Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 2 mars 2018

Centres commerciaux : la marée descendante outre-Atlantique

par Frédéric Lefebvre-Naré

Si les centres commerciaux nous sont venus d'Amérique, c'est aussi de là-bas que vient la rumeur de leur disparition.

Alors que la Ville d'Argenteuil prévoit, avec le promoteur Fiminco, d'en créer un nouveau sur l'île d'Argenteuil à deux pâtés de maison de Côté Seine, voici, pour alimenter la réflexion, quelques extraits librement traduits de l'analyse de Time "La mort des centres commerciaux, c’est plus qu’une affaire de shopping", 20 juillet 2017.

Il y a dix ans, le centre commercial Schuylkill, avec ses 90 magasins, restaurants et kiosques, était le cœur de la vie quotidienne dans le bassin houiller de Pennsylvanie : les ados s’y rencontraient pour flirter, les seniors chaudement habillés contournaient l’obstacle. Les foules y affluaient pour la chasse annuelle aux œufs de Pâques ou le festival Lituanien, clin d’œil aux origines ancestrales des gens de la région. « Je devais dire un million de fois ‘pardon’ pour arriver au boulot », se souvient Jane Krick, serveuse au restaurant-pizzeria Suglia’s, le dernier qui reste. « C’était plein à craquer. Maintenant, on reçoit un million de coups de fil nous demandant si on est encore ouverts ! »

Mais ça ne durera pas : début mai, la direction a donné 2 à 3 mois aux derniers commerçants pour fermer. Le bâtiment sera démoli. La boule des démolisseurs mettra le centre commercial en bonne compagnie : d’ici 2022, un quart des centres commerciaux des Etats-Unis devraient fermer, victimes du changement des goûts, du fossé grandissant entre riches et pauvres, et de la vague des achats en ligne.

Rien que cette année, 8600 magasins devraient fermer. Depuis 2002, les centres commerciaux ont perdu 448000 emplois, un quart de leur effectif ; le e-commerce en gagnait 178000.

Mais les centres commerciaux n’étaient pas seulement des lieux de travail : c’étaient des points de rassemblement. C’était la place du marché de la Grèce antique, c'étaient les abords des cathédrales de l’Europe médiévale.

Dans les années 60 et 70, le développement des voies rapides et les règles fiscales ont encouragé la transformation de terres agricoles en mammouths de la consommation. La fuite des Blancs loin des centres-villes a apporté leur clientèle, isolant, du coup, les personnes qui restaient dans les vieux quartiers populaires.

Les centres commerciaux sont devenues « les nouvelles Grand’Rues de l’Amérique », écrivait William Kowinski en 1985. Au total, on en a construit 1500 aux USA de 1965 à 2005.

Il en reste 1100, dont un quart risque de fermer dans les 5 prochaines années, selon le Crédit Suisse. Certains se sont déjà transformés : en bibliothèque universitaire, en centre médical ou en auditorium.

Lesquels s’en sortent ?

D’abord, ceux consacrés au luxe. Ils bénéficient de l’enrichissement actuel des plus riches, qui n’ont pas besoin de surveiller les promos sur amazon.

Ensuite, les endroits qui donnent une autre raison de venir, que de remplir son caddie. Le Grove, à Los Angeles, a une vraie rue commerciale empruntée par un trolleybus, et accueille l’été des concerts en plein air. Le Palisades Center à West Nyack, dans l’état de New York, a son bowling, son club d’improvisation et son école de grimper à la corde.

Tout le monde ne veut pas passer son temps libre à l’intérieur ! Beaucoup des centres commerciaux actuels sont pour partie à l’extérieur, associés à des immeubles de logements et de bureaux. Ils attirent la nouvelle génération qui, si elle quitte les centres villes pour la banlieue, y cherche tout de même des quartiers denses où l’on peut vivre sans prendre sa voiture.

L’inventeur du premier centre commercial, Victor Gruen, un socialiste, y voyait les noyaux de nouveaux quartiers denses, pour contrer l’étalement pavillonnaire. Il fut déçu par le résultat : les centres commerciaux ont plutôt contribué à l’étalement ; et, de tous les aspects de la vie sociale, c’est la consommation qu’ils ont mis au centre.

Mais au moins, ils réunissaient grand-mères et ados gothiques, promeneurs tranquilles et acheteurs compulsifs. Maintenant, tout le monde est en ligne, face à son écran.

Quel aménagement imaginer pour le commerce à Argenteuil dans les prochaines années, en tirant les leçons de cette expérience américaine ?…

vendredi 2 février 2018

L'éléphant blanc gonflable (tente "Jean Vilar provisoire") coûtera bien autour de 2 millions

par Frédéric Lefebvre-Naré

À la réunion de quartier Centre Ville, Gilles Savry, adjoint à l'Urbanisme, a annoncé que les chiffres seraient publiés, concernant le coût de cette tente. C'est un plaisir de l'y aider.

1) Pour la structure elle-même

Décision du Maire n° 2017/200 :

"Dans le cadre de l’appel d’offres ouvert relatif à la fourniture et l’installation de structures métallo textiles et équipements scéniques à salle municipale provisoire Jean Vilar, les lots 1 et 2 sont déclarés sans suite pour motif d’ordre budgétaire.
Décision : AR du 20/06/2017"

Décision du Maire n°2017/381 :
(sujet passé en Commission d'Appel d'Offres du 8 septembre 2017)

Fourniture et installation de structures métallo-textiles et équipements scéniques, salle municipale Jean Vilar (sic) Lot n°1 : "Fourniture et installation de bâtiments métallo-textiles CTS", groupement autour de la société SOCOTEX : 996 002,15 € HT Lot n°2 : "Fourniture et installation de matériels scéniques et techniques", société PROXIMA SES : 231 405,44 € HT

Soit au total 1 227 407,59 € HT.

3) Les aménagements extérieurs nécessaires

Le rapport de synthèse pour le Conseil Municipal du 30 juin 2017, point 6, sur le budget supplémentaire 2017, annonce un « ajustement du budget pour l’aménagement des espaces extérieurs liés à l’implantation de la structure provisoire Jean Vilar : +500 k€ ».

Pour l’instant, ce qui a été décidé en CAO totalise 184 702,65 € HT :

CAO du 27 octobre 2017 :
Parc Maurice Audin : Lot 1 : Colas
Avenant n°4

  • espaces sportifs : 43212,38 € HT dont pour la structure provisoire (fourreaux en attente) : 750 €
  • espaces publics : 21800,40 € HT dont pour la structure provisoire (alimentation électrique de la future station de chauffage) : 6395 €

Avenant n°5 : prestations supplémentaires pour « l’adaptation et l’aménagement du parking du parc Maurice Audin en vue de l’installation éventuelle de structures provisoires » (au pluriel !) :

  • espaces sportifs : 89 952,85 € HT
  • espaces publics : 89 952,85 € HT (sic, répartition forfaitaire moit'-moit'…)

Lot 4 : Loiseleur Technifence
Avenant n°3 ; modificatifs liés à l’accueil ultérieur de structures provisoires sur la zone parking : —23 048,05 €
(travaux de plantations prévus sur le parking, qui ne seront donc pas effectués).

3) Pour le maître d'oeuvre

Décision du Maire n° 2017/384 :
"avenant n0°2 avec le groupement Agence TOPO (mandataire) (…) afin d'installer une structure provisoire destinée à l'organisation des événements… L'avenant implique une plus value de 4800 € HT".

4) Pour le chauffage de la structure provisoire

Le marché indiqué dans la partie 1 ci-dessus ne comprend pas de chaufferie ou système de chauffage.

La commande indiquée dans la partie 2 ci-dessus, avenant 4 au lot 1, prévoit une alimentation électrique d’une future station de chauffage. Mais pas celle-ci. La solution choisie serait donc de raccorder la structure au chauffage urbain, via une nouvelle sous-station. Combien coûtera-t-elle ? Ce ne sont pas des produits en rayon avec des étiquettes ;-) mais elle devrait coûter au moins 30000 €, hors conduites et émetteurs[1].

Pour une chaufferie dédiée, un budget de 150 000 à 250 000 € pourrait être réaliste, Cf. des exemples sur des installations bois : 1 ; 2. Du « tout électrique » coûterait moins cher, mais est-ce possible sous une tente, en termes de sécurité ?

Au total la dépense déjà engagée dépasse 1,4 M€, plus de 300000 € de plus ont été budgétés, et il faudra y ajouter le système de chauffage, pour plus de 30000 €.

Notre prévision d'un coût total de 2 M€ est donc malheureusement bien fondée.

Pour une tente qui devrait être en fin de vie bien avant que commence la construction de la future salle de spectacles.

Notes

[1] Ce projet à Bayonne comprend une chaufferie et 32 sous-stations en pied d'immeuble pour un total de 8,5 M€ ; ce rapport estime à 21800€ le coût unitaire de sous-stations desservant 40 logements chacune, dans des séries de plusieurs dizaines. Il précise une règle de calcul du coût : 40 €/kW pour une station de 800 kW ou 140 €/kW pour une sous-station de 115 kW. Si on utilise ce calculateur (destiné aux systèmes à air chaud), pour un "local fermé dont les portes ne s’ouvrent que 2 à 3 fois sur l’extérieur par heure maximum, sans extraction ou arrivée d’air extérieur" (hypothèse très optimiste !) sur la base d'une tente de 30m*30m*10m, en visant 20° de température intérieure pour une température extérieure de -5° (au lieu de -7° indiqué sur le calculateur), avec une isolation certes "inexistante", la puissance nécessaire indiquée est de 495 kW. Prenons alors 60 €/kW, cela donne 30000 €. Il faut y ajouter les conduites, émetteurs.

jeudi 1 février 2018

Pour 2020 : ouvrir, imaginer, retrouver l'envie

par Frédéric Lefebvre-Naré

Quelques acteurs politiques argenteuillais m'ont interpellé à propos de l'échéance municipale de 2020, suite à mon intervention dans le dernier débat budgétaire.

Certains, dans l'idée d'ouvrir ; d'autres, pour mettre des barrières.

Ces derniers s'inquiètent de la fragmentation des forces traditionnelles… dont relèvent les deux groupes municipaux actuels. Elles ont à peine totalisé 35% des suffrages argenteuillais à la législative, 20% à la présidentielle : plus des deux tiers des tendances politiques parmi les électeurs ne sont pas représentées au Conseil. Les abstentionnistes non plus par définition, les non-inscrits non plus, les étrangers non plus.

Cela inquiète légitimement les candidats potentiels de ces deux forces, LR et PS. Il s'inquiètent des risques de "division" de leurs camps respectifs. Peut-être tablent-ils sur les oppositions entre leurs principaux rivaux politiques (le FN, la FI, En Marche…) pour émerger tout de même en tête d'un premier tour, et avec une chance sur deux, en tête du second. Mais avec quelle force, avec quelle capacité de renouveler la ville, si les nouveaux engagements citoyens d'aujourd'hui sont marginalisés ?

À mes yeux, le bouleversement politique actuel, l'engagement de nouvelles personnes et d'une nouvelle génération, sont de grandes chances pour notre ville comme pour notre pays. Depuis le temps que j'espère à Argenteuil une orientation nouvelle, je ne peux que me réjouir que nous soyons plus nombreux !… même si ce bouleversement est venu d'autres familles politiques que la mienne, le centre démocrate, qui avait essayé, mais en vain.

Nous devons nous ouvrir pour innover, pour tirer Argenteuil du marasme. Nous devons nous ouvrir à tout le monde. Nous devons réfléchir uniquement pour. Et en avançant, les liens se noueront, ou se dénoueront. Des clivages se créeront ou se confirmeront. Des accords apparaîtront ou s'approfondiront. Deux ans, c'est le temps qu'il faut pour mûrir de nouvelles ententes, pour partager un nouveau projet.

Au-delà de la quasi-unanimité contre la construction de la "tour grise" et la vente au privé du site de Jean Vilar, je crois que la très grande majorité des Argenteuillais·es partagent l'espoir d'une ville agréable, verte, partagée, solidaire, entreprenante, respectueuse, qui donne envie.

Au fond je suis sur la ligne Johnny :-) … Ce qui fera réussir Argenteuil, c'est l'envie d'avoir envie.

Jetons les peurs à la déchetterie. Parlons-nous et imaginons aujourd'hui, ensemble, ce que nous pourrons demain faire, ensemble.

jeudi 25 janvier 2018

Pour qu'Héloïse d'Argenteuil relaye Natalie Portman

J'ai proposé au Maire le texte suivant, comme motion qu'il pourrait proposer au vote du Conseil Municipal ce vendredi 26 janvier. J'espère vivement qu'il la mettra au vote et que le Conseil l'adoptera. — Frédéric Lefebvre-Naré


Le monde du spectacle, celui de la politique, et l’humanité entière, prennent conscience de la place des femmes, de la terreur sexuelle que beaucoup subissent, de l’humiliation qui leur est imposée.

Samedi 20 janvier dernier, à la « Marche des Femmes », l’actrice Natalie Portman a raconté la sortie de son premier film, « Léon » de Luc Besson, alors qu’elle avait 13 ans : « J'ai ouvert avec enthousiasme ma première lettre de fan : un homme m'écrivait qu'il rêvait de me violer. (…) J'ai rapidement compris, même à l'âge de 13 ans, que si je m'exprimais sexuellement, je ne me sentirais pas en sécurité. (…) ». Elle a souhaité voir advenir « Un monde dans lequel je pourrais m'habiller comme je le veux, dire ce que je veux et exprimer mes désirs de la façon dont je le souhaite, sans craindre pour ma sécurité physique ou ma réputation : voilà ce que serait le monde dans lequel le désir des femmes et leur sexualité pourraient s'exprimer pleinement. »

La commune d’Argenteuil partage ce souhait et cette revendication.

Argenteuil a vu se former, puis gouverner une communauté, une des premières féministes de l’Histoire : Héloïse.

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Elle revendiquait, dans un monde féodal et ordonné par la religion, le droit au désir et au plaisir ; elle écrivait, enseignait, guidait aussi bien des hommes que des femmes ; elle exerçait autorité et capacité de direction, tout en continuant à veiller sur son fils.

Notre Conseil Municipal a donné, il y a 152 ans, le nom de « boulevard Héloïse » à sa plus belle voie publique, l’ancien quai de Seine, tout près du « monastère où cette femme célèbre se retira pour se livrer à l’étude et à la pratique de ses devoirs religieux et dont elle fut Prieure », comme le dit le procès-verbal de l’époque.

Nous voulons aujourd’hui aller au-delà.

Nous prendrons des initiatives et organiserons des évènements pour faire rayonner la personnalité, assurée et audacieuse, d’Héloïse, et donner ainsi un signe d’espoir et de liberté aux femmes qui, dans notre ville ou ailleurs, restent humiliées, opprimées, soumises de force au désir d’autrui et interdites d’exprimer leur propre désir.


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