par Bernard Rols

Le Figaro vient de publier le classement des villes de plus de 50 000 habitants les plus dynamiques.

113 communes ont été analysées et comparées sur des critères de logements, de dynamisme économique, d’emplois…

Depuis 2 décennies au moins, on ne parle, pour les petites villes de province, que de chômage endémique, de paupérisation des habitants, de centres villes à l’abandon, de Services Publics à minima. Les reportages dans les médias montrent des villes totalement sinistrées.

La dernière de ce classement est Calais (Pas-de-Calais) suivie par Saint-Quentin (Aisne) et Béziers (Hérault).

Béziers, ma ville d'origine, 77 100 habitants, est ainsi :

  • 113ème pour le taux de logements vacants (17,18 %)
  • 109ème pour le taux de pauvreté (33,25 %)
  • 109ème pour le taux de chômage (15 %)
  • 109ème pour le revenu médian (15 305 euros)
  • 107ème pour les permis de construire (-56 % entre 2010 et 2015)
  • 96ème pour la part de population de plus de 25 ans avec le bac (38,36 %)
  • 95ème pour le taux de survie à 5 ans des entreprises (27,90 % des entreprises créées en 2009 toujours en activité en 2014)

Le constat est sans appel !

Je devrais dénoncer l’absence d’une vraie politique économique de relance par la municipalité FN actuelle, dont les combats sont plutôt axés contre l’Islam et les migrants qui « envahiraient » Béziers, mais je me dois de reconnaître que cette situation économique fortement dégradée, est antérieure à l’arrivée en responsabilité de l’équipe FN.

En comparaison, pour Argenteuil, le revenu médian est de 17 555 euros (85ème place). Notre ville se classe à la 92ème place pour la part de population de plus de 25 ans avec le bac et à la 87ème place pour le taux de pauvreté. Nous sommes à la 65ème place pour les permis de construire, mais cela s’explique certainement par le peu de foncier restant à bâtir. En revanche, pour les 3 derniers critères (logements vacants, chômage et survie à 5 ans des entreprises) nous sommes situés entre les 20ème et 30ème places.

Pourquoi, avons-nous dans ces villes moyennes, une telle distorsion par rapport aux chiffres nationaux ? En quoi nos élus locaux et nationaux, de gauche ou de droite, ont-ils failli pour en arriver à une situation aussi catastrophique ? Je suis convaincu que les raisons essentielles qui ont amené ces villes en situation d’échec, sont des politiques publiques irresponsables tant au niveau national que local.

La centralisation accrue des Directions des Services Publics vers les métropoles régionales a en effet incité plusieurs entreprises locales à transférer également une partie de leurs activités vers ces métropoles, ou pire, à s’y installer, principalement pour les jeunes entreprises en création, générant dans les autres villes ces taux de chômage bien supérieurs à la moyenne nationale. Ces entreprises locales PME, PMI, grands sites industriels pour certaines, étaient le « poumon économique » des villes moyennes.

La population active et diplômée a été contrainte de déménager à son tour vers ces métropoles, rendant les petites ou moyennes agglomérations encore moins attractives.

Par exemple, l’Hérault compte 1 127 000 habitants, dont 712 000 pour la seule métropole de Montpellier mais seulement 120 200 pour l’agglomération Béziers-Méditerranée (17 communes). Les plus de 60 ans représentent 30 % des habitants de cette agglomération (5 points de plus que la moyenne nationale)

Constatant le déclin progressif de leur ville, des élus locaux de gauche et de droite, ont voulu relancer l’activité économique et l’emploi dans leur territoire par la création de zones commerciales, souvent accompagnées de politiques de relance du « petit commerce » en centre ville, mesures économiques au demeurant louables mais rendues en partie inefficaces par la paupérisation croissante de la population locale qui n’a plus les moyens de consommer.

Pourtant, tout n’est pas perdu pour les villes moyennes sinistrées.

Dans le classement du Figaro, Béziers est à la 41ème place pour le nombre d’écoles maternelles et primaires pour 10 000 habitants et à la 13ème pour le taux d’accroissement de la population entre 2008 et 2013.

C’est tout à fait paradoxal mais montre que ces villes peuvent retrouver une nouvelle jeunesse et une croissance économique :

  • par le tourisme car leurs patrimoines historiques sont riches et variés,
  • par le numérique avec la création de start-up locales, ventes par Internet,
  • par une agriculture axée sur les terroirs…

Emmanuel Macron s’est engagé à revoir le millefeuille administratif en supprimer un quart des départements faisant « doublons » avec les métropoles régionales. Je pense qu’elles y gagneront, s’affranchissant d’une tutelle administrative de plus qu’est le département. Elles pourront alors être concurrentes des autres métropoles européennes.

En revanche, cela ne doit pas se faire une nouvelle fois au détriment des villes moyennes. C’est l’ensemble du territoire qui doit être repensé. Il faut impérativement et conjointement rééquilibrer les territoires entre eux pour que chaque territoire ou agglomération, dans notre pays, trouve sa propre prospérité économique.

Les villes moyennes ne doivent plus être considérées comme des « vassales » des métropoles régionales, et abandonnées par les pouvoirs publics.