par Frédéric Lefebvre
Que souhaitons-nous aujourd’hui pour le site de Jean Vilar et l’île Héloïse ?
Dix ans après la pétition du comité Jean Vilar, 10000 signatures plus tard, le maire a abandonné le projet de mégaplexe et de bétonnisation que nous combattions, et il a annoncé à la presse au soir du second tour (nous l’apprenons maintenant) :
« On conservera les fondations mais le bâtiment de la salle des fêtes, trop vieillot et avec beaucoup d’amiante, sera détruit. Les fondations serviront de base d’une salle de spectacles pour 2 000 à 2 500 personnes ».
Qu’est-ce-que, comme citoyen argenteuillais, je souhaite aujourd’hui ?
1. Une salle des fêtes. La valeur du complexe Jean Vilar n’était pas l’acoustique très médiocre de la grande salle, mais l’architecture de l’ensemble, presque entièrement de plain-pied, permettant d’accueillir de nombreux types d’événements : Forum des associations ou de l’emploi, salons, thés dansants, toutes sortes d’événements communautaires,… avec une audience bien au-delà de la ville, car ce genre de salles est très rare.
Le site est parfaitement placé pour cela, au pied du pont et à une dizaine de minutes à pied de la gare. C’était sa vocation, comme “place des Fêtes”, bien avant la construction de la salle ! Après des années de fermeture incompréhensible (le maire a prétexté une mise en réserve de la salle pour d’éventuels besoins de… campagne de vaccination !), elle nous manque, c’est urgent.
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2. Publique. Cette ancienne île, banquette verte entre le centre ville et la Seine, patrimoine municipal “depuis des temps immémoriaux” — sauf la partie remblayée sur la Seine, que la Ville avait alors reprise à l’État — est un site précieux que nous devons garder en bien commun, et non le céder à des investisseurs privés en fonction de leur propre intérêt.
3. Pour les Argenteuillais et leurs voisins : ce n’est ni un Zénith ni une Arena, mais c’est un équipement d’intérêt public pour des centaines de milliers de personnes du quart Nord-Ouest parisien.
Le maire annonce « 2000 à 2500 personnes » ce qui correspondrait à environ ~800 places assises, contre 1000 dans le 2ème projet Fiminco, 1400 dans le projet présenté à l’enquête publique, et 1550 places pour la salle actuelle balcon inclus. Ça semble réduire fortement la capacité d’accueil, c’est dommage.
Le maire annonce aussi que “beaucoup d’acteurs ont été écoutés (lesquels ?!)” et que “le filigrane du projet est quasiment bouclé”. Pour rappel, Georges Mothron s’était engagé à fournir au public, pour le 15 octobre 2025, les éléments d’étude et de devis sur plusieurs scénarios, réhabilitation ou reconstruction : promesse non tenue. Arriver avec un projet “quasiment bouclé” sans permettre d’arbitrer entre plusieurs options, sans concertation ni consultation, c’est précisément ce qui a conduit à l’échec le projet précédent. Ce site au coeur de la vie de la ville mérite qu’on se rencontre, qu’on se parle, qu’on s’ouvre.
4. Rénovons notre patrimoine. Un titre doit être court : quand nous avons titré la pétition du comité Jean Vilar “Rénovons Jean Vilar, salle des fêtes, publique, pour les Argenteuillais et leurs voisins”, le mot “Rénovons” n’excluait pas, au contraire, des travaux plus importants.
Arbres : le site comprend les plus anciens témoins (sans doute plus que centenaires) des plantations reprises dans les années 1860 et représentées sur de nombreux tableaux impressionnistes ; un site qualifié pendant des années de “magnifiques promenades”. Les Argenteuillais sont attachés également aux plantations plus récentes, datant de la construction de la salle, comme le cèdre. Conservons-les, ils sont nos concitoyens à leur façon.

Architecture : comme le maire le dit, le bâti de Jean Vilar est non seulement “vieillot” mais très amianté, et il faudra au moins tout déconstruire, ramener la structure béton “à l’os”, avant de reconstruire. Le sol lui-même peut rester problématique (en partie alluvial, en partie remblayé).
Mais j’espère qu’on puisse sauver l’architecture initiale, oeuvre oubliée de Maurice Novarina (bravo à Élise Languin qui a retrouvé ce fil), parfaitement adaptée aux fonctionnalités de cette salle des fêtes. Des dizaines de milliers d’Argenteuillais y sont attachés, depuis plus de 50 ans, et si la salle retrouvait une nouvelle jeunesse en gardant son identité, ce serait un immense succès !
