par Bernard Rols

Emmanuel Macron a présenté le samedi 25 novembre 2017 ses propositions pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Engagés pour Argenteuil a déjà publié un compte-rendu de cette conférence de presse.

J’y avais annoncé que je donnerais mon avis sur les orientations prises pour lutter contre cette inégalité, un des fléaux de notre société fortement imprégnée de sexisme.

Je m’étais déjà exprimé lors de l'affaire du producteur Harvey Weinstein.

Certes nous étions alors dans le monde particulier du cinéma et des paillettes. Nous pouvions nous interroger sur l’attitude de certaines actrices qui avaient révélé leur confrontation douloureuse avec ce prédateur dans les journaux "people", mais n’avaient pas porté plainte.

Pour autant, cette affaire outre-Atlantique, portée sur la place publique, mettait en exergue les violences faites aux femmes et la dominance que certains puissants, notables exercent en toute impunité sur elles.

Je voulais ardemment que nous évoquions la vraie vie de tous les jours ; que nous dénoncions les vies brisées à jamais de femmes anonymes par le comportement scandaleux d'obsédés.

Je considérais que l'affaire Weinstein avait fait sauter la chape de plomb sur le harcèlement sexuel ; qu’il nous fallait désormais agir.

Emmanuel Macron veut restaurer l’égalité entre les femmes et les hommes, faire de cette lutte contre le sexisme, la grande cause de son quinquennat.

Je souscris donc entièrement à cette décision politique, au combat qu’il veut mener.

Nous allons passer de vaines déclarations à des actes pour qu’enfin les femmes soient les égales des hommes.

Olympe de Gouges, première féministe, auteure de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, écrivait : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ».

Certes, depuis, la peine de mort a été abolie, mais dans notre société du XXIème siècle, culturellement sexiste comme le constate notre Président, il est encore difficile pour nombre d’entre elles de monter à la Tribune, c'est-à-dire de recevoir de cette société déclarée moderne, la même reconnaissance que nous, les hommes, avons.

Avant de donner mon avis sur les orientations prises, je veux dire deux mots sur la société de délation générale qu’Emmanuel Macron ne veut pas. (Je la refuse également)

Je veux bien entendu faire référence au hastag "balance ton porc".

Il s'agit là d'une accusation publique sans jugement même si les actes dénoncés s'avèrent souvent et malheureusement véridiques.

Toute personne accusée d'un acte délictuel a le droit à se défendre.

La vilipender sur la place publique ou sur Internet, est contraire à tout principe de droit et de justice dans une société démocratique.

Emmanuel Macron a défini 3 orientations :

Sur l’éducation et le combat culturel pour l’égalité :

Son constat est juste, le corps de la femme est trop souvent considéré comme argument publicitaire ou promotionnel.

Il faut responsabiliser les professionnels concernés.

En revanche, j’émets de sérieux doutes sur l’extension de contrôle à tous les supports médias demandé au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Comment le CSA, qui n’arrive pas à imposer à certaines chaînes privées de télévision d’appliquer un minimum de déontologie dans certaines programmations, ni à interdire les émissions dégradantes de téléréalité où de jeunes hommes et de jeunes femmes sont vautrés dans des canapés, où ces jeunes femmes sont comparées à des bimbos, pourrait empêcher sur Internet que la pornographie soit accessible aux mineurs ?

Sur l’accompagnement juridique des victimes :

Les mesures annoncées sont du bon sens et je suis convaincu qu’elles aideront les victimes.

Sur le renforcement de l’arsenal répressif :

La prescription pénale portée à 30 ans pour les crimes sexuels sur les mineurs ou le consentement éclairé à 15 ans pour des relations sexuelles sont de vraies avancées pour les cas les plus graves.

Je suis par contre très dubitatif sur l’efficacité du délit d’outrage sexiste.

Il faudra l’interpellation par la Police du contrevenant et en cas de poursuites judiciaires, le harcèlement sexuel devra être prouvé par la victime.

Souvent sans témoins, ça sera donc parole contre parole sans compter que l’avocat du prévenu plaidera en premier "le moment d'égarement".

J’émets les mêmes réserves sur la possibilité par les femmes d’avoir accès à tous les quartiers ou les lieux publics tant les communautarismes se sont installés dans certains espaces publics avec parfois le laxisme, la complaisance des élus locaux.

Je déplore enfin que le harcèlement le plus fréquent, celui pratiqué dans le cadre professionnel, n’ait guère été nommé ni dénoncé.

Si je ne suis pas particulièrement favorable à la méthode américaine où dans les entreprises, une conversation ne peut pas avoir lieu, en tête à tête, entre un homme et une femme, dans un bureau porte fermée, je pense plus que toute autre méthode, qu’il faut changer en priorité les mentalités de certains hommes, dans un monde du travail très hiérarchisé, où le lien de subordination est l’une des conditions du contrat de travail.

Combien de harcèlements ont été, sont subis par les femmes, parce que par lâcheté, on a laissé faire ; certains allant même jusqu’à considérer "qu'elle a cherché ce qui lui arrive" (une campagne reprenant cette thématique est actuellement diffusée sur France 2 avec la collaboration de journalistes ou d’animateurs de cette chaîne)

Je propose de provoquer dans chaque entreprise volontaire ce que j'appellerai "un état de choc".

Une charte qui promeut le respect des femmes dans l'entreprise serait rédigée puis validée par tous les hommes de l'entreprise du dirigeant au simple employé.

J'y vois 2 avantages, l'un serait un critère de mixité et de bien-être pour l'entreprise, l'autre serait le risque pour chaque homme qui refuserait de la signer de se retrouver sur une "liste noire".

C’est peut être radical, mais ce qui est réellement efficace n’est-il pas, souvent, radical ?

Il est temps d’en finir avec la vision ancestrale que certains hommes ont encore des femmes.