Blog d'Engagés pour Argenteuil

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samedi 25 août 2018

Éviter que des jeunes d’Argenteuil ne basculent dans le fanatisme

par Frédéric Lefebvre-Naré

Je suis intervenu à plusieurs Conseils municipaux pour déplorer l’obscurité paperassière de la « politique de la Ville », la faiblesse de ce qui nous était présenté sur la « prévention de la radicalisation », la composition très administrative du « comité local » chargé de cette « prévention »[1].

À mon humble avis, c’est LE problème politique, l’enjeu du prochain mandat municipal. Gauche contre droite, un immeuble de plus ou de moins, quelques euros de plus ou de moins dans le social ou la voirie, c’est important, mais c’est du pipi de chat à côté de cette fracture explosive qui nous menace.

Que faire ?

J’ai trouvé hier en librairie un petit livre tout neuf, « Prévenir la radicalisation des jeunes », signé Jean-Marie Petitclerc, que beaucoup d’Argenteuillais connaissent comme le fondateur du Valdocco[2].

En voici quatre passages notés au vol. Pour en savoir plus : babelio, RCF, vidéo ESPE, fnac, amazon, je peux aussi prêter mon exemplaire ! Et/ou en échanger en commentaires :-)

Du jeu de guerre à la guerre

« On voit des jeunes consommateurs à grande dose de jeux vidéo guerriers basculer facilement dans l’univers de Daech. (Il y a) un risque chez des utilisateurs forcenés de voir une confusion s’instaurer entre le virtuel et le réel.

Les histoires que nos arrière-grand-mères racontaient à leurs petits-enfants pouvaient être d’une violence extrême…, quand un petit garçon, perdu dans la forêt, était mangé par l’ogre. Mais (la) formule « il était une fois » établissa(i)t une frontière entre l’imaginaire et le réel.

Aujourd’hui, l’imaginaire du metteur en scène a la couleur du réel. … Au point que le jeune peut être tenté de … reproduire dans le réel ce qui l’a marqué dans le virtuel. …

Ce qui distingue le virtuel du réel, c’est … ’’la souffrance’’.

La seule chose qui puisse (influencer) ma propre violence, (c’est ma) perception de la souffrance de l’autre.

La force des djihadistes consiste à faire en sorte que les images proposées à l’adolescent apparaissent sous le jour d’un… chemin d’accomplissement de soi, « un plaisir encore plus intense » (que dans le jeu) ». (pp. 33 à 35)

Éduquer à la fraternité

« Éduquer à la fraternité, c’est faire découvrir que la différence est source d’enrichissement. … Car la peur surgit souvent de l’incapacité à anticiper la réaction de l’autre.

Éduquer à la fraternité, c’est développer l’attention aux petits, à celui qui est en difficulté. » (pp. 68-69)

« Éduquer à la fraternité, c’est apprendre à gérer les conflits. … La relation duelle est potentiellement dangereuse, … elle peut dégénérer en un « ou toi ou moi ». … L’introduction du médiateur permet la résolution du conflit dans le respect du « et toi et moi ».

J’ai pu observer combien, dans des collèges situés en zone d’éducation prioritaire, l’introduction de la formation d’élèves médiateurs avait pu contribuer à une forte diminution des faits de violence. » (pp. 70-71)

Développer l’esprit critique

« L’école, (pour) être le fer de lance d’une véritable politique de la prévention de la radicalisation », doit notamment « permettre aux jeunes de développer leur esprit critique » pour « se défendre intellectuellement contre… le mensonge et l’endoctrinement. …

Cela nécessite … que l’école apprenne aux enfants à décoder les images, afin qu’ils sachent… résister aux manipulations. On en est bien loin quand on sait la grande réticence du monde scolaire à vivre à l’heure du numérique ». (pp. 79-80)

« Où les jeunes de notre pays peuvent-ils développer leur esprit critique par rapport à des textes considérés comme sacrés, afin qu’ils soient protégés des interprétations éhontées… ?

Il est plus facile, dans notre système scolaire, d’apprendre le chinois que l’arabe …

Et ce sont des milliers d’enfants, dans nos quartiers sensibles, qui fréquentent les mosquées pour apprendre l’arabe. » (pp. 80-81)

Éduquer dans une mutation

Notre XXIème siècle et le XIXème siècle de Jean Bosco « ont en commun de connaître d’importantes mutations … En son temps, on passait de l’ère rurale et paysanne à l’ère urbaine et industrielle. Et voici que nous passons de cette ère urbaine et industrielle à l’ère des mégapoles et du numérique !

La question éducative se pose de manière cruciale en temps du mutation. … Car il est problématique de se projeter dans l’avenir. …

Dans un tel contexte, Jean Bosco était porteur de deux grandes intuitions, qui me paraissent tout à fait pertinentes … aujourd’hui :

- Jean Bosco était convaincu que la capacité à transmettre, à éduquer, était beaucoup plus liée à la qualité de la relation éducateur/jeune, qu’à la qualité organisationnelle du système institutionnel[3]. … Jean Bosco est celui qui, après la grande rationalisation du siècle des Lumières, réhabilita l’affectif au cœur de la relation éducative. …

La plupart des enseignants (d’aujourd’hui) ont été formés à la négation de la dimension affective. … On parle de la relation prof/élève comme d’une relation asexuée ! Sans affection, pas de confiance possible. … On peut fonder le pouvoir sur la menace, on ne peut fonder l’autorité que sur la confiance.

- Deuxième intuition : Jean Bosco sut décoder les phénomènes de violence — … et la criminalité juvénile était plus forte à son époque qu’aujourd’hui — comme symptôme de la faillite du système éducatif.

N’oublions pas que la violence constitue en fait la manière la plus naturelle de gérer un conflit. Ce qui est loin d’être naturel, mais qui est le fruit de l’éducation, c’est la convivialité et la paix. …

La violence des jeunes (est) en fait un problème d’adultes. … Gérer la frustration, ce n’est pas inné ! Cela s’apprend. Il appartient à l’adulte d’apprendre aux jeunes les multiples modes, inventés par les hommes depuis des siècles, leur permettant de gérer les conflits sans recourir à la violence. » (pp. 97 à 101)

Notre responsabilité commune.

Notes

[1] CLSPDR.

[2] Il est aussi éducateur professionnel, prêtre catholique et polytechnicien.

[3] Et du CLSPDR.

jeudi 25 janvier 2018

Pour qu'Héloïse d'Argenteuil relaye Natalie Portman

J'ai proposé au Maire le texte suivant, comme motion qu'il pourrait proposer au vote du Conseil Municipal ce vendredi 26 janvier. J'espère vivement qu'il la mettra au vote et que le Conseil l'adoptera. — Frédéric Lefebvre-Naré


Le monde du spectacle, celui de la politique, et l’humanité entière, prennent conscience de la place des femmes, de la terreur sexuelle que beaucoup subissent, de l’humiliation qui leur est imposée.

Samedi 20 janvier dernier, à la « Marche des Femmes », l’actrice Natalie Portman a raconté la sortie de son premier film, « Léon » de Luc Besson, alors qu’elle avait 13 ans : « J'ai ouvert avec enthousiasme ma première lettre de fan : un homme m'écrivait qu'il rêvait de me violer. (…) J'ai rapidement compris, même à l'âge de 13 ans, que si je m'exprimais sexuellement, je ne me sentirais pas en sécurité. (…) ». Elle a souhaité voir advenir « Un monde dans lequel je pourrais m'habiller comme je le veux, dire ce que je veux et exprimer mes désirs de la façon dont je le souhaite, sans craindre pour ma sécurité physique ou ma réputation : voilà ce que serait le monde dans lequel le désir des femmes et leur sexualité pourraient s'exprimer pleinement. »

La commune d’Argenteuil partage ce souhait et cette revendication.

Argenteuil a vu se former, puis gouverner une communauté, une des premières féministes de l’Histoire : Héloïse.

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Elle revendiquait, dans un monde féodal et ordonné par la religion, le droit au désir et au plaisir ; elle écrivait, enseignait, guidait aussi bien des hommes que des femmes ; elle exerçait autorité et capacité de direction, tout en continuant à veiller sur son fils.

Notre Conseil Municipal a donné, il y a 152 ans, le nom de « boulevard Héloïse » à sa plus belle voie publique, l’ancien quai de Seine, tout près du « monastère où cette femme célèbre se retira pour se livrer à l’étude et à la pratique de ses devoirs religieux et dont elle fut Prieure », comme le dit le procès-verbal de l’époque.

Nous voulons aujourd’hui aller au-delà.

Nous prendrons des initiatives et organiserons des évènements pour faire rayonner la personnalité, assurée et audacieuse, d’Héloïse, et donner ainsi un signe d’espoir et de liberté aux femmes qui, dans notre ville ou ailleurs, restent humiliées, opprimées, soumises de force au désir d’autrui et interdites d’exprimer leur propre désir.


lundi 22 février 2016

"L'islam dans la République", Rencontres bloguées live

par Frédéric Lefebvre-Naré, avec Pierre Belot

Cent personnes au Bout du Bar à 20h20, c’est presque serré, il faudra demander la prochaine fois l’auditorium de la Mairie.

L’un des invités, Amine El Khatmi, élu PS d’Avignon, a soulevé la vindicte de la ‘« muslimsphère » sur Twitter’ selon cet article du Monde. La journaliste cite « le politologue Laurent Bouvet » : le PS, selon lui, « n’arrive pas à trancher entre un multiculturalisme normatif et une vision républicaine intégratrice. Ces deux conceptions existent au PS, qui est travaillé par ces questions mais pour autant ne les travaille pas ».

Félicitations donc à une exception au sein du PS, le député de notre circonscription, Philippe Doucet, qui organise cette soirée « L’Islam dans la République : aujourd’hui, demain » !

L’autre intervenant, Rachid Benzine, auteur des livres « Les nouveaux penseurs de l’Islam » ou « Le Coran expliqué aux jeunes, » sortira le 9 mars avec Christian Delorme, l'ex-« curé des Minguettes », chez Fayard, « la République, l’Église et l’Islam : une révolution française ».

Le député, en introduction, rappelle que les deux premières Rencontres portaient sur « les banlieues » et « la laïcité » : Des participants m’ont dit : « ça s’est bien passé ». Étrange ! Est-ce que parce qu’on avait peu parlé de l’islam ? Nous en parlons cette fois-ci.

Je n’ai même pas pensé à demander la Cave dîmière, je pense qu’on aurait eu une réponse négative. Un journaliste de Libé a franchi le périph’, ça doit être la première fois pour un journal parisien ! Bravo ! La dernière fois, 15 avaient dit venir, aucun n’était venu.

Avant de commencer, Philippe Doucet demande que l’on dégage une chaise pour « une jeune fille, célébrité du Petit Journal ».

Elle le mérite bien… elle était debout hier, à la cérémonie en mémoire de Rino della Negra.

Le député rappelle que le communiqué de Daech pour revendiquer les attentats du 13 novembre, citait une sourate du Coran… et pour la commenter, il donne la parole à Rachid Benzine !

Rachid Benzine :

L’islam aujourd’hui et demain…? Hier aussi. Pour faire de l’Histoire, il faut regarder un temps, un lieu, un groupe humain. La société des hommes du VIIème siècle vivait et croyait autrement que les hommes d’aujourd’hui.

(Bruits de chaises et de tables — on fait repasser face aux conférenciers les représentants des moquées "Dassault" et "turque" (sic) qui avaient pris place dans la partie salon, derrière la tribune.)

"L'islam c'est violent" ou "l'islam c'est la paix" sont deux discours idéologiques, qui parlent surtout de la personne qui les tient ! Verset contre verset, c'est la controverse…

La société française est analphabète en religion ; quand on parle de religion, elle ne sait pas ce que c'est. Elle est dans le déni du religieux, elle dit "ce sont des questions sociales, politiques, économiques…" La page de l'Algérie n'est pas encore tournée, cette guerre continue à servir de prisme, notamment à gauche. Son projet c'est l'émancipation de tout, et le religieux est un "opium du peuple" que le progrès social ferait disparaître ! Et pour la droite, l'islam est un problème d'immigrés, de banlieue, alors même que des jeunes de la bourgeoisie d'origine européenne rejoignent Daech ! La laïcité est citée comme arme contre les musulmans. Les Français de confession musulmane doivent aussi s'émanciper de cette tutelle étatique — pas seulement s'émanciper de l'Algérie, de la Turquie et autres !

Mon travail est d'étudier le Coran, la biographie élogieuse du prophète (Sira) et tous les textes nés par la suite. L'islam ne devient une religion au sens dogmatique qu'au IXème siècle, avec la mise par écrit, la théologie, la jurisprudence… Aujourd'hui beaucoup de Musulmans construisent des discours mélangeant des morceaux de textes de différentes époques… L'islam du VIIème siècle est une alliance, dans une économie de survie, entre habitants d'une vallée sèche où la vie est très difficile : La Mecque. Plein de gens cités par le Coran refusent d'aller au combat, parce que le risque de mourir c'est celui d'affaiblir son clan !

L'idée que "celui qui change de religion, tuez-le" apparaît vers le IXème siècle. L'imaginaire "islamique" diffère de celui de l'époque "coranique".

Ceux qui se sont fait exploser le 13 novembre ne sont pas des productions du Moyen-Orient, ce sont des enfants de la République, français, et enfants de l'islam. "Ce n'est pas des musulmans" c'est du déni, quelqu'un qui se revendique de l'islam est musulman, même si son islam n'est pas le nôtre.

Daech repose sur trois mythes puissants :

  • celui du califat — qui était encore une forme politique en islam en 1924 ;
  • celui de la fin du monde — quelque chose qu'on a oublié dans le monde d'aujourd'hui : faute de donner un sens à leur vie, ils cherchent à donner un sens à leur mort.
  • celui de la Oumma, un (monde) où les purs seront entre eux.

Face à cela, trois types de jeunes :

  • certains se retrouvent dans un parcours chaotique, retournent la violence contre la société, comme Mohammed Merah ;
  • certains disent "faute de vivre ensemble, vivons entre nous", repli salafiste : à l'origine, une insécurité culturelle;
  • d'autres disent "faute de vivre ensemble, partons ailleurs".

Le site le plus consulté par les musulmans est muslima.com, un site de rencontres ; puis mektoub, et le 3ème site est religieux.

Est-ce que l'islam est pertinent pour l'ADN de la culture française, les philosophes, l'organisation sociale, la construction du lien dans la République ? Ce sont des vraies questions. Ne soyons pas sur la défensive, créons. Quelle espérance donnons-nous à nos jeunes ? C'est la question du sens, de la spiritualité. Je vous remercie.

Philippe Doucet redemande une relecture de la sourate citée par Daech !

Rachid Benzine : un historien est un chercheur, qui peut poser des questions auxquelles il n'a pas de réponse.

(On projette à l'écran un extrait de la sourate 59 sur "ceux qui pensaient que leurs forteresses les défendraient contre Allah…")

Un verset comme ça, il est utilisable par n'importe qui !

La tradition musulmane voit dans ce verset —qui ne parle pas de massacre ! Il n'y avait pas de massacre dans la société de Muhammad, mais des alliances ! — l'affirmation que c'est Dieu qui agit, qui "lance la terreur dans les coeurs", ce ne sont pas les hommes.

Ce qui arrive aujourd'hui, c'est que des hommes se prennent pour Dieu et agissent à la place de Dieu !

Les universitaires disent qu'il est "impossible de retrouver de la factualité dans l'islam premier", car celui-ci ne nous est connu que par une tradition religieuse constituée 150 ans plus tard. Il faut accepter de ne pas savoir.

Amine El Khatmi : Je pressentais qu'il serait difficile d'intervenir après Rachid Benzine et son exposé brillant.

La question de la jeunesse, et de l'espérance, est essentielle. Qui peut trouver une excuse aux terroristes ?

(Le phrasé et la gestuelle très "politiques" de l'intervenant font rire ma voisine. C'est un fait, les responsabilités d'élu obligent à des mots plus répétés, polis, à un jeu de scène… La liberté du chercheur est enviable à côté !)

J'ai été interpellé sur la question de la laïcité, mot trop souvent utilisé pour stigmatiser l'islam. Marine Le Pen a compris le mécanisme. Mon parti ne porte pas suffisamment cette question de la laïcité, on n'a pas suffisamment travaillé. Ne laissons pas la laïcité à l'extrême-droite !

Sur "Des paroles et des actes" (le 22 janvier), David Pujadas invite une "jeune femme apolitique, professeur d'anglais, candidate aux élections régionales" (ça m'a un peu étonné), à interpeller Alain Finkielkraut. Elle le fait de façon irrespectueuse, en le qualifiant de "pseudo-intellectuel" et en concluant "taisez-vous !", drôle de façon de débattre. J'ai twitté que j'en étais "affligé", et je découvre dans la foulée qu'elle est proche du "Parti des indigènes de la République" qui dit "lutter contre toutes les formes de domination qui fondent la suprématie blanche à l'échelle internationale".

Le débat (sur Twitter) démarre et dérape aussitôt (des tweets insultants sont projetés à l'écran) ; on me reproche de l'attaquer comme "non-blanche", un concept que je découvre à cette occasion ! "On crache sur ses coreligionnaires", "tes semblables on les appelle les Arabes de service", ça a duré plusieurs jours.

Ma position, c'est de réserver l'expression de ma foi à la sphère privée, et de ne pas mettre en avant cette dimension religieuse dans le débat public. Car un élu est celui des citoyens de toutes religions, même ceux qui n'ont pas voté pour lui !

On publiait mon adresse, celle de ma mère…

Situation extraordinaire, mes camarades, mon parti s'est tu, silence radio pendant 1 semaine ; tandis que les militants du FN et d'extrême-droite étaient ravis de l'occasion de dire soutenir un Arabe, tous ces gens disaient "Amine Le Pen…" (rire général à commencer par l'intervenant). Je n'allais pas dire "que Dieu me pardonne", mais enfin !

C'est leur stratégie, ce n'est pas une surprise.

Mais que dans le camp républicain, rien ? De grands responsables politiques, anciens membres du gouvernement, m'envoyaient des messages privés "tiens bon, on est là, on est avec toi… (mais je ne le dirai pas) !".

Ces questions seront au coeur de la prochaine élection présidentielle. Avec celles du chômage et du terrorisme. Si nous à gauche, on n'est pas capable de se mettre sur une position commune… face à Marine Le Pen… on sera balayés, et la France avec nous.


Question d'une participante : "Est-ce que pour vous, le port du voile c'est exprimer son attachement à l'islam ?"

Coprésident du groupe d'amitié islamo-chrétienne : "Je remercie mon ami Rachid Benzine d'être venu à Argenteuil. Tu dis que la gauche veut mettre la religion le plus loin possible, et que la droite réduit l'islam aux banlieues, pourras-tu développer ? Tu as semblé dire qu'il n'y a pas d'offre pour la jeunesse, pourtant la richesse de l'islam est là. Enfin, est-ce que tu penses que le dialogue entre des chrétiens et des musulmans peut contribuer à vaincre ces préjugés ?"

Président d'honneur de l'association Nour, Jouy-le-Moutier : "concernant la jeunesse : ceux qui rejoignent Daech sont souvent des convertis qui connaissent mal l'islam. La chahada ne suffit pas pour devenir musulman. Que faire pour que ces jeunes ne rejoignent pas Daech ?"

"Bidel" (?), Argenteuil, "de confession musulmane, franco-algérien" : "on a parlé de verset coranique, je pense que le problème est d'abord social. Mon père est arrivé en France en 1973 un vendredi, le lundi il avait du boulot. Il avait la moustache, il ne savait pas parler français. Je suis plutôt mignon (rires), j'ai un super-CV… Je lui ai posé la question "40 ans en France, tu a encore un accent, comment ça se fait ?" Il résidait au foyer Sonacotra de la gare d'Argenteuil, il n'allait pas à beaucoup d'endroits où on parlait français ! Je pense que je suis bien intégré. Mais en passant mes vacances à Menton, j'ai vu qu'il y avait beaucoup de zones de non-droit pour les "non-Blancs" ! Parce que ma femme portait le voile. Je me suis pris la tête avec quelqu'un, il m'a répondu 'à Menton on n'a pas beaucoup d'HLM'. Il faut avoir 60 ans et être Blanc pour passer ses vacances à Menton ? Il y a beaucoup de problèmes qui font qu'un Franco-Musulman peut être frustré, ici en France !"

Marie-José Cayzac, "conseillère municipale très d'opposition" : "je veux rebondir sur (cette) dernière intervention. (Bidel) parle de son père comme "Maghrébin" et se définit comme "Musulman", ce n'est pas anecdotique. Je ne crois pas que notre pays soit dans le déni du religieux. Notre temps est rythmé par un certain nombre d'événements catholiques. La religion catholique a perdu énormément de pratiquants. La laïcité a été vécue comme un éloignement du religieux. Une élue porte le voile dans notre Conseil Municipal. Est-ce acceptable ? Si un élu portait la kippa, serait-ce acceptable ? On a laissé faire pour des raisons électoralistes, une porosité entre religion et politique."


Rachid Benzine : "la question du déni est fondamentale. Dire que les attentats 'n'ont rien à voir avec l'islam' c'est refuser de comprendre. Marx disait : 'on ne peut pas faire une critique du capitalisme sans faire une critique du religieux', la gauche l'a oublié ! Le religieux est lié au social, etc., mais il est autonome. Les problèmes économiques, sociaux, sont très importants, mais faire l'impasse sur l'islam c'est manquer des motivations qui peuvent pousser des personnes à passer à l'acte. Des familles entières qui travaillent (ont un emploi) rejoignent Daech ! J'ai été en prison discuter avec des intégristes, j'y ai rencontré des docteurs en Histoire, des ingénieurs… Il faut aussi se battre sur le terrain des idées !"

"Les terroristes sont plus 'intégrés' qu'issus de familles 'communautaristes'. Les familles maghrébines ont voulu épouser le modèle social français, c'est lui qui les a fait exploser. Alors que les familles turques ! C'est très communautaire ! Et aucun jeune Turc de France n'a rejoint Daech."

(Une participante : "d'où vous savez ça ?" — "Les RG ont tous les noms", répond Philippe Doucet).

"Ceux qui ont fait la marche pour l'égalité, on leur a dit de retourner dans leurs quartiers. La 3ème génération, qui ne regarde plus vers les pays d'origine, voit dans l'islam un élément de valorisation identitaire, transnational".

"S'il y a encore des attentats, je crains que la prochaine étape, ce soit des lynchages. La violence monte dans la société française. Il faut l'apaiser. Que chacun prenne ses responsabilités. Qu'il ne dise pas 'je ne savais pas'."

Amine El Khatmi : "Sur le port du voile, je n'ai pas à me prononcer au nom des femmes qui décident de le porter. Ce que je sais comme élu, c'est qu'il y a des lois, des règles, des cadres. Qu'une élue vienne siéger voilée, les bras m'en tombent, ça me choque. Et ça me choquerait si c'était une kippa. On est dans une Assemblée républicaine d'un pays laïc. Il ne doit pas y avoir de signe religieux visible. Les choses à mon avis sont claires."

"Célia", qui a posé la première question sur le voile déclare que la réponse "ne lui convient pas".

Amine El Khatmi : "c'est la mienne, je ne la changerai pas !". (rires, applaudissements).

"Sur les jeunes qui rejoignent Daech, les raisons 'sociales' ne suffisent pas. J'ai grandi au quartier de la Reine-Jeanne d'Avignon, mon père chauffeur routier,…, j'ai bien senti que mon prénom Amine et mon quartier posaient problème… Quand je voulais devenir avocat on m'a dit 'fais ton BTS'… Ça m'a poussé à avancer ! à 20 ans on a d'autres rêves que de se faire sauter. Ça doit être un moteur et pas la résignation." (Applaudissements).

Des gens qui jouent avec le feu, il y en a eu à droite, il y en a eu à gauche aussi ! Je ne suis pas loin de Montpellier… Des gens ont préféré renier leurs valeurs pour quelque bulletins de vote. Il y en a qui perdent leur honneur pour gagner les élections, certains perdent les deux. En voyant tous ceux qui se sont retrouvés sur la liste Bartolone au second tour des régionales… Clémentine Autain, ça fait des années qu'elle tient des positions insupportables."


(Nombreuses demandes de parole. Philippe Doucet, de grande bonne humeur, annonce qu'on prendra le car pour Menton à 2 h du matin.).

Participant : "Athée, pour moi les religions sont une invention humaine, je m'en passe facilement. Mais je veux en savoir un peu plus. Le jour où vous êtes marié, votre femme à la maternité est présentée à un docteur masculin, quelle est votre position ?"

M. Mirbelle, SHAAP 'le Vieil Argenteuil', "Argenteuillais de vieille souche, admirateur d'Alain Finkielkraut : je pensais qu'on allait aborder des questions de fond sur l'islam. Est-il un monothéisme ? Le Coran est-il l'incarnation de Dieu, ou une pensée à comprendre ou interpréter. Et pourquoi n'y a-t-il pas de monachisme (de moines) en islam, comme exutoire à l'engagement de ces jeunes ?"

"Enseignant de la langue arabe à l'institut islamique al-Ihsan, dit 'mosquée Renault' : comment nous voulons cette République ? Laïque ou pas laïque ? Elle a une histoire, on ne peut retirer Saint Thomas d'Aquin de l'Histoire… héritier du courant de pensée de 'saint' Averroès, qui nous a redonné Aristote…"

"Le niveau monte", commente Philippe Doucet : "Ce n'est pas un asile de fous, c'est juste Argenteuil !"

Alima Boumediene-Thiéry : "La guerre d'Algérie reste malheureusement très présente dans ce débat. On oublie que la laïcité c'est d'abord le respect des autres et des différences, ce n'est pas leur négation. Le débat sur la déchéance de nationalité renvoie à une 'immigritude' des gens qui sont présents depuis plusieurs générations, les renvoie au désespoir."

"Je m'appelle Saïdi, merci d'avoir fait cette rencontre. C'est plus une remarque qu'une question. Pourquoi on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure ? Mais seulement des gens qui frappent un gynécologue… Au Maghreb aussi il y a des hommes gynécologues qui font accoucher des Maghrébins (rires)… des Maghrébines ! Laisse 'musulman' à la porte de ta maison, tu es Français point."

"Je m'appelle Zyneb, j'habite à Argenteuil, j'ai une question pour M. Benzine : vous parliez de l'interprétation des versets, comment faire pour que les Français aient conscience que cette interprétation est biaisée et fausse ? Le KuKluxKlan était catholique (protestations), chrétien, excusez-moi, mais aujourd'hui on ne l'associe plus au christianisme."

Rachid Benzine : "Il n'y a pas de parole de Dieu qui ne passe par une parole humaine, et la parole humaine s'inscrit dans une culture. Dans l'islam du VIIème siècle, procréer est essentiel pour la survie du groupe, il n'y a pas de place pour des moines. Lorsque Muhammad ibn 'Abd Allah ibn 'Abd al-Muttalib prend la parole, il n'est ni exégète, ni théologien, ni juriste, ni mystique. Tout cet appareillage n'est pas là. La construction dogmatique du Coran, (savoir) s'il est créé ou incréé, consubstantiel à Dieu ou pas, ce sont des éléments qui arrivent au IXe siècle parce que les chrétiens, qui ont déjà conceptualisé la divinité de Jésus, demandent aux musulmans de rendre compte de la notion de révélation de la prophétie ; et que les musulmans qui sont dans une culture grecque, notamment au niveau des Abassides, vont reprendre les catégories de pensée grecque pour penser cela. Ça n'a pas empêché, même si le Coran est incréé, d'avoir une multitude d'interprétations et d'exégèses.

Quand je disais 'le Coran est-il pertinent intellectuellement' : vous trouverez à la Fnac des livres de philosophes athées qui puisent des références dans la Bible… très peu dans le Coran ! Malheureusement ! Le religieux fait partie de ce qui peut créer du lien, de la communauté.

Il y a dans l'espace public deux discours identitaires qui sont les deux faces d'une même pièce, et les deux discours tournent en 5 étapes : 1- il y a "nous" et il y a "eux" (les croyants / les Français) 2- je méprise "eux" (les mécréants / la religion la plus conne) 3- je considère que "eux" exerce une violence symbolique contre nous (le porc devant la mosquée / voyez comment ils traitent leurs femmes) 4- "eux" me menacent (ils interdisent le voile / ils attaquent la laïcité) 5- "eux" "nous" menacent (ils attaquent l'islam et les pays musulmans / ils font des attentats chez nous).

Tant que l'islam n'acceptera pas la pluralité en son sein, ce sera très difficile (chiisme, sunnisme, wahhabisme, Frères musulmans, islam traditionnel, etc).

Ceux qui pensent Daech sont de véritables théologiens et de véritables juristes. Ils vont chercher leurs arguments dans la tradition islamique. Ce sont des textes médiévaux qu'ils réactivent. Le n°8 de la revue de Daech répond point par point, avec des arguments tirés de la tradition islamique, aux Musulmans qui attaquent Daech. Le problème n'est pas l'interprétation, c'est le statut de l'interprétation, le "c'est comme ça et pas autre chose". Il n'y a pas un mot du Coran sur lequel les savants musulmans n'ont pas été divergents !

Selon une enquête dans les Bouches-du-Rhône, 70% des élèves musulmans et 34% des catholiques disaient que "la loi de Dieu est supérieure à celle de la République", et 80% des Musulmans pensaient qu'il n'y a qu'une interprétation de l'islam. Le futur de l'islam est sur internet, pas dans les mosquées ! (Mouvements divers). Les extrémistes sont sur internet, pas les gens normaux… mais si vous ne vous occupez pas d'internet, internet s'occupera de vous.

Que nos enfants entendent aussi les catholiques, les protestants. Il y a un courant athéiste : il faut que les gamins l'entendent aussi. Dieu doit demeurer une question, Dieu n'est pas une réponse. Ne soyons pas dogmatiques avec les gamins. Le mot "muslim" est traduit par "soumis", alors qu'au VIIème siècle, certainement pas ! Les Arabes ne se soumettent pas, Dieu le sait ! (rire). Le muslim est celui qui accepte de dépendre d'un allié divin. "Dieu est l'allié de ceux qui s'engagent, qui se rallient".

L'arabe devrait être enseigné dans les collèges comme langue de culture, aussi à Thomas ou Jérémie, si Jérémie est encore dans les collèges. Nous avons créé des ghettos mentaux. Les sociétés sont très fragiles, elles peuvent basculer du jour au lendemain dans la violence.

Vous êtes d'Argenteuil, je suis de Trappes…"

Philippe Doucet répond à Alima Boumediene : "je suis un optimiste, un optimiste de l'action. Il y a des éléments positifs apparus depuis les attentats. On parle enfin d'apartheid sur les quartiers de la politique de la Ville. La réalité nous a sauté à la figure. Pour l'essentiel ces terroristes étaient des petits Français, 5 petits Français… et 2 binationaux… belgo-marocains.

FN : les amoureux de Saint-Nicolas du Chardonnet (= l'intégrisme catholique) sont devenus des amoureux de la laïcité ! La loi de 1905 ne contient pas le mot "laïcité". Elle dit que l'État est neutre par rapport aux religions. Mais la laïcité c'est aussi Voltaire qui défend le chevalier de la Barre, (décapité et brûlé) pour avoir blasphémé contre une croix sur un chemin. La critique des religions devient une composante d'une longue histoire politique française. Tandis qu'en Angleterre, même après les attentats, on ne montre pas la Une de Charlie "tout est pardonné". Aujourd'hui ces deux dimensions de la laïcité se heurtent, parce que la présence de l'islam (soulève des contradictions).

Manuel Valls note qu'à lui, qui a acquis la nationalité française à 20 ans, on n'a jamais parlé d'intégration. "L'immigritude" dont parlait Alima touche le Maghreb et l'Afrique Noire.

De 1962 à 1966, après l'indépendance algérienne, 400000 Algériens émigrent en France, une histoire compliquée qu'on n'a pas réglée.

La discrimination se mesure ; la stigmatisation se situe dans le discours.

On doit avoir — et c'est là que (les présidents de mosquées) sortent le couteau pour me couper les oreilles — une organisation de l'islam de France en-dehors des pays d'origine. Il faut cette territorialisation.

Si on met face à face les Indigènes de la République et le FN, ça peut finir en guerre civile. Comme l'a montré Rachid Benzine, on désigne l'autre en ennemi.

La République ça veut dire "faire du commun ensemble". L'éducation doit faire du commun. En France, il y a beaucoup de mélange… alors qu'aux Etats-Unis, les mariages mixtes Noirs-Blancs, c'est 2% !"

Amine El Khatmi : "Je vais conclure en quelques secondes. Il y a la question de l'hôpital… je me pose les questions quand elles arrivent ! Je me marie, et à supposer que la femme en question soit voilée… ? Je suis pour l'application des principes de droit. Ma mère est voilée, son médecin traitant est un homme. Je ne suis pas pour les régimes d'exception. Je ne suis pas pour réserver des créneaux par catégories dans les piscines municipales.

Si une femme voilée en danger ne veut pas être touchée par un homme, on ne va pas la laisser mourir ! Mais n'ouvrons pas de brèches, pas de régimes d'exception."

Célia : "À Sarcelles, la communauté juive a des créneaux…"

Amine El Khatmi : "J'en pense la même chose".

"Enfin, primordial, la question du commun, du 'nous Républicain'. La République est le cadre qui peut rassembler le plus grand nombre. Un cadre religieux ne peut rassembler le plus grand nombre. Le cadre républicain prime donc sur tous les autres."

Philippe Doucet invite à un verre "un peu américain" et remercie les intervenants et le public. Applaudissements et fin du liveblogging !

Texte précisé le 24 février sur quelques points mal notés en live, merci Pierre.

mercredi 10 février 2016

"Journée du Vivre Ensemble" de l'OL 95 et du Grand Orient, live

par Frédéric Lefebvre-Naré

L'Observatoire de la Laïcité du Val d'Oise et le Grand Orient de France organisent ce soir 20h, à l'auditorium de l'Hôtel de Ville d'Argenteuil, à l'invitation du Maire, une conférence à plusieurs voix :

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Après inscription sur le site web (en raison de la place restreinte, indiquait l'Observatoire), confirmation de l'inscription reçue par mail, contrôle d'identité à l'entrée, me voici dans la salle du Conseil. Nous y sommes une quarantaine à 20h15, alors que, me dit ma voisine, des personnes ont été refusées faute de place. Nous attendons donc les foules qui doivent être massées à l'extérieur !

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En attendant le début des débats, deux réflexions personnelles : la laïcité est une valeur essentielle à Argenteuil. Bien enracinée depuis un siècle et bien plus. C'est heureux que les Maires successifs s'en soient saisis. Et ce n'est pas surprenant que les membres, non-Argenteuillais à ma connaissance, de l'Observatoire de la Laïcité du Val d'Oise, se saisissent régulièrement de l'actualité argenteuillaise, ou organisent chez nous cette réunion.

Il fait tout de même bizarre, pour un Argenteuillais, de lire "première journée du Vivre Ensemble" alors que la précédente Municipalité en avait organisé deux (si mon souvenir est bon), avec la participation des différents lieux de culte, qui ouvraient leurs portes aux curieux ! J'avais découvert la synagogue à cette occasion, avec une passionnante conférence du rabbin Serfati sur les dialogues judéo-musulman et judéo-chrétien. (De mémoire : "les chrétiens sont devenus les meilleurs amis des Juifs", une blague sur la blague séfarade "les Ashkénazes sont les meilleurs amis des Juifs").

Entrée de M. le Maire, laissons là les réflexions préliminaires.

Laurence Marchand, présidente de l'Observatoire, ouvre la séance, devant environ 80 personnes :

L'association, créée en 2010, "travaille sur la question de la laïcité dans le Département, et travaille énormément sur Argenteuil, encore plus ces derniers temps avec Georges Mothron. La loge "la Table d'Émeraude" du Grand Orient, à Argenteuil, après les attentats contre Charlie Hebdo, a souhaité organiser cet événement." "Georges Mothron, à ma droite, un grand nombre de ses adjoints sont présents".

"Patrick est responsable de la commission Laïcité au sein de l'Association des Maires de France.

Isabellle Kersimon a écrit le livre "Islamophobie, la contre-enquête", et étudié 10 ans de statistiques sur l'islamophobie. Elle est aussi spécialiste de l'islamisme.

Jean-Christophe Poulet, maire de Bessancourt et président de l'École de la Seconde Chance (sic), parlera de la manière de parler de la laïcité aux jeunes.

Céline Rigo, du syndicat UNSA, est professeur d'Histoire-Géo dans la région de Lille.

Georges Sérignac était jusqu'à l'année dernière président de la Région Ile-de-France du Grand Orient et a présidé le Convent.

Je laisse la parole à Georges Mothron qui va nous accueillir".

Georges Mothron : "Je vais me lever, j'ai préparé une antisèche, Argenteuil, vous l'avez dit a été parfois citée, j'aurais préféré que ce ne soit pas le cas."

"L'organisation de ce débat en Mairie d'Argenteuil est symbolique, chacun le comprend, au regard d'une actualité récente. J'espère des débats apaisés et en même temps exigeants, qui se concrétiseront par des propositions.

La laïcité ne se décrète pas, elle se vit et se défend. Ce principe guide mon action et celle de mon équipe depuis le printemps 2014.

La laïcité ne va plus de soi. Force est de constater que la précédente Municipalité avait une conception à géométrie variable de la laïcité, la presse a largement stigmatisé ces écarts, pour ne pas dire dérapages. Elle a ouvert une boîte de Pandore qu'il nous est difficile de refermer.

Pourtant la situation évolue positivement, nous ne transigerons pas, nous ne reculerons pas, nous continuerons de traiter de manière égale tous les cultes.

J'ai Argenteuil chevillée au corps, j'y suis né.

Mon éclairage et ma vision de la pratique de la laïcité : elle fait partie de notre socle commun et contribue au bien vivre ensemble, mais ce principe est parfois difficile à faire vivre, pour les élus locaux. Les représentants des cultes sont des relais primordiaux avec lesquels nous tissons des liens de confiance réciproque. Ils contribuent au bien-vivre ensemble. Tout Maire peut engager avec eux un dialogue constructif.

Des difficultés persistent. Des citoyens pour qui leur foi fait leur seule identité, pour qui le moindre refus d'entorse au principe de laïcité est vécu comme une agression personnelle… (…) Les obstacles qu'il nous faut franchir sont aussi réels que sensibles, ils s'intensifient. Les événements de 2015 ont été l'occasion d'âpres débats et interrogations autour de la laïcité. Ils ont mis la laïcité au coeur de la vie politique, médiatique, et de fait, locale. Une grave crise couve sur notre territoire. La laïcité est une réponse à celle-ci.

On brûle des églises, on saccage des mosquées, … , on tue des innocents. L'athéisme officiel de la Russie a cédé la place à une Église orthodoxe omniprésente. Le cadre juridique est mis à mal. Dans les Mairies, crèches, entreprises, hôpitaux, piscines, le principe général de la laïcité est confronté à des difficultés d'application pratique. Notre communauté nationale ne saurait tolérer" une non-application de la laïcité.

Pour conclure, la laïcité ne saurait être la religion de ceux qui n'en ont pas ; ne saurait être une arme contre les religions ; ne saurait être brandie contre une religion, la religion musulmane par exemple.

Elle doit permettre de ne pas voir la seule religion constituer la base de développement de nos enfants, de nos compatriotes.

C'est le plus sûr moyen de rejeter les amalgames. Liberté, égalité, fraternité et laïcité."

Laurence Marchand : Isabelle Kersimon "va nous expliquer pourquoi la France n'est pas islamophobe".

Isabelle Kersimon : "mon parti pris méthodologique est en rupture avec la tradition de la laïcité. Il s'agit d'une analyse du discours de ceux qui parlent d'islamophobie. Depuis la fameuse affaire du salon de Pontoise, j'observe une frénésie et une confusion. En 2009, il m'était impossible de publier des articles sur ce que recouvrait précisément ce concept d'islamophobie, impossible de mettre en doute les chiffres du Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF) : c'était 'tabou', 'trop sensible', ce qui m'a décidé à travailler sur un essai. Celui-ci a eu très peu de recensions, cela reste un sujet qui fait peur, peur de prendre le risque de blesser nos compatriotes musulmans.

Le CCIF est maintenant, heureusement, objet de débat, mais parfois plus d'un buzz que de réflexion.

Des experts tout à fait sérieux travaillent sur ces sujets : il faut s'en tenir aux faits, pas à de grandes idées générales. Je crains que le grand public mésinterprète certains discours.

Aux mots "vivre ensemble", je préfère "cohésion républicaine".

Je crains que des musulmans ne finissent par trouver à l'islam politique des vertus apaisantes.

Quand j'entends dire que tous nos politiques sont pourris, compromis avec le communautarisme… certains, trop ; mais ce n'est pas le cas général."

Je crains que "la fragmentation de notre société en communautés" ne conduise à "une guerre de tous contre tous".

J'ai éprouvé une colère en voyant comment Najat Vallaud-Belkacem a été attaquée sur Facebook, montrée voilée, dénoncée comme islamiste cachée au gouvernement… c'est abominable.

La France n'est pas islamophobe et ne l'a jamais été.

Une partie de l'extrême-gauche brandit le temps des croisades ou de la colonisation comme preuve d'une haine ontologique de la France à l'égard de l'islam. Il est grand temps de dépassionner les débats, de déconstruire cette articulation fondamentale et nocive, le concept d'islamophobie.

L'Organisation des États Islamiques OCI, auteur de sa propre Déclaration des droits : je pose la question, cela exclut-il les musulmans des droits universels ?

Le droit à la liberté d'expression est considéré comme islamophobe par tous ceux qui défendent ce concept… L'OCI a oeuvré au plan international à faire valoir une notion de "diffamation contre les religions", qui a été finalement abandonnée.

On respecte les personnes, pas les symboles religieux.

Le désaccord avec la religion islamique n'est pas du racisme.

Abdennour Bidar demandait aux musulmans, 5 jours après Charlie : 'd'où viennent les crimes de ce prétendu État islamique ? De toi-même, de ton propre corps'.

Les musulmans qui aspirent à de nouvelles voies contre leurs pays… c'est du monde musulman lui-même que proviendront les solutions.

'La faute de l'Occident', la question de la maltraitance du monde musulman par les non-musulmans, c'est la question centrale.

Pour l'OCI, le rejet de l'islam est une constante de l'Occident depuis le VIIème siècle[1].

Cette rhétorique d'un vaste complot contre l'islam est très répandue.

Le CCIF traite la France de 'pays le plus islamophobe du monde'.

Ces gens (qui défendent le concept d'islamophobie) pillent, tuent et massacrent des musulmans en terre d'islam. Pour eux, être républicain, c'est être islamophobe.

Les revendications identitaires, voiler les petites filles… provoquent en France des réactions de rejet, ce qui est bien normal. Ce n'est pas un rejet de la foi islamique ; les lois de 2004 ou 2010 ne sont pas des lois d'exception contre les musulmans, la loi de 1905 ne ciblait pas l'islam.

Le CCIF manifeste activement pour l'abolition de ces lois qu'il qualifie d' 'islamophobie d'État'.

J'ai enquêté sur chacun des faits que le CCIF présente comme islamophobes et pour lesquels il est possible de trouver une suite judiciaire. Les conclusions sont claires : les statistiques ne sont pas fiables.

Se sentir exclu en tant que musulman pousse à la radicalisation.

La France punit les personnes qui s'attaquent à autrui en raison de sa religion.

La France ne discrimine pas les musulmans dans ses institutions ou ses entreprises privées.

Sous le califat abbasside, la grande bibliothèque de Bagdad nous a transmis la pensée grecque antique. Des chrétiens, musulmans et Juifs y travaillaient ensemble, pour notre propre renaissance."

Jean-Christophe Poulet : "Vivre ensemble, et laïcité ? Le lien n'est pas si évident. On peut vivre ensemble dans des pays non laïcs, où la Bible est la référence. À un débat récent à Cergy devant des jeunes, on montrait un film avec des jeunes de quartiers qui jouaient au foot ensemble, faisaient des projets ensemble… C'est le cas aussi en Iran, qui n'est pas un pays laïc !

La laïcité est émancipatrice, mais exigeante. Une resucée de SOS-Racisme, ce serait rester à la surface des choses.

L'École de la Deuxième Chance a un règlement intérieur, avec les 4 L : les Lois de la République, des Limites entre nous, les Lieux de travail, le Langage : on résout les problèmes en se parlant.

Une des Limites : l'interdiction d'un couvre-chef. Nous pensons aux employeurs qui peuvent venir chercher des futurs salariés. Le voile n'a pas sa place, on le dit dès le départ.

Si ça pose trop de problèmes… c'est une question de choix de vie : si on veut se lancer dans un projet professionnel avec le maximum d'ouvertures possibles, ou pas.

Ça ne passe pas toujours simplement, mais c'est respecté. Les gens qui sont voilés à l'extérieur, enlèvent leur voile en entrant.

On a travaillé sur un module "Citoyenneté et République" avec des chercheurs de Paris XIII. Un cycle de visite avec l'Institut du Monde Arabe, la Basilique Saint-Denis, le Panthéon… Et on cherche ensemble ce qui fait socle : évidemment, les valeurs de la République.

Les ennemis de la laïcité touchent une part de la jeunesse bien plus grande que nous ! Une fois que ces idées se mettent en place, c'est très difficile à détricoter pour mettre en place quelque chose de positif.

La minute de silence apr!s les attentants contre Charlie, on a compris que ça serait un peu difficile. On a dû travailler avec les éducateurs : que signifie, "je suis Charlie", l'identification à la victime, "nous sommes tous des Juifs allemands",… même si on n'est pas lecteurs de Charlie Hebdo ? Les jeunes comprennent.

Mais quand on a à déconstruire des idées radicales, par exemple "vous êtes exclus parce que vous êtes des musulmans, la France n'aime pas la différence", là c'est plus compliqué.

Ce canevas, il faut le détricoter… Ça nécessite de former les gens qui interviennent auprès des jeunes. C'est trop flou ! Plein de gens très bien, d'éducateurs, sont un peu relativistes, croient un peu au discours victimaire, ils confondent la discrimination envers certains quartiers, avec …

Quand des jeunes tombent sur des animateurs BAFA qui n'ont pas les idées claires là-dessus !

Un éducateur de la jeunesse porte la République en soi ! Toute personne qui intervient auprès des jeunes est garante de la République. Là-dessus, on perd du terrain.

Les jeunes attendent des adultes qui se comportent en adultes, pas comme des anciens jeunes. On ne se souvient que des gens exigeants, jamais des démagogues.

Cette laïcité, on peut la faire vivre par des expériences en commun. Les coopératives ; les projets à l'étranger, par exemple, à l'École de la Deuxième Chance, un voyage au Québec : apprendre à distinguer la vie privée, intime, de ce qui relève de l'École (donc sans voile)…

À Cergy, des jeunes veulent collecter des vêtements pour les réfugiés. Bonne idée. À qui les remet-on ? Un collectif[2]. Très bien, mais ce n'est pas une ONG. Quelle ONG sera derrière ? Il se trouve que c'était Barakacity. Il y a eu des débats âpres. C'était il y a un an. Voyons ça, on ne les connaît pas. Un intervenant nous dit 'tu es à côté de la plaque, pourquoi ils ne créeraient pas des ONG comme d'autres en ont créé…'. On regarde leur site internet : c'est terrible. Je ne comprends pas qu'on ait un doute. Pas de photos de femmes, des reportages… édifiants, cousus dans le verbiage de Tariq Ramadan, toujours est-il que quand même voilà.

Réunion avec les jeunes : vous voyez qu'il y a un problème, pour l'E2C, une ONG qui n'envoie pas de femmes en mission (?), qui instrumentalise une aide humanitaire, même de bonne foi… On a le droit de ne pas être sur les mêmes valeurs !

Si on lâche là-dessus… 'tout est relatif' ! Il faut élever le niveau !

On m'accuse d'être contre l'enseignement de la religion à l'école : au contraire ! On me dit que pour moi la croyance n'a pas sa place à l'école : bien sûr ! La religion n'est pas la croyance."

Céline Rigo : "j'aurais pu reprendre l'essentiel de ce qu'a dit mon voisin, je vais essayer de dire autre chose.

La lutte de l'UNSA est contre le financement de l'école privée, contre le concordat en Alsace-Moselle et l'enseignement religieux en Alsace-Moselle…

J'essaye d'expliquer la laïcité à mes collègues. Ça nécessite beaucoup de solidité.

En janvier 2015, certains élèves dans certains établissements ont refusé de faire la minute de silence … Certains enseignants aussi, on n'en a pas beaucoup parlé ! Certains n'étaient pas au clair sur les raisons de cette minute de silence. On a le droit d'avoir des doutes, mais un enseignant à l'école publique n'est pas là à titre personnel.

La façon dont ça a été présenté dans les médias était caricaturale : dans beaucoup d'endroits, les enseignants ont réussi à parler à leurs élèves. Mais dans certains établissements, c'était couru d'avance, les enseignants souffraient depuis des années de ne pouvoir communiquer les valeurs de la République ! Les enseignants sont contestés fréquemment par leurs élèves sur toutes sortes de sujets. Ça fait partie de leur métier, faire évoluer la réflexion de leurs élèves.

Vous vous souvenez du massacre d'Utøya en Norvège, le Premier Ministre avait voulu répondre au terrorisme par plus de démocratie et d'ouverture.

En France, on organise des formations pour lutter contre les théories du complot… qui étaient là depuis bien avant les attentats de 2015 ! Je suis frappée par la lourdeur de l'Éducation Nationale.

Les valeurs ne doivent pas être seulement enseignées, elles doivent être pratiquées. Enseigner des valeurs — je suis donc aussi professeur d'éducation civique — pose problème quand les principes qu'on enseigne sont balayés par la réalité !

87% des Français se déclarent favorables à la laïcité à l'école, selon un sondage commandé par le Comité National d'Action Laïque, le CNAL, dont je suis secrétaire générale. Mais quel contenu les uns et les autres donnent-ils à la "laïcité" ? Pour nos collègues enseignants, ce n'est pas une évidence à comprendre et à porter.

La laïcité dans l'école date des lois Jules Ferry, bien avant la loi de séparation de 1905. Les lois imposent la neutralité des personnels, des locaux, des enseignants… Notre syndicat a décidé de former ses adhérents à la laïcité, toute l'année 2015 : l'égalité entre filles et garçons, la liberté de conscience, la liberté d'expression … Nous avons publié un fascicule, téléchargeable.

On ne choisit pas entre Bianco et Glavany, ils sont tous au CNAL !

Vous avez peut-être entendu parler des formations de "référents laïcité" ? J'en connais très peu de formés ! Parce que l'Éducation Nationale est une grosse machine.

La loi de 2004 a eu un effet d'apaisement, des questions se posent toujours. On parle des élèves, des questions se posent sur l'université. Des lycées accueillent des adultes en GRETA, ils ne sont pas interdits de signes religieux. Les sorties scolaires : faut-il autoriser des personnes porteuses de signes religieux ? Il est important qu'on puisse en discuter. De tous les obstacles qui peuvent empêcher l'école de mener à bien ses missions.

On enseigne à l'école "le fait religieux" (et pas la religion !), la "morale laïque"… On peut en discuter !

Catherine Kintzler, philosophe, voit dans l'école "un endroit où on fait un pas au-delà de la simple tolérance ; où le doute est non seulement permis, mais requis. Où on permet aux élèves de n'avoir à faire qu'à leur propre pensée."

Laurence Marchand : Jean-Michel Quillardet devait intervenir sur la "morale laïque", malheureusement il est malade de même que Gérard Delfau.

Georges Sérignac, Grand Orient de France, sur "le rôle Grand Orient de France dans le Vivre-Ensemble."

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"Derrière ce fameux 'vivre ensemble' se cachent des conceptions de la société, fondamentalement différentes.

Pour certains, c'est la common life anglo-saxonne, la paix civile.

Au profit des plus forts, des plus riches, des plus nombreux, des privilégiés de naissance ou d'allégeance ?

Ou un totalitarisme égalitaire qui oblige les différences à se cacher ?

Ou le rassemblement de tous les citoyens sur un projet partagé — la laïcité à la française. S'accepter et s'enrichir grâce à nos différences. Ce qui sera mon propos.

Elle ajoute à la sécularisation de la société, une dimension démocrate et émancipatrice. Ce qui explique la parenté de l'idéal maçonnique et du projet républicain.

Le Grand Orient de France rejette le dogme, ne considère aucune autorité comme absolue."

L'orateur poursuit avec une histoire de la maçonnerie, "depuis toujours la rencontre d'individus autour d'un idéal humaniste et fraternel".

"C'est un lieu où il peut y avoir des positions très dissemblables, comme ce soir à cette tribune. Espace de liberté et contre-pouvoir face aux autorités dominantes, subversive dans une société d'ordres, puisqu'elle acceptait aussi bien des nobles que des roturiers."

(…) "Certains n'ont toujours pas renoncé à prendre leur revanche sur la laïcité, souvenons-nous des cléricaux de 1905. La sauvegarde et l'application de la laïcité républicaine à la française sont essentielles. Le Grand Orient a été très actif pour défendre la loi de séparation, l'égalité hommes-femmes, et contre l'exclusion."

"Que par-delà le vivre ensemble, notre société soit celle du partage."

Patrick Molinoz, vice-président de l'AMF, salue la présence dans la salle de Pascal-Éric Lalmy du Parti Radical de Gauche, "même si je ne suis pas là au titre de cette organisation".

"L'Association des Maires de France a produit ce vade-mecum 'Laïcité', que je remets ici à Monsieur le Maire qui l'a déjà… L'AMF est la seule association d'élus à fonctionner de façon paritaire droite-gauche. Le groupe de travail laïcité est coprésidé par le maire ex-UMP de Châlon-sur-Saône… notre travail est consensuel, avec l'avantage et l'inconvénient.

François Baroin et André Laignel ont décidé en novembre 2014, j'insiste sur cette date, de recréer un groupe de travail sur la laïcité.

Il y a de l'islamophobie en France, il y a du racisme,"

(Quelqu'un dans la salle : non ! il n'y a pas d'islamophobie en France ! — la première interruption de la soirée.)

"Vous avez le droit d'avoir votre opinion, j'ai le droit d'avoir la mienne. Je partage la première intervention (d'Isabelle Kersimon), mais on ne peut pas non plus dire que tout va bien et qu'on a toujours respecté toutes les différences… justement non ! Parce que la laïcité n'est pas suffisamment respectée et comprise.

On a auditionné les acteurs, les quatre grands cultes, on a relu la loi, la loi première qui est celle de 1905, la jurisprudence, et on a émis des recommandations, pour que les Maires ne se mettent pas en porte-à-faux par rapport au principe de laïcité et à la loi.

Sur le principe tout le monde est d'accord, mais c'est dans le détail que les choses peuvent être compliquées.

Je ne dis pas qu'il faut faire du clientélisme ou du communautarisme.

La laïcité est une condition pour que liberté, égalité, fraternité puissent exister.

Le principal écueil dans notre pays, pour la laïcité, c'est de savoir ce qu'elle est et de le faire savoir.

L'inculture vis-à-vis du principe de laïcité est abyssale, y compris dans les médias. Des contresens phénoménaux, exploités par les intégristes religieux de tous bords, qui ont tous le même intérêt. C'est d'abord et essentiellement un principe de concorde.

Kintzler, sans doute la meilleure philosophe sur le sujet (et qui gagne donc au concours des citations ce soir !), y voit un 'temps suspendu où notre personnalité s'exprime'. L'école en l'occurrence. Tandis que, dans l'espace public, les signes religieux sont possibles, ça ne posera problème qu'à un laïc qui dévoie la laïcité en outil antireligieux, mais celui-là n'est déjà plus un laïc.

L'anticléricalisme, ce n'est pas le "bouffeur de curés" ou d'imams aujourd'hui, c'est le refus que la religion s'ingère dans l'organisation de la vie sociale : le rejet du cléricalisme.

Des partis politiques se prétendent laïcs, le FN ainsi, en voyant dans la France un pays chrétien catholique ! C'est utiliser la laïcité contre l'islam.

Il y a dans les religions des gens qui voudraient que leur religion soit l'unique. Une partie trop importante des croyants. Ceux-là sont extrêmement dérangés par le principe que le génie français a inventé, et qui permet à chacun de coexister.

La réaction la plus vite qu'on ait eu suite à la publication de notre guide, venait des réseaux catholiques intégristes. Car on avait écrit que mettre une crèche avec le petit Jésus dans une Mairie, était contraire à la loi de 1905. M. Ménard à Béziers a décidé d'en mettre une. Des associations l'ont attaqué devant les tribunaux, qui ont donné tort à M. Ménard. Mais on s'st aperçu qu'il y en avait une au Conseil Général de Vendée. Là, le tribunal a accepté. Nous avons demandé que la règlementation soit clarifiée. C'était un mois avant Noël et en plein campagne des Régionales ! Ceux qui étaient confrontés au FN en PACA, dans le Nord, ont lancé une pétition demandant le retrait de ce guide, insulte à nos traditions !

150 parlementaires, tous Républicains, enfin, ex-UMP, ont signé cette pétition, mais François Baroin a tenu bon. Insultes, centaines de mails, pas menaces de mort mais quasi… du sérieux quoi. Ça illustre bien que des gens dans notre pays ne sont pas tout à fait à l'aise avec la laïcité. Ceux qui veulent une France blanche catholique, évidemment, on les enquiquine.

On fait oeuvre utile, avec l'AMF, ou quand on est chercheur, enseignant, pour défendre ce principe qui fait notre exception dans le monde, coeur battant de la République, à défendre ardemment. Ceux qui nous ont attaqué en janvier ou en novembre n'attaquaient pas parce que nous bombardions en Syrie, mais ils attaquaient, c'est mon avis, les valeurs républicaines."

(Dans le public, un grognement de désaccord. "Pas les valeurs".)

"L'objectif de ceux qui nous ont attaqués est de remettre en cause le modèle républicain du vivre ensemble. Comme on l'a vu à Ajaccio : attaques inacceptables contre des policiers, attaques en représailles teintées de racisme…

Un modèle qui montre au monde que catholiques, athées, musulmans, témoins de Jéhovah… on peut vivre ensemble en bonne intelligence.

L'AMF va continuer son travail sur le cas de l'Alsace-Moselle, de l'outremer, où la République indivisible a des pratiques différentes !

C'est très bien d'avoir une Charte affichée à l'entrée dans les écoles, ça ne me semble pas suffisant".


Question posée par "Samira", sur "la dernière intervention, qui me choque. Vous dites que l'islamophobie existe ? Pour moi c'est une invention propagandiste des islamistes. J'ai vécu dans une banlieue, j'ai vu la montée de l'islamisme. Les intégristes sont créatifs, dans toutes les religions. Il faut démonter le complotisme. On peut parler d'un racisme anti-musulmans dans oublier de dire que les musulmans sont racistes entre eux, et homophobes, sexistes et misogynes.

Deuxième point, M. Poulet dit que le voile peut être un choix, c'est grave ce que j'entends aujourd'hui. Le voile n'est pas prescrit par le Coran. Je ne pense pas que c'est un choix. Pourquoi uniquement les femmes ? C'est sexiste, misogyne et teinté de sang. Ça n'existait pas quand j'étais enfant. Je ne vais plus en banlieue, aujourd'hui, ne pas porter le voile est une exception. Ma soeur qui a été en banlieue, on lui a fait comprendre que ce serait bien de ne pas embrasser le père de son enfant… On arrive à des injonctions ! Discuter sur le voilement, non, non, c'est un symbole d'asservissement, d'inégalité, on présente les femmes comme un être impur !"

(Un homme dans le public : "C'est le contraire").

Patrick Molinoz : "Le racisme, comme la bêtise, est un des trucs les mieux partagés au monde."

Un participant, "délégué départemental de l'Éducation Nationale" : "pour rejoindre certaines choses qui ont été dites : Mme la Ministre a pondu, après les événements du mois de janvier, la "Réserve citoyenne" et la "Charte de la Laïcité", qu'on a demandé aux parents de signer, et qui est placardée dans les couloirs. Qu'est-ce que ça veut dire ? La Réserve citoyenne, où toute personne peut se porter candidat, nous sommes ambassadeurs auprès des écoles… je suis tenté de devenir un ambassadeur, mais de quelle laïcité parlerai-je, si on est en situation de conflit direct, sur des problèmes complexes et difficiles ?" (Allusion explicite au conflit entre le Premier Ministre et l'Observatoire de la Laïcité).

Patrick Molinoz : "J'essaye de voir le verre à moitié plein, de dire qu'il y a quelque chose qui se fait."

"Je considère que l'Observatoire ne se comporte pas bien, en disant qu'il n'y a pas de problème de laïcité en France, que le Président devrait reconnaître qu'il a fait des erreurs. On n'a pas le droit, comme secrétaire général d'une institution, d'écrire comme l'a fait (Nicolas) Cadène, que des accommodements avec le principe de laïcité sont acceptables."

"Marianne a fait tout un dossier sur la laïcité, que je trouve très bien. Ça rappelle aussi l'époque pétrie de bonnes intentions de SOS-Racisme…"

(Quelqu'un dans le public : il faut arrêter de trouver des excuses ! Un certain nombre d'élus traficote avec tout ça ! Il faut en parler avec M. Doucet !)

(Départ de MM. Molinoz et Mothron)

Participant dans le public : "une question à l'institutrice… l'enseignante… Moi qui ai une femme voilée… Pour les sorties scolaires, vous n'avez pas ces mamans-là, vous ne sortez pas ! Pas de sortie ! Il n'y a qu'elles qui participent ! Allez-y, répondez-moi à votre question… Votre cinéma, moi je le connais ! Madame la journaliste, j'aime la République et la laïcité, c'est pas pour autant que je ne suis pas un bon musulman."

Céline Rigo : "vous m'attribuez des propos que je n'ai pas tenus. J'ai dit qu'il y a un débat sur le sujet. Ça concerne toutes les religions… La neutralité de l'école ne concerne d'ailleurs pas que la religion, des gens avec un T-shirt "j'aime Marine Le Pen" on ne les prendrait pas non plus ! Quand on fait une sortie scolaire, c'est l'école qui sort de ses murs, avec son obligation de neutralité. J'ai un vrai problème avec la position qu'a prise la Ministre selon laquelle 'on prend tous les accompagnateurs, même voilés, sauf ceux qui poseraient problème'. J'aurais préféré le raisonnement opposé : 'on ne prend pas de personnes voilées, sauf une personne qu'on connaît bien comme (…)'. L'enseignant a la responsabilité de s'assurer que la personne qui participera à la sortie scolaire garantira la neutralité."

(Applaudissements)

Le même participant "Radicalisation ? On est tous des terroristes pour vous ?"

Un participant : "l'islamophobie c'st la peur de l'islam, non la haine. Je suis islamophobe, christianophobe, judéophobe, je considère l'homme au-dessus des dieux qu'il s'est inventés."

Le participant "Il y a trois bains dangereux dans les quartiers : la mafia, l'islamisme et l'alliance des deux. Séduisons ces jeunes avant que la mafia ou les islamistes ne les séduisent. Pour ça il faut des gens comme moi qui parlent de laïcité. Je viens des quartiers, j'ai fait beaucoup de choses dans l'associatif. Je voudrais une laïcité populaire, comme en 1905 où toute la France est montée au créneau pour contrer le pouvoir de l'Église (sic)"

"Nasser Doudi, militant associatif sur Argenteuil" : "je tiens à vous remercier pour la richesse du débat. Il y a un mois, un débat sur la laïcité, j'ai été voir le député, qu'est-ce qu'il racontait sur la laïcité : un peu comme ici. On n'a pas tous exactement la même définition. Il y a des confusions sciemment entretenues.

Je pense qu'il y a une islamophobie, qui est en train de se structurer dans le langage, dans le débat politique, et j'espère bientôt, juridiquement. Comme citoyen, je ressens cette islamophobie, ça existe, des experts travaillent sur ce sujet, il va s'établir dans les années qui suivent. Ça n'est pas que la France est contre les musulmans, non ; n'acceptons pas que des autorités lointaines définissent les termes de notre propre débat.

L'École de la Deuxième Chance n'accueille pas de femmes voilées à l'intérieur de l'école. Et vous allez parler de liberté de parole. Vous vous bloquez avec une association, que vous dites de tendance islamiste… Il faut définir les mots… Laissez la liberté des gens. Les mamans qui veulent participer au projet éducatif de l'école, laissez-les participer."

Marie-José Cayzac : "Ce concept de laïcité, aujourd'hui, comment est-il appliqué ? La puissance publique continue à financer les crèches juives, les aides facultatives aux écoles privées… la gauche ou la droite ! Un Ministre vient inaugurer une mosquée, les édiles de cette ville vont parler dans les églises et les mosquées, une élue porte le voile dans ce Conseil Municipal… Tant que les politiques n'aborderont pas ces problèmes,…"


C'est ici que la batterie m'a lâché ;-) mais à près de 23h, cette intervention a été la dernière, Laurence Marchand concluant ensuite la soirée.

Un 'verre de l'amitié' dans le hall de l'Hôtel de Ville m'a donné l'occasion de signaler à Isabelle Kersimon cette excellente étude "Discriminations religieuses à l’embauche : une réalité" de l'Institut Montaigne, qui la conduirait certainement, ainsi que Jean-Christophe Poulet, à corriger une affirmation sur l'inexistence de cette discrimination. Pour lutter contre les mythes du "grand complot" contre les musulmans, le premier pas est de reconnaître les faits que ces mythes prétendent expliquer.

Un autre participant, partisan de plus de visibilité des cultures religieuses dans l'espace public, m'a dit trouver étouffante, à la limite de la dictature, la conception de la laïcité qui était présentée à la tribune.

D'autres participants étaient plutôt rassurés par la tonalité générale des discussions.

La façon dont le public a participé — silence complet de 20h30 à 22h, interventions vives et très émotionnelles ensuite — me semble attester de l'importance cruciale, existentielle, du sujet dans notre société argenteuillaise. Je souhaite donc continuer à travailler sur la question. En espérant que la laïcité soit de moins en moins utilisée comme argumentaire contre les motivations religieuses ; et que de plus en plus, elle catalyse la diversité française, assurant aux athées comme aux intégristes le droit à l'expression et le respect de leurs convictions. Comme de leurs doutes, cela a été très bien rappelé ce soir.

Notes

[1] Correction 15 fév. 2016 : J'avais entendu et noté ici : XVIIème. Un camarade présent corrige "VIIème", cette source OCI à l'appui.

[2] Correction à la demande de l'intervenant. 10 février 2016.