Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 14 avril 2017

Jean Lassalle vu d'Argenteuil et d'Ile-de-France : sur France Bleu Paris Région

Retranscription de l'interview de Frédéric Lefebvre-Naré ce 14 avril 2017.

Vous êtes d’Argenteuil, où vous êtes classé MoDem, pourquoi avoir rejoint Jean Lassalle ?

— Oui, je suis conseiller municipal d’Argenteuil depuis 2014 ; je n’étais déjà plus au MoDem, mais (il) correspond historiquement à mes idées, de même qu’à celles de Jean Lassalle. On a l’un et l’autre quitté, à des dates différentes, le MoDem, parce qu’on pensait que ce n’étaient plus les bons choix, ce n’était plus ce qui répondait à l’attente et aux besoins des Français[1].

Les Français ne veulent plus « toujours plus d’intégration européenne » : ils se rendent compte qu’ils ont besoin de démocratie nationale.

Ils ne veulent plus toujours plus de technocratie dans les régions, les intercommunalités qui bouffent tout : ils veulent retrouver la démocratie à l’échelle des communes.

Ils ne veulent plus la financiarisation à outrance, la dérégulation, ils veulent reprendre le contrôle sur l’économie : ils veulent des emplois.

Les choix qu’a fait le MoDem ne vont plus dans ce sens-là ; nous pensons qu’il faut être plutôt du côté des Français !

Que propose Jean Lassalle pour retrouver l’emploi, vous venez d’en parler ?

— L’emploi c’est l’essentiel du programme, parce que le chômage c’est la cause des problèmes de la France. Ce n’est pas la conséquence, c’est la cause. Quand 7 millions de gens n’ont pas de boulot ou n’ont pas le boulot qu’ils veulent, tout le monde est paralysé, les gens n’osent pas prendre l’initiative dans leur entreprise, et c’est toute l’économie qui est bloquée.

Qu’est-ce que propose Jean Lassalle ? De commencer dès l’été, sans attendre, en organisant des stages de quelques semaines dans les lycées professionnels, en mobilisant les enseignants volontaires, en mobilisant les lycées…

C’est quelque chose qui n’existe pratiquement pas en France. On peut se recycler sur une année entière ; on peut faire une journée de formation quand on est salarié. Mais des stages de recyclage sur quelques semaines, avec aussi quelques semaines en entreprise qui permettent de découvrir un nouveau métier, ça ouvrirait énormément de possibilités.

J’ajouterai aussi le Service National, que Jean Lassalle veut restaurer ; tous les candidats se sont mis à l’imiter, l’un après l’autre ! C’est important que tous les jeunes commencent dans la vie active avec une expérience réussie sur leur CV, d’une mission qu’ils ont menée en commun, où ils tissent des liens entre eux.

Dans certains pays, les start-ups se créent souvent entre des jeunes qui ont fait le service ensemble, qui ont envie de continuer à entreprendre. Ça serait un moteur très important pour remettre le pays en route.

Encore faut-il que les jeunes soient motivés, que les enseignants soient disponibles, que les entreprises soient prêtes à les accueillir, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas ?

Je crois que les Français veulent bouger, ils veulent faire des choses, ils se désespèrent de voir leurs hommes politiques tourner en rond et faire de la langue de bois.

Je suis sûr qu’il y a énormément d’énergie, de bonne volonté prête. Le plus merveilleux, c’est que le Service National, on nous dit « mais les jeunes, qu’est-ce qu’ils en pensent ? » Demandez-leur ! Il y a des enquêtes qui le leur demandent : la très grande majorité des jeunes sont favorables à un service national obligatoire. C’est qu’il y a une réserve d’énergie dans ce pays, qui ne demande qu’à bouger, mais qui est malheureusement paralysée par le système en place.

Frédéric Lefebvre-Naré, nous sommes en Ile-de-France, une région plutôt urbaine ! Alors que Jean Lassalle, lui, député des Pyrénées-Atlantiques, a plutôt une image rurale, qu’il a tendance d’ailleurs à cultiver. Ce sont quoi, ses arguments pour les électeurs franciliens ?

— Je ne sais pas s’il « cultive » son image rurale…

Il a tout de même écrit un livre qui s’appelle « Un berger à l’Élysée » !

— Absolument ! Mon voisin d’en face à Argenteuil, dans mon quartier précédent, avait été garçon vacher dans sa jeunesse, en Normandie [2], ce n’est pas si loin que ça de chez nous, les bergers !

Un berger, c’est quelqu’un qui sait lire les signes des temps, qui sait voir quand va venir l’orage, et qui sait aider la population à s’orienter, parce qu’il voit, peut-être, de plus haut et de plus loin. Et je crois que c’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

Quand Jean Lassalle parle des intercommunalités qui paralysent les maires des communes rurales, je vis exactement la même chose à Argenteuil, qui jongle depuis des années entre des intercommunalités qui ne servent strictement à rien, qui nous bouffent notre argent et qui nous paralysent.

Quand Jean Lassalle parle de la financiarisation et de son influence jusque dans les petits villages,… on la voit aussi quand on cherche de l’emploi à Argenteuil.

Jean Lassalle a visité les 30 quartiers les plus difficiles de France, la nuit, à pied, entre minuit et 5 heures du matin… Il est venu à Argenteuil suite aux émeutes d’il y a trois semaines[3], pour rencontrer des gens, y compris des « jeunes », des gens qui peuvent être proches des problèmes qui se sont produits.

Les problèmes de nos petits villages ne sont pas si différents de ceux des grandes cités. C’est, dans les deux cas, un problème d’abandon par les décideurs politiques, de volonté qu’on doit retrouver, de capacité qu’ont tous les Français à se remettre en route ensemble.

Dans le programme de Jean Lassalle, il y a la remise à plat de tous les chantiers du Grand Paris Express, qui sont pourtant attendus, ces transports, pourquoi vous voulez tout remettre à plat ?

— C’est le moins qu’on puisse dire ! Le Grand Paris Express c’est une énorme opération de promotion immobilière, financière, aux mains des grands groupes.

C’est aussi attendu par des milliers de Franciliens qui se disent qu’ils vont avoir bientôt un transport efficace près de chez eux ?

— Pour beaucoup moins cher, on pourrait faire, je vais prendre le cas d’Argenteuil, le tramway du Pont de Bezons au Val d’Argent qui est attendu depuis au moins 25 ans, et dont la rentabilité est prouvée par toutes les études. On pourrait faire la ligne de grande ceinture, qui existe déjà, où il suffirait de mettre des trains de banlieue, dont la rentabilité est archi-prouvée par des études. Mais au lieu de faire ces projets-là qui serviraient à la population, on préfère des projets qui servent aux grands groupes de BTP… Ben non. Il faut revenir à la réalité, à ce qui est démontré, à là où il y a de la population qui veut se déplacer, il y a des lignes qui existent et qu’il faut valoriser.

Dans ce programme, il y a aussi « assurer un toit à chaque personne sans–abri », on est dans une région où on est beaucoup confrontés à ce problème, comment on fait ?

— Oui vous avez tout à fait raison, à peu près une personne sans-abri sur trois est à Paris intra muros, une sur trois en banlieue, une sur trois en province. Paris et la région Ile-de-France sont vraiment particulièrement touchés.

Comment vous leur donnez un toit ?

— Beaucoup de pays y sont arrivés : les Pays-Bas, le Royaume-Uni… En réalité, ce n’est pas très difficile, parce qu’il n’y a pas beaucoup de personnes sans abri, contrairement à ce qu’on imagine parfois, il y en a à peu près 15000. Et pour quelques dizaines ou centaines de millions d’euros, on peut tout à fait y arriver, il faut simplement cibler ces populations-là, au lieu de dépenser tout l’argent dans une politique du logement ou dans une politique d’hébergement social qui n’atteignent pas les personnes à la rue.

Merci beaucoup, Frédéric Lefebvre-Naré, porte-parole de Jean Lassalle, d’être passé ce matin par France Bleu !

— Merci et bonne journée sur France Bleu !


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Notes

[1] Les paragraphes suivants correspondent plus à la raison pour laquelle Jean Lassalle a quitté le MoDem. J'ai raconté sur mon blog comment j'ai quitté le MoDem quand il s'est aligné nationalement sur un camp politique, fin 2013, en refusant de prendre en compte la diversité des communes.

[2] et même à Argenteuil !

[3] 8 semaines en fait !

mercredi 1 mars 2017

Réunion de quartier des Coteaux, re-fusion du quartier du Moulin d'Orgemont avec Orgemont-Joliot

par Frédéric Lefebvre-Naré

Ce mercredi 1er mars 2017, en toute fin de Conseil Municipal, le Maire mettra au vote quelques changements dans la "démocratie participative" à Argenteuil :

  • Il n'y aura plus qu'une réunion publique par quartier et par an ;
  • Il n'y aura plus que 6 quartiers au lieu de 7 : la Municipalité re-fusionne, deux ans après les avoir distingués, les deux quartiers d'Orgemont séparés par l'A15 (Cf. le document "2014-2020" sur le site de la Ville).

Il n'avait été question d'une telle re-fusion, ni à la… réunion de quartier du Moulin d'Orgemont (Les Larris / la Colonie), que Bernard vient de raconter, ni au comité de quartier où je siège.

Profitons donc des quelques réunions qui restent concédées… Pour celle des Coteaux jeudi dernier 23 février, voici une compilation de mes tweets, revus pour Facebook.

1er intervenant : Veolia présente le "service de l'eau potable".

Reunion_quartier_23fev17.png

Le comité de quartier présente son bilan : 25 réunions tenues dont 5 plénières. Concours de dessins d'enfants. Un changement de sens de circulation. Un cahier des charges pour le terrain Védrines/Poitou.

Alain Leikine a obtenu "que les principaux industriels rejoignent le Conseil économique d'Argenteuil" (mais ça ne suffit pas). "Une équipe a déterminé les filières sur lesquelles nous pourrons mobiliser les acteurs". 5 projets économiques[1] :

  • 1 "créer un pôle régional de l'entrepreneuriat et de l'innovation"
  • 2-3-4 "s'inscrire dans" des pôles de compétitivité et filières
  • 5 "améliorer l'attractivité (certes !) des parcs d'activité".

Gilles Savry présente les "3 secteurs en contrat d'intérêt national", dont le croissant ferré. Gilles Savry déplore le "millefeuilles administratif" qui rend tout compliqué, Grand Paris etc. Gilles Savry a, dit-il, négocié un transport en commun en site propre (TCSP) vers Pont de Bezons "dès l'arrivée" de la nouvelle équipe. (Mais cela a commencé bien avant cette arrivée ;-) ).

Gilles Savry annonce l'objectif de "80000 m2 d'immobilier d'entreprise" sur la Porte Saint-Germain, "30 à 40000 m2" d'immobilier d'entreprises le long de la gare d'Argenteuil côté Nord.

Gilles Savry annonce les premiers coups de pioche pour détruire Jean Vilar "les mois qui viennent". Il annonce un supermarché sur l'îlot Héloïse (Géant, à 400 mètres, va être content), et 100-150 appartements … et prétend que le projet sur Héloïse "s'intègre à la ville". Une blague : ce terrain en bord de Seine serait construit à 45 mètres de haut ! J'avais annoncé sur ce blog "au moins 20 mètres", j'étais loin d'imaginer le délire. Les intervenants de la Municipalité critiquent au passage Qwartz comme mal intégré à la ville, mais Qwartz a été construit en zone industrielle… et ne grimpe qu'à 26 mètres.

Jean Vilar fermé cet été, on créera une salle provisoire pour 18 mois à 2 ans. La nouvelle : 2019-2020. Ça peut durer car, sur l'île Héloïse, "quand on creuse il y a la Seine". Eh oui !

Présentation du nouveau site de la Ville. "La page la plus consultée de argenteuil.fr, ce sont les menus des cantines scolaires". (Mais il faut 6 clics pour y arriver !).

Philippe Vasseur sur TellMyCity : 4011 problèmes ont été signalés, surtout de propreté, voirie… en quelques mois à Argenteuil.

Question des habitants présents.

1ère question : "Dans cette réunion, on a parlé de tout Argenteuil sauf des Coteaux. On fait quoi ?"

Xavier Péricat annonce l'embauche de policiers municipaux (pour la 3ème année de suite, et sans effet jusqu'ici : leur nombre est passé de 39 à 23 depuis l'arrivée de la nouvelle Municipalité).

Réponse à une question sur les ménages ou immeubles les plus en difficulté : "On a des réunions avec les acteurs pour définir les projets qui concernent les publics et les quartiers." Waouh. Politique de la ville, politique du vide.

Question sur la fibre qui ne vient pas : Georges Mothron : "On (l'État) a imposé SFR à Argenteuil, on a perdu au moins un an. SFR a commencé par le Val d'Argent Nord où il y a le moins de clients potentiels directs."

Gilles Savry : "La fibre Orange arrive en haut de Sannois mais SFR n'a pas le droit d'y raccorder les Argenteuillais."

Question sur la circulation dense rue du Trouillet etc.: "un sujet abordé, ou qui ne concerne pas la Mairie ?". Réponse de G.Mothron "il faudra un jour trouver des solutions". Philippe Vasseur : "il y a déjà plein de ralentisseurs naturels !". Philippe Vasseur a apprécié la solution proposée par Renée Karcher lors du mandat précédent (un stationnement en quinconce rue du Trouillet), mais cette option avait été refusée par les habitants sondés.

Rue des Vergers, un scooter a été incendié près d'un transfo, l'habitante qui en témoigne soupçonne des trafics en véhicules en soirée, et pas de rondes de police. Réponse de G. Mothron : "on l'a appris par votre courrier la semaine dernière".

Question : "La piscine d'Argenteuil, je peux y aller le soir en semaine sauf que tout est fermé, je vais ailleurs". Georges Mothron : "Réhabiliter le bassin de 1969, un spécialiste qui fabrique 50% des piscines en France est en train d'estimer le coût". Conflit d'intérêts ? À quoi servent les bureaux d'études indépendants ?

Habitante : l'accès à l'école Volembert est mal protégé. Philippe Vasseur : beaucoup de travaux ont été faits pour le sécuriser. Philippe Vasseur propose de poser un potelet amovible. Renée Karcher me précise qu'il y est déjà.

Habitante : si on crée un nouveau cinéma, que deviendra le Figuier Blanc déjà bien peu rempli ? Georges Mothron le déplore mais répond tout à fait à côté : #Argenteuil a laissé partir Continent à Sannois… puis dit que "ce qui est art et essai sera conservé, et renforcé si je puis dire". Il peut tellement… qu'au Conseil de ce soir, il fera voter de fermer le Figuier Blanc les "jours creux" où des entreprises voudront louer les salles.

Habitante: les platanes rue du Nord, 25 m de haut, ne sont pas élagués. G. Mothron répond que leurs racines bousillent les chaussées, et qu'il faut changer les essences.

Xavier Péricat annonce vouloir "continuer dans la modération fiscale" à Argenteuil, au débat d'orientation budgétaire qui aura lieu ce 1er mars.

Autre habitant : le projet sur l'île Héloïse, avec restaurant sur Seine sans enfouir la 4 voies RD311… ça ne marche pas !

Un habitant, ami du Musée, dit que nous avons besoin d'une salle d'exposition, aucun tableau de Monet n'est à Argenteuil sur 150[2] qu'il y a peints !

Habitante : "Mes enfants, 15 mois, sont massacrés par les punaises qui se cachent dans les câbles et les caves cité Champagne". Réponse de G. Mothron : "vous posez votre question trop tard, le vice-président d'ABHabitat vient de partir". Habitante : le traitement est prévu par ABHabitat, elle est donc obligée de quitter son appartement 2-3 jours. G. Mothron répète à plusieurs reprises qu'elle devrait en parler au vice-président d'ABHabitat.

La réunion se termine ainsi, je salue au passage Mme Mothron… qui m'invite à aller parler des punaises au vice-président d'ABHabitat.

Vous savez à peu près tout ! sur Argenteuil, ses punaises et ses rêves de gratte-ciel.

Notes

[1] Alain Leikine m'a fait observer que c'est là "une manière un peu simple de résumer des projets qui aujourd'hui rassemblent de nombreux partenaires économiques", je lui en donne volontiers acte !

[2] En fait plutôt 250 !

lundi 14 novembre 2016

26. Les emplois dans un multiplexe, c'est presque zéro

par Frédéric Lefebvre-Naré

Le Maire et le Député nous appellent à "ne pas rater" l'opportunité d'un multiplexe comme Argenteuil a jadis raté la possibilité d'un hypermarché — pour n'avoir aujourd'hui que le modeste Géant, et deux Carrefour à ses frontières, à Sannois et Sartrouville.

Comparaison n'est pas raison… et celle-ci est trompeuse !

Le Maire devrait mieux se souvenir de ce qu'il dit lui-même au sujet des entrepôts, par exemple lors du départ de Yoplait : "ils libèrent 3 hectares de terrain idéalement placé, eux étaient 80 employés, c’est ridicule sur 3 hectares, il faut apporter beaucoup plus !"

Je suis tout à fait d'accord avec le Maire pour souhaiter, en centre ville en particulier, des activités riches en emplois !

C'est-à-dire, tout sauf un multiplexe !

Ce n'est pas par hasard si, ailleurs, ils s'installent sur des terrains périphériques de faible valeur.

Un multiplexe de 8 salles, c'est… 15 salariés à Maurepas, 9 salariés à Albi !

Y a-t-il plus mauvais projet possible, en termes d'emplois par mètre carré occupé ?

dimanche 29 mai 2016

Carrière sous la montagne du Parisis : décision en vue pour les 30 prochaines années

par Frédéric Lefebvre-Naré

Placo, qui exploite la carrière de plâtre à la limite d'Argenteuil et de Cormeilles, demande de passer pour les 30 prochaines années en souterrain, sous la totalité de la montagne du Parisis, sauf les quartiers habités. Pendant ce temps, la carrière à ciel ouvert actuelle, soit 86 hectares, accueillerait 350000 tonnes de remblais par an, pour devenir un espace vert. Le même volume de remblais serait ensuite amené pour combler la carrière souterraine, jusqu'en 2046 (au moins).

Une enquête publique est en cours, jusqu'au 2 juin. Il reste à ce jour deux permanences des commissaires enquêteurs, jeudi 2 juin de 14 à 17h dans les mairies de Franconville et Montigny-lès-Cormeilles.

Les Conseils Municipaux des communes concernées, dont Argenteuil, auront ensuite 2 semaines pour donner un avis :

  • Créer cette immense carrière souterraine, à remblayer ensuite, est-ce une bonne idée, dans un secteur aussi urbanisé ?
  • Et si c'est la décision prise, les moyens prévus suffisent-ils à réduire les risques ?

Pierre Belot et moi-même avons pu, lors de la permanence de ce samedi 28 mai à la Mairie d'Argenteuil, consulter le dossier… en diagonale : ce sont plusieurs milliers de pages, mais le commissaire enquêteur nous a aidé de son mieux.

Schema_gypse_29mai16.png

Je crois possible de maintenir l'activité de l'usine à Cormeilles, et pour l'approvisionner, de creuser, effectivement, sous la montagne. Cependant, la lecture rapide du projet m'a conduit à trois inquiétudes et une interrogation[1].

1) Concernant la circulation des camions de remblais (jusqu'à 640 par jour[2]), le schéma proposé est très peu convaincant, bien qu'il prévoie des investissements substantiels, avec la création d'une nouvelle voie, en tranchée, depuis le cimetière de Franconville jusqu'à hauteur de l'usine (Cf. schéma ci-dessus).

a) Selon ce schéma, tous les camions de remblais, une fois vidés, devraient repartir par le Sud, par Cormeilles ou surtout, pour aller vers Paris, par Argenteuil. En effet il n'y a pas d'entrée sur l'A15 au Moulin de Sannois. La création d'une entrée, sans doute raccordée à la bretelle d'accès venant de l'A115 vers l'A15, semble indispensable. Or selon l'État, qui convient de son utilité, comme selon le Maire de Franconville, c'est à Placo de la financer.

Schema_gypse_29mai16_2.png

b) Pour les camions venant de Paris, l'accès suppose un demi-tour sur l'A15 via le "carrefour Ikea" et celui de "Quai des Marques", déjà très sportifs ! pour revenir ensuite vers la sortie Moulin de Sannois (qui n'existe que venant de Cergy). Ou bien sortir sur l'A115 à Franconville et traverser le quartier des Noues… Ce circuit compliqué risque d'inciter les camions à emprunter en fait, à l'aller comme au retour, la sortie Sud, c'est-à-dire traverser Argenteuil. La solution serait sans doute un demi-tour mieux aménagé sur l'A15 à hauteur d'Ikea.

2) Un pipeline souterrain d'hydrocarbures, Le Havre-Paris, appartenant à la société Trapil, passe par là ; il monte justement du "rond point Ikea" jusqu'à la route stratégique puis passe sous celle-ci. En noir pointillés sur la carte ci-dessous.

Version 2

Or des infiltrations d'eau, ou des défauts dans la voûte de plâtre de la carrière, provoqueront des effondrements en surface, comme cela se produit en forêt de Montmorency et ailleurs. C'est bien pourquoi la carrière ne pourra être exploitée sous des bâtiments.

Sans être spécialiste, je trouve très inquiétante la rédaction floue des dispositions correspondantes :

  • pas d'explosif à moins de 40 mètres de la verticale de la canalisation… "sauf autorisation de la société Trapil" (dont j'imagine limitée l'expertise en mécanique des sols) ;
  • "visite de chantier avec un représentant de Trapil" avant que le forage n'arrive à ce niveau : que verra le représentant, à 80 m de profondeur ?
  • et en cas d'incident (voûte effondrée…), "accélérer la mise en place des remblais de consolidation dans la zone de l'incident, et pour ce faire, éventuellement reprendre des remblais d'un autre secteur en cours de remblayage si nécessaire" et "prévenir la DRIEE et Trapil"[3] ! "Éventuellement si nécessaire"… J'ai du mal à imaginer que le déplacement express de remblais (sans grande portance) puisse faire plus que dissimuler la portée de l'effondrement. De plus cette procédure est inapplicable à une galerie principale dont dépendrait l'accès au reste du site souterrain.

De la même façon, le fort de Cormeilles risque d'être très endommagé. Cela exclut pour l'avenir toute activité impliquant un hébergement sur place[4].

3) Autre inquiétude : quels remblais seront enfouis là, loin de tout contrôle tiers ? Le remblaiement relèverait de la société spécialisée ECT, dont l'employé d'accueil serait chargé… de refuser tout chargement d'odeur ou de couleur douteuses ! Un contrôle "semestriel inopiné" sur "deux chargements" (donc un camion sur 30000 !) serait confié à un laboratoire, pour résultats 2 semaines plus tard (ou plus), alors que les terres concernées auraient été noyées sous d'autres remblais. Ces dispositions peuvent-elles être jugées suffisantes… au XXIème siècle ? Elles me semblent plutôt inciter à une gestion opaque par le concessionnaire.

Il me semble que le contrôle des chargements devrait relever d'un organisme indépendant (indépendant d'ECT et de Placo), mandaté par les collectivités locales (par exemple l'Agence des Espaces Verts de la Région Ile-de-France), et se faire en continu avec des moyens modernes et une diffusion en continu des résultats.

4) Enfin une interrogation, et une perspective d'avenir. De la carrière à ciel ouvert, pourrions-nous tirer un meilleur parti que de la reboucher avec du remblai ?

Les 111 mètres de dénivelée entre la crête et la plaine, et la pente abrupte créée par la carrière, en font un beau site pour des activités de glisse. Même une piste de ski couverte s'y trouverait bien mieux qu'à Gonesse où elle est prévue sur 3 hectares, Saint-Quentin en Yvelines où elle a été envisagée, ou Amnéville-lès-Metz où se cache actuellement la seule piste de ski indoor de France (3 M€ de chiffre d'affaires, une cinquantaine d'emplois).

Quel que soit le sport retenu, le site serait idéal… et sans impact sur le paysage, ni sur l'environnement naturel de la plaine. Bien sûr, un bon accès depuis l'A15 serait précieux, ce qui nous ramène au premier point, celui de l'échangeur. Espérons que nos élus municipaux ne se contentent pas de demander à l'État du goudron, mais recherchent aussi la meilleure mise en valeur de cette "montagne" !

Notes

[1] Je reformule ici, à l'attention de visiteurs n'ayant pas connaissance du projet, mes observations sur le registre du commissaire enquêteur.

[2] En période de remblaiement à la fois du site à ciel ouvert et des premières "chambres" souterraines.

[3] Point 4.2.1.3 du "rapport non technique".

[4] Dommage, je l'aurais bien vu redevenir un centre de stages commandos… pour les Franciliens amateurs de Mud Days et autres défis sportifs.

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