Blog d'Engagés pour Argenteuil

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Tag - Espaces verts

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mercredi 18 octobre 2017

Projet Fiminco à la place de Jean Vilar : 4 réponses du Maire

par Frédéric Lefebvre-Naré

Pour le dernier Conseil Municipal, j'avais préparé avec ma collègue Marie-José Cayzac une "question orale" sur 4 engagements du Maire au sujet du pôle commercial et de logements (avec nouvelle salle de spectacles) qui doit bientôt s'élever à 45 mètres de haut sur le site actuel de Jean Vilar.

* vous vous étiez engagé, Monsieur le Maire, à ce que « un maximum d’arbres présents sur le site soient préservés »,

* vous vous étiez engagé à réaliser les commerces « en continuité du circuit marchand du centre ville », et non en concurrence avec Côté Seine et les commerces existants ;

* vous vous étiez engagé pour que les places de stationnement soient, « naturellement, ouvertes au public », nous comprenons bien sûr : le public des spectacles et manifestations associatives ;

* vous vous étiez engagé à organiser une réunion publique consacrée à ce projet (en mars 2017, aviez-vous dit).

Que deviennent ces engagements ?

Voici la réponse du Maire, telle que je l'ai comprise - seul le prononcé fait foi.

En résumé : rien de rassurant sur les deux premiers points, et très peu sur les deux suivants.


Nous voulons, dit M. Mothron, "créer un parcours, un véritable circuit de qualité qui mette en relation le cœur de ville, Côté Seine, le parc des Berges, le marché Héloïse et les berges de Seine.

Un lieu de partage ensuite : la requalification de l’espace public, la création d’un grand parvis piéton, l’aménagement d’une promenade piétonne et sécurisée, l’implantation de nouveaux équipements ouverts à tous — cinéma, salle de spectacles, restaurants, commerces — vont multiplier les occasions de se rencontrer sur le site Héloïse.

On viendra désormais sur cet espace pour se divertir, pour faire des achats, ou simplement une promenade.

Sur la conservation d’un maximum d’arbres présents :

Le projet a effectivement été conçu avec comme objectif la préservation d’un maximum d’arbres présents sur site… dans la mesure du possible.

La réflexion autour de cet objectif a conduit à établir une stratégie environnementale globale ambitieuse, notamment autour de deux points : le développement de la biodiversité, et l’infiltration des eaux pluviales[1].

Vilar_Jardin1.png

Le premier point, le développement et la biodiversité, est assuré :

Par le nombre d’arbres de petit à très grand développement que comporte le projet. En effet, si le Plan Local d’Urbanisme en vigueur impose la création de 45 arbres et arbustes, si le terrain actuel comporte 75 arbres et arbustes, le projet prévoit la plantation de 224 arbres de petit à très grand développement[2], soit 3 fois le nombre d’arbres existant actuellement, et 5 fois le nombre imposé par le Plan Local d’Urbanisme[3].

D’autre part, par la diversité des espèces que comporte le projet. En effet, le projet prévoit la mise en place de tables arbustives, d’arbres à fleurs en mélange de hauteurs, allant jusqu’à 6 mètres, d’arbres à grand développement, en mélange de hauteurs également, allant jusqu’à 10 mètres[4], d’arbres fruitiers, de pins, de hauteur variable.

Ces arbres et arbustes viennent d’ajouter à une importante palette végétale composée également de vivaces, de graminées, de bouquetiers ainsi que de plantes potagères, offrant dans les différentes terrasses autant de milieux favorables au développement de la biodiversité en ville. Deuxièmement, afin de concilier biodiversité et gestion des eaux pluviales, le projet propose la création d’un grand nombre de terrasses végétalisées : en particulier, 75% des terrasses non accessibles seront végétalisées[5], et d’autre part 47% des terrasses accessibles seront végétalisées, avec pour chacun de ces deux types de terrasses, une hauteur de terre de plus de 40 centimètres.

Sur la réalisation de commerces en continuité avec le circuit marchand du centre ville, et la non-concurrence avec Côté Seine et les commerces existants :

Le projet s’intègre à double titre avec son environnement.

D’une part, une continuité physique : le projet va permettre de requalifier l’entrée de ville d’Argenteuil et de créer le parcours manquant entre le marché et l’avenue Gabriel Péri, le réaménagement du carrefour Héloïse-Péri, qui permettra une traversée aisée et sécurisée des piétons[6], et ainsi de créer un circuit marchand de cœur de ville complet comprenant les rues marchandes, Péri, Paul-Vaillant-Couturier, le centre commercial côté Seine, le projet et le marché Héloïse.

Carte_etat_major.jpg

La proximité spatiale du projet permet également d’intégrer des équipements municipaux majeurs au sein de ce circuit[7] : la Maison des Jeunes et de la Culture, la Maison de Quartier, le Conservatoire, etc. etc.

D’autre part une complémentarité d’offre.

Le postulat de départ est simple : l’offre existant aujourd’hui dans le centre ville d’Argenteuil ne permet (pas) de retenir une évasion commerciale colossale, 250 M€ aujourd’hui soit près de la moitié des dépenses des habitants d’Argenteuil, alors même que la ville est l’une des plus peuplées d’Ile-de-France.

La programmation a été élaborée en prenant en compte les niveaux d’évasion sur chacun des secteurs d’activité, et propose une mixité de commerces[8].

De la mode bien sûr, mais seulement sur un tiers de la surface, et avec objectif d’attirer des enseignes complémentaires de l’offre de Côté Seine, et de mettre en place les conditions nécessaires pour faire revenir celles qui nous ont quitté ou qui ont quitté le cœur de ville ces dernières années.

De l’alimentaire, sur un format adapté au centre ville. L’arrivée d’une enseigne généraliste permettra de proposer aux consommateurs une nouvelle offre plus en adéquation, en termes de prix, avec le pouvoir d’achat des habitants d’Argenteuil, par rapport aux enseignes Géant Casino et Monoprix, aux indices de prix élevés aujourd’hui[9].

Une large part de la surface sera dédiée aux autres secteurs d’activité, aujourd’hui absents au cœur de ville : le sport, les loisirs, la décoration[10], un cinéma mais on en a déjà parlé, de nouveaux concepts de restauration.

Sur les places de stationnement :

Le projet compte 594 places de stationnement voiture[11], et 184 places de stationnement 2-roues, ouvertes au public, dédiées aux futurs visiteurs et clients du site.

Fiminco_croquis2.jpg

Les logements comportent un parking distinct, en superstructure[12].

Le parking fonctionnera comme un parking public, et offrira une période de gratuité limitée pour les visiteurs, afin de limiter les phénomènes de véhicules-ventouse.

Lors des manifestations de grande envergure, accueillant un public important, une offre de stationnement complémentaire sera possible grâce au parking public situé à moins de 300 mètres sous le centre commercial Côté Seine, et aujourd’hui sous-utilisé[13].

J’en profite également pour proposer au groupe de travail formé avec l’opposition de se réunir à nouveau. Il ne s’est plus réuni depuis la dernière fois[14], par manque de grain à moudre. Mais suite aux différentes avancées récentes du projet, je crois important de fixer une nouvelle date de réunion, que mon cabinet proposera à M. Doucet dans les jours qui viennent.

Nous aborderons à cette occasion le sujet de la réunion publique,…

qui a dû être repoussée[15] suite aux différentes CDAC successives, où notre projet a été très largement approuvé à chaque fois."

Pericat_Gazette_13sep2017.png


Que les Argenteuillais·es ne soient pas beaucoup aidés par les instances départementales et nationales, nous le savions déjà. C'est aussi ce qu'il va falloir changer.

Notes

[1] Infiltrer les eaux, quelle grandiose ambition stratégique ! Et donc, les arbres seront abattus. Certains ont plus de 150 ans…

[2] La notion n'est pas définie légalement à ma connaissance, mais apparemment, cela veut dire un arbre montant à plus de 30 mètres. Attendez la suite !

[3] À se demander pourquoi la Ville a préparé une première version du PLU limitant l'obligation à 22 ou 23 arbres sur le site.

[4] Qu'est-ce qu'un "arbre à grand développement" ? Par définition, une espèce d'arbre dont la hauteur atteint au moins 15 mètres à l'âge adulte ! Mais aussi… bien souvent un arbre en pot ou sur dalle. Tout cela n'assure aucun arbre de pleine terre !

[5] Non accessibles… et sans doute non visibles, indiquait le commissaire-enquêteur : "il parait préjudiciable à la qualité de vie des Argenteuillais d’abaisser à ce point les règles sur les espaces verts. S’il est louable, d’un point de vue « écologique » de végétaliser les toits terrasses, celles-ci ne sont ni accessibles au public ni visibles." (p. 33 de son rapport)

[6] Franchement : on construirait à 45 mètres de haut pour pouvoir repeindre les passages piétons ?!

[7] Si quelqu'un peut m'expliquer la signification pratique de cette phrase ? S'il n'y a pas de continuité marchande entre le centre ville et la Seine, c'est justement parce que l'ancien bord de Seine (boulevard Héloïse) était fait de grands logements d'une part, d'équipements publics d'autre part !

[8] Donc, bien sûr, les commerces seront ceux qui provoquent 100% d'évasion parce qu'ils sont absents d'Argenteuil, ceux annoncés en 2016 : un grand magasin de bricolage, une jardinerie, une très grande librairie type Fnac. Oui ? Lisez la suite.

[9] Nos lecteurs ou lectrices qui prévoyaient un centre commercial plus haut de gamme que Côté Seine qui leur semblait infréquentable, en seront pour leurs frais. Ce sera l'inverse.

[10] Ah ben non. Pas de multimédia annoncé, ni de bricolage, ni de jardinerie. Ils semblaient pourtant encore au programme, sur une petite surface, le mois dernier.

[11] Le projet de multiplexe seul sur le terrain Pathé (actuel Parc des Berges), plus proche du parking Côté Seine, prévoyait pourtant plus de places de parking : 750 !

[12] Que signifie cette précision ? Que le parking du centre commercial serait en souterrain ? Alors que le PLU l'interdit et que, comme dit M. Savry, "quand on creuse on trouve la Seine" ?

[13] Si je traduis : "pour les manifestations associatives, le parking gratuit à côté, vous pouvez l'oublier", j'ai bon ?

[14] J'invite nos lecteurs à bien peser les immenses implications de ce début de phrase.

[15] Oh là là ! M. Péricat avait bien été mal informé ! Comme c'est malheureux.

mardi 10 octobre 2017

Conseil Municipal du 10 octobre 2017 : le retour de Jean Vilar

Le Maire annonce la démission de Daniel Maupou et Semia Anzagh, et installe deux nouveaux conseillers… qui gagnent leur place sous les applaudissements généraux (bon, Héloïse Lacaille me dit "pas de photo", elle n'est pas encore habituée à la célébrité !).

Le Maire indique également que je lui ai communiqué ma décision de siéger désormais en non-inscrit. Je reste tout de même à mon siège dans les rangs de "Tous Fiers d'Être Argenteuillais" ;-)

Le Maire félicite le personnel de la Ville pour la rentrée, indique que nous en saurons plus le 18 octobre sur les projets liés au Grand Paris sur la gare centrale, et annonce aussi qu'il va répondre à la "question orale" que je lui ai posée… Il semble oublier (?) que je dois d'abord la poser ! Ah non, c'est lui qui la lit, étrange !

La voici :

Monsieur le Maire,

Avec le comité Jean Vilar, qui défend notre île Héloïse, son caractère public et sa convivialité, nous sommes allés à la rencontre de milliers d’Argenteuillais : pour la grande majorité, ils ont découvert par nous la vente de l’espace Jean Vilar à un promoteur, la destruction de la salle annoncée pour février, et le projet de pôle de logements, de commerce, de cinéma et de spectacles.

Nous avons pu constater l'attachement général des Argenteuillais à tout ce que nous vivons ensemble sur cet espace de passage et de partage.

Ils trouvent inimaginable que les arbres plus que centenaires soient voués à l’abattage, et que soit planifiée une construction d’une immensité inédite dans le centre ville, la hauteur de 14 étages sur 2200 m2 au sol.

Quand ce Conseil s’était prononcé sur la vente, puis avait auditionné le promoteur,

* vous vous étiez engagé, Monsieur le Maire, à ce que « un maximum d’arbres présents sur le site soient préservés »,

* vous vous étiez engagé à réaliser les commerces « en continuité du circuit marchand du centre ville », et non en concurrence avec Côté Seine et les commerces existants ;

* vous vous étiez engagé pour que les places de stationnement soient, « naturellement, ouvertes au public », nous comprenons bien sûr : le public des spectacles et manifestations associatives ;

* vous vous étiez engagé à organiser une réunion publique consacrée à ce projet (en mars 2017, aviez-vous dit).

Afin d’éclairer les Argenteuillais sur l’alternative entre votre projet, et celui de rénovation de Jean Vilar dans un cadre public, que nous défendons, pouvez-vous indiquer à ce Conseil quelles dispositions vous avez prises pour que ces quatre engagements soient tenus ?

Alors — répond le Maire :

"l'aménagement du projet va mettre en relation le coeur de ville, le Parc des Berges et les berges de Seine… un grand parvis piéton, une promenade piétonne et sécurisée, les équipements ouverts à tous, vont multiplier les occasions de se rencontrer.

Le projet avait pour objectifs la préservation d'un maximum d'arbres… dans la mesure du possible… Nous avons développé une stratégie ambitieuse de biodiversité et d'écoulement des eaux pluviales. Le projet prévoit la plantation de 5 fois le nombre d'arbres imposé par le PLU. Le projet prévoit des arbres en mélange de hauteurs, jusqu'à 10 mètres…

60% des terrasses non accessibles et 47% des terrasses accessibles seront végétalisées avec plus de 40 cm de hauteur de terre.

Concernant la concurrence avec le commerce de centre ville, le projet créera le parcours manquant entre le marché et Gabriel Péri, avec une traversée sécurisée des piétons. Des équipements majeurs, la MJC, le Conservatoire, s'intégreront dans ce circuit.

L'évasion commerciale est colossale, 250 M€… La programmation propose une mixité de commerces : mode sur 1/3 de la surface, alimentaire sur un format adapté au centre cille avec une enseigne généraliste, offre plus en adéquation en termes de prix au pouvoir d'achat des Argenteuillais, que Géant et Monoprix, aux prix élevés.

Le projet compte 594 places de stationnement voiture ouvertes au public ; les logements possèdent un parking distinct, en superstructure. Le parking sera public, avec gratuité sur une durée limitée afin de limiter le phénomène des voitures ventouses. Pur les spectacles importants, le parking Côté Seine aujourd'hui sous-utilisé sera mobilisé.

Je propose de réunir de nouveau le groupe de travail associant l'opposition, nous aborderons à cette occasion le sujet de la réunion publique qui a dû être reportée suite aux CDAC successives."

Voir là la suite de ce Conseil.

mercredi 13 septembre 2017

Six scoops sur le bétonnage de l'île d'Argenteuil

La mobilisation suscitée par le comité Jean Vilar (entre autres !) commence à porter des fruits : interrogé pour la Gazette / l'Écho régional, le premier adjoint au maire "balance" plusieurs scoops !

Gazette_Jean_Vilar_13sept17.png

1.

Les associations ont été informées qu’elles organiseraient leurs manifestations, à partir du mois de février prochain, dans une structure provisoire au Val Nord, à côté de la Halle des sports Roger-Ouvrard, le temps des travaux.

Cette structure provisoire, à construire tout de même sur dalle béton, pourra-t-elle réellement être prête début février, dans 4 mois 1/2 ? La Commission d'Appel d'Offres vient d'en délibérer le 8 septembre et il y a encore des procédures avant le premier coup de pelleteuse !

2.

Le projet lui-même se précise, avec

145 logements, 3000 à 3500 m2 de surface alimentaire, 1150 m2 de magasins d’ameublement et décoration, 2 000 m2 de magasin de bricolage, jardinerie et animalerie, 2300 m2 pour l’équipement de la personne, 2000 m2 pour les jouets, 4500 m2 pour le sport, cinq restaurants avec terrasses

en plus de la future salle de spectacles et du multiplexe. Autrement dit, à 400 mètres de là, Côté Seine (inauguré par le précédent mandat Mothron) et le Figuier Blanc (lancé sous le précédent mandat Mothron) vont être vidés de leur substance, de même que la restauration de centre ville.

3.

"Concernant les tarifs aux associations, cela fait débat. Mais il n’y a pas de raison qu’ils changent. Les associations auront toujours la Ville comme interlocuteur,"

dit M. Péricat. Autrement dit, la Municipalité, tout en se présentant comme seul interlocuteur… ne prend pourtant aucun engagement !

4.

Concernant la destruction des arbres, Xavier Péricat reconnaît cette réalité. "D’autres arbres seront replantés."

Tiens donc ! Le PLU n'exige plus que 0 arbre en pleine terre, et 1 arbre en pot tous les 500 m2. Comment comparer cela au cèdre, ou aux platanes témoins du parc qu'avait peint Claude Monet ?

5.

Concernant l’information sur le projet, pour l’élu, "celle-ci a eu lieu. Le conseil municipal, qui est une séance publique, avait convié Fiminco à présenter le projet le 13 décembre 2016."

Tiens donc !!! C'est à ce même conseil du 13 décembre que le Maire, Georges Mothron, avait déclaré "j'organiserai une réunion publique en mars" ! Est-ce lui ou son premier adjoint qui a mangé la commission ?

6. Enfin…

Xavier Péricat estime que la Municipalité ne décide plus grand chose, qu'elle a laissé les clefs au promoteur !

"c’est aussi un projet privé. Nous n’avons pas la maîtrise d’ouvrage."

Ce qui est totalement illégal :

"Lorsqu’une collectivité décide de réaliser une opération d’aménagement, elle peut

  • soit la réaliser en régie directe (= elle-même),
  • ou déléguer son animation ou son exécution à un mandataire,
  • soit confier la réalisation de l’opération à une personne publique ou privée ayant vocation à réaliser ce type d‘opérations par le biais d’un contrat de concession d’aménagement, de marché public, ou même sous certaines conditions utiliser la quasi-régie,
  • Un autre mode plus exceptionnel s’est ajouté, limité cependant à certains contextes précis, le contrat de partenariat public-privé."

La seule possibilité exclue par la réglementation, c'est de vendre le terrain à un tiers en lui laissant la maîtrise d'ouvrage ! Quelle que soit la façon dont elle fait appel au privé, la collectivité doit rester aux commandes !

Assumons nos responsabilités de concitoyens, de commune : à nous, et non à un promoteur, de décider ce que va devenir l'île d'Argenteuil !

mercredi 31 mai 2017

Alphonse Allais voulait construire les villes à la campagne. Argenteuil met les espaces verts en l'air.

par Pierre Belot, avec EpA

La modification du PLU, entraînée par le projet de multiplexe, a fait l'objet d'une enquête publique dont le rapport vient d'être publié.

Première remarque, quand je dis multiplexe, c'est pour faire plus court que le pompeux "Pôle à dominante culturelle, de loisirs et de commerces" (qui deviendrait rapidement PDCLC).

Deuxième remarque : on peut se demander à quoi sert le PLU si, dès qu'un projet pointe son nez, on lui taille un profil ad hoc. La modification ne consiste qu'à décrire et approuver ce projet qui va à l'inverse du PLU… précédent.

Venons-en au vif du sujet. Un projet, a priori, c'est positif. Un projet de construction, c'est encore mieux. Ça génère de la valeur ajoutée donc de la croissance ; on nage dans le bonheur. Si en plus la finalité est de faire consommer, alors les compteurs explosent. Dans ce cas de figure, n'essayez pas d'émettre la moindre critique. A moins d'opposer un argument légal, vous allez dans le mur.

On en est là. Dans ce rapport, les objections sont pertinentes, à tel point que certaines suscitent même des questions complémentaires du Commissaire-Enquêteur. Mais les réponses de l'EPT (le Territoire "T5", censé porter le projet) ne sont pas à la hauteur. Cela va de la conversation de sourds à l'argument d'autorité. Il s'agit d'un pur exercice académique. Il faut répondre. Point.

A nouveau pour faire court, je branche le décodeur de novlangue sur les questions et les réponses, et cela donne ceci :

  • Problèmes de circulation ? — Ce n'est pas encore étudié, mais on y veillera.
  • Espaces verts ? — En toitures.
  • Impact sur les commerces existants ? — Tous les commerces de Centre-ville doivent y gagner (ben voyons !).
  • Impact sur les cinémas ? — Les offres seront complémentaires. (Si le multiplexe choisit le cinéma commercial, le Figuier Blanc est coulé)
  • Pourquoi vendre au privé ? — Les objectifs du PLU seront respectés (?)
  • Remplacement de la salle Jean Vilar par une salle privée ? — Pas de réponse sur le futur coût de location.

Juste pour rire, voici la réponse au problème d'espace vert, sans le décodeur :

« La vocation de développement d’un pôle culturel, commercial et de loisirs, renforçant l’attractivité du centre-ville, nécessite une densité d’occupation du sol au sein de la zone UGP3. L’offre en espaces verts est développée de ce fait en toitures et hors sol, afin d’intégrer des éléments de végétalisation de manière innovante et de créer des espaces qualitatifs confortant son identité ».

L'espace vert hors sol, en voilà une belle innovation, une innovation qualitative confortant l'identité. Alphonse Allais voulait construire les villes à la campagne, mais il ne pensait pas que les architechnocrates du XXIe siècle inverseraient sa boutade. Pour recréer la campagne à la ville, il suffit de remettre sur le toit les espaces verts qu'on détruit au sol. Les oiseaux apprécieront.

On pourrait aussi discuter longtemps sur la volonté de "créer un signal urbain fort en entrée de ville". Encore des mots à la mode sous la plume des technocrates. J'ignorais ce désir des Argenteuillais que je voyais plutôt attiré par la reconquête des berges de la Seine.

Vous croyez que les automobilistes bloqués sur le pont d'Argenteuil ne perçoivent pas suffisamment le signal urbain fort en entrée de ville ?

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