par Frédéric Lefebvre-Naré

Notre Municipalité a tristement distingué notre ville, une fois de plus, au dernier Conseil Municipal (point 32). Argenteuil a ainsi eu les (dés-)honneurs du 20 heures de France 2, en instaurant une "prime d'assiduité" pouvant aller jusqu'à 500 € par an.

Oh la belle idée ?… Elle diminue de 25% par jour d'absence quel qu'en soit le motif (accident du travail, maladie, grève, maternité, etc.), et tombe donc à 0 au 4ème jour d'absence dans l'année. Les agents sont priés de venir avec leur grippe et leur gastro, en faire profiter leurs collègues et le service public.

Les syndicats, unis en intersyndicale, et le groupe d'opposition, ont défendu la légalité du régime de primes préexistant et estimé que le nouveau système était, lui, illégal.

Je suis intervenu pour estimer qu'au-delà de la légalité, c'était une atteinte aux droits humains.

Entre deux collègues de travail du même service, de même ancienneté et qualification, celle qui tombe enceinte serait payée 500 € de moins que l'autre. Et attention à ne pas mettre le bébé en route vers le mois de mars : si le congé tombe à cheval sur 2 années civiles, cela lui fera 1000 € de moins.

Une chef de service interrogée sur France 2 le remarque avec un humour noir : son service sera discriminé, puisqu'il emploie essentiellement des femmes…

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Les absences anormales, ou évitables, d'agents municipaux, sont un problème grave pour le service public à Argenteuil. Donc, pour les contribuables.

Le Maire a annoncé depuis des années son intention de combattre ce fléau (pas seulement dans les rangs des élus de la majorité).

Sans efficacité aucune, jusqu'ici.

Cette nouvelle "répression par la prime" est aussi choquante que ridicule.

Si certains agents ont tendance à prendre un peu trop facilement un jour par ci par là, le rétablissement du "jour de carence", à l'échelle nationale, les en dissuadera déjà : à quoi bon ce "coup de pied de l'âne" municipal ?

Quant aux agents en absence de longue durée, certainement trop nombreux à Argenteuil, comment une prime qui disparaît dès le 4ème jour d'absence les encouragerait-elle à tenter de reprendre le travail ?

Au contraire, cette sanction mesquine risque de contribuer à un sentiment d'injustice, à une dégradation de l'ambiance au travail et de l'implication des agents.

J'ai la chance de participer actuellement, comme sous-traitant, à une offre d'étude et de conseil aux grandes entreprises, qui porte précisément sur l'engagement des salariés et la lutte contre l'absentéisme. Dans les réunions auxquelles j'ai pu assister, beaucoup de facteurs d'absentéisme et de réponses possibles ont été évoquées. Mais aucun des intervenants n'a émis l'idée d'une prime individuelle d'assiduité. J'imagine que l'idée susciterait, chez ces professionnels, quelque chose entre la moue dubitative, les yeux écarquillés, et le WTF. Ce que j'entends d'eux ressemble beaucoup plus à ce que dit l'intersyndicale à Argenteuil :

"Combattre l'absentéisme, c'est en chercher les causes, qu'elles soient liées à la situation particulière de l'agent ou à l'environnement de travail, et non la sanctionner."

Le Maire a répondu en ironisant sur mon expertise (il est vrai que j'ai peu pratiqué l'absentéisme), et en "m'interdisant de dire que la Municipalité ne ferait que cela (la prime) contre l'absentéisme". Ça tombe bien, je n'avais pas l'intention de le prétendre. Je suis juste désolé qu'elle se ridiculise ainsi.