par Frédéric Lefebvre-Naré

Les Français ont élu hier Emmanuel Macron à la présidence de la République ; deux fois plus d'entre eux ont voté pour lui que pour Marine Le Pen ; trois fois plus, même, à Argenteuil et Bezons.

Nous avons vécu une sorte de référendum sur les valeurs républicaines, sur l'avenir de notre démocratie. Les Français ont choisi un renouvellement dans la continuité, plutôt que l'aventurisme d'un clan à l'idéologie sinistre.

C'était un autre vote que celui du premier tour : dans le bureau que je présidais, beaucoup d'électeurs sont venus au second tour après s'être abstenus au premier ; mais beaucoup de votants d'il y a 15 jours ne sont pas venus hier, et le taux de participation a légèrement baissé.

Ce vote marque un changement d'époque.

  • Les candidats soutenus par plus de 90% des députés ont été éliminés dès le premier tour, réunissant seulement 26% des voix.
  • Après trois décennies de vieillissement, une nouvelle génération pointe en étant représentée à l'Élysée. C'est une relève similaire à celle que Barack Obama, David Cameron ou Matteo Renzi ont représentée.
  • Mais c'est une situation fragile, comme l'ont expérimenté ces trois pays, où ces trois jeunes leaders ont été remplacés par trois seniors plus conservateurs.
  • Le Président élu Emmanuel Macron n'est soutenu, sur son projet politique, que par 1 sur 5 de ses propres électeurs, selon les sondages.
  • Le courant nationaliste est devenu la principale opposition. Même chez nous, 14% des Argenteuillais inscrits sur les listes, et 16% des Bezonnais, sont allés voter pour Marine Le Pen.

Dans 5 semaines seulement, nous élirons nos députés. Une majorité en émergera, qui décidera de l'orientation du pays.

Quelle majorité ? Quelle orientation ? Les commentateurs de la télévision s'avouent perplexes.

Dans notre circonscription d'Argenteuil-Bezons, la situation est plus étonnante encore puisque 6 candidats, dont 3 inconnus ou presque, ont de bonnes chances de l'emporter : les représentants des trois grands courants de cette présidentielle, et trois personnalités locales issues de partis traditionnels.

  1. En Marche n'a encore désigné ses candidats que sur 14 des 577 circonscriptions françaises, alors que la date limite de dépôt des candidatures est ce vendredi 12, et qu'il y a quelques formalités entre temps ! J'imaginais que le parti d'Emmanuel Macron soutiendrait Philippe Doucet, député sortant qui avait lui-même soutenu Emmanuel Macron dès le premier tour ; mais EM n'a encore annoncé de soutien à aucun sortant. Et il y a des candidatures alternatives — au moins une !
  2. Le Front National… quelqu'un sait qui se présente pour le FN ? (Oui, le site FN 95). C'est un parti sans visage chez nous depuis le départ de Micheline Bruna, la secrétaire de Jean-Marie Le Pen, conseillère municipale jusqu'en 2008. Et pourtant ce parti sans visage peut bien arriver au 2ème tour, et, triangulaire ou quadrangulaire aidant, emporter le siège de député.
  3. France insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, arrivé très largement en tête au 1er tour. Sa candidate vient de se faire connaître et d'ouvrir un compte twitter.
  4. Mais France insoumise est encore en concurrence avec le PCF qui présente Dominique Lesparre, maire de Bezons, qui avait obtenu 28% des voix il y a 5 ans dans sa ville.
  5. Le maire LR d'Argenteuil, Georges Mothron, investi par son parti, ne se présente pourtant pas, préférant conserver ses responsabilités municipales : il a transféré d'autorité sa propre investiture à son adjoint à l'Urbanisme, Gilles Savry. Philippe Métézeau, désigné par l'UDI, s'est aussitôt effacé en se positionnant pour les sénatoriales. M. Savry est ainsi soutenu par tout l'exécutif municipal argenteuillais. Sa suppléante est l'actuelle leader de la droite au sein de l'opposition bezonnaise.
  6. Enfin, Philippe Doucet reste, malgré son soutien à Emmanuel Macron, le candidat investi par le PS, et a choisi de canonner, au nom des valeurs républicaines, les deux Maires de la circonscription.

Également candidats, comme en 2012, Franck Debeaud pour le PCD, Dominique Mariette pour LO, et pour EELV un nouveau candidat, Pascal Bertolini.

Argenteuil — plus que Bezons — a pris l'habitude, depuis 25 ans, des batailles électorales incertaines. Que dire de celle qui commence !


Pour *commenter* sur ce blog il faut cliquer à deux reprises sur la case "je ne suis pas un robot", avant de prévisualiser, puis avant d'envoyer le commentaire. Désolés !