLU permettrait de construire jusqu’à R+5 et 19 mètres, et même plus : « Afin de permettre un épannelage des hauteurs une possibilité d’émergence des constructions est possible ponctuellement à condition de diminuer les hauteurs sur une autre partie de la construction. »

Épannelage, KÉSAKO ? Selon Wikipedia, « en matière d'urbanisme, l'épannelage désigne la forme simplifiée des masses bâties constitutives d’un tissu urbain. » Nous voilà bien avancés. Ce jargon servirait-il juste à autoriser le promoteur à aller aussi haut qu’il veut dans la construction, et dans le profit ?

Stop au tout-logement. Argenteuil n’est pas un dortoir. Prévoyons pour les Argenteuillais, les nouveaux arrivants aussi, les équipements indispensables !

Chacun·e de nous peut le dire, en répondant à l’enquête publique sur cette modification de PLU. Elle se tient en Mairie et sur internet, jusqu’au 13 juillet.

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