par Bernard Rols

Mercredi 23 octobre, le département de l’Hérault était frappé par un épisode cévenol d’une intensité exceptionnelle.

Mon soutien affectif aux habitants sinistrés de Béziers et de Villeneuve-les Béziers, car chaque inondation provoque une catastrophe humaine, au-delà des dégâts matériels importants.

Ce cataclysme météorologique a par ailleurs occasionné d’importants dégâts sur la voie ferrée entre Agde et Béziers.

Le trafic SNCF a été totalement interrompu ce jour là entre Montpellier Perpignan - Montpellier Toulouse.

Dès lors, face à ce problème majeur, il s’en est suivi une immense galère pour des centaines de passagers au départ de Paris, probablement à cause d’un manque de communication en interne dans les gares concernées entre tous les personnels de la SNCF, puis d’une information morcelée auprès de ses clients.

Voici la chronologie des faits tels que je les ai vécus, passager d’un TGV : départ 11h07 (gare de Lyon) à destination de Béziers (son terminus)

Arrivé gare de Lyon, un TGV à destination de Barcelone (départ 10h00 environ) était affiché avec un retard de 2 heures. Par contre, mon TGV était affiché « à l’heure ».

Les passagers du TGV RENFE (compagnie espagnole) ont été autorisés à monter dans mon TGV sans garantie de places assises, ou à reporter leur voyage (information recueillie sur le quai par une passagère se rendant à Perpignan, et croisée plus tard en recherche d’une place assise)

Lors de l’affichage de ma voie de départ, j’apprends d’un agent SNCF que le souterrain de la gare de Béziers est inondé, d’où un terminus à Montpellier mais que des TER circulaient jusqu’à Béziers !

Je décide donc de prendre mon TGV, la correspondance à Montpellier m’étant assurée ; mais 15 mn avant son départ, alors que tous les voyageurs sont confortablement installés, une annonce nous informe que tout trafic est interrompu à partir de Montpellier à cause des conditions climatiques actuelles ; entraînant notre ruée sur nos portables (une mère voyageant avec son enfant en bas âge a destination d’Agde trouve à Montpellier des amis pouvant l’héberger, la famille d’une autre personne à destination de Sète viendra la récupérer, des amis nîmois m’hébergeront pour la nuit).

Dans ma rame, aucune personne ne renonce donc à son voyage en pleines vacances scolaires, et le TGV part à l’heure annoncée.

Vers 13 heures, une annonce nous informe de l’arrêt pour une durée indéterminée de notre TGV à Lyon (ce qui n’est jamais le cas pour les TGV à destination du Languedoc), et que les portes resteront bloquées !

Une nouvelle annonce quelques minutes après : il n’est plus question d’arrêt à Lyon, mais le terminus sera désormais à Nîmes (grimaces parmi les passagers qui comptaient descendre à Montpellier).

Nous arrivons à Nîmes à l’heure prévue.

A la descente du TGV, nous n’avons aucun accueil réservé, exception faite d’un ou deux « gilets rouges » qui pourront nous renseigner sur comment nous allons poursuivre notre voyage.

De toute façon, nous constatons immédiatement que la SNCF n’a aucune solution concrète à proposer.

Nous sommes bel et bien bloqués dans cette gare !

En questionnant un gilet rouge, j’apprends enfin les dégâts sur la voie ferrée entre Agde et Béziers.

L’affichage confirme l’interruption du trafic comme précisé plus haut et en ce début d’après-midi, aucun hébergement pour la nuit n’est offert.

Je sors de la gare de Nîmes (sous une pluie battante) pour me rendre au domicile de mes amis.

J’y retourne le lendemain matin (sous un soleil radieux revenu) pour me renseigner.

Le trafic a repris sur Montpellier depuis la veille mais il reste interrompu entre Montpellier et Narbonne.

À la billetterie, je demande s’il y des bus de substitution pour Béziers. La réponse fuse « mais vous vous rendez compte du nombre de bus et de gares à desservir ? Ils -les voyageurs- sont repartis » (mais pour où ?)

Je le conçois mais si je pars à Montpellier, je fais comment une fois arrivé ? Aucune réponse de mon interlocuteur (bon il y a logiquement la solution des bus départementaux de l’Hérault, mais il faudra m’acquitter d’un billet de bus Montpellier Béziers, sous condition d’avoir une place)

Je me renseigne séparément à la boutique SNCF.

Il m’est proposé aussitôt le remboursement de mon billet, sans l’avoir demandé.

Je repose la même question. Ils n’ont aucune solution à me proposer après Montpellier. J’en conclus donc qu’aucun contact n’a été pris avec d’autres prestataires, même pas pour obtenir leurs horaires de bus.

Evoquant la galère des familles avec enfants, il m’est rétorqué que « la SNCF a bon dos ! »

Je peux concevoir le stress depuis la veille du personnel SNCF mais dans la file d’attente devant moi, se trouve une mère avec son enfant en bas âge jouant depuis la veille à même le sol de la gare.

La SNCF a pourvu néanmoins à leur hébergement en hôtel la nuit précédente.

Venant de Marseille, elle voulait rentrer chez elle à Toulouse.

La solution Blablacar lui a été en premier proposée mais problème, il fallait un rehausseur auto pour le gamin.

La mère et l’enfant feront donc le trajet Nîmes Paris puis Paris Toulouse (j’imagine aux frais de la SNCF).

Vers les 10 heures elle n’avait pas encore eu confirmation des horaires de son retour, si elle devra passer ou pas une nuit à Paris.

Les travaux devraient durer au minimum jusqu’au 4 novembre selon la Direction Régionale de la SNCF ; mais vu l’ampleur des dégâts, une reprise complète du trafic pour cette date est à mon avis inenvisageable, idem pour les jours, voire les semaines qui suivront sur les axes ferroviaires Paris Barcelone via Nîmes, et Marseille Bordeaux via Toulouse ?

Est-il acceptable que le trafic ferroviaire soit interrompu entre Montpellier Béziers (les dessertes entre Béziers Narbonne et Montpellier Sète doivent reprendre prochainement) pour plusieurs semaines, sans offrir aux usagers des navettes de bus comme solution de remplacement ?

Est-il concevable que la ville de Béziers (75 000 habitants) soit considérée comme quantité négligeable par la SNCF alors que de nombreux biterrois travaillent à Montpellier ?

Au-delà des conséquences de cet évènement climatique, la SNCF assurant une mission de Service Public doit-elle mettre tout en œuvre pour trouver une solution de remplacement en cas d’interruption forcée de son trafic pour maintenir sa mission de Service au Public, quoi qu’il lui en coûte, ou peut-elle se prévaloir du cas de force majeure tel qu’il est défini par la jurisprudence (l’évènement doit être imprévisible, irrésistible et extérieur) ?

Le débat est ouvert.

https://actu.orange.fr/france/occitanie-pas-de-bus-de-substitution-sur-plusieurs-lignes-de-train-interrompues-magic-CNT000001kx13o.html