Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 13 mars 2020

Héloïse, femme libérée et fondatrice d’ordre religieux, inspirante aujourd’hui

par Frédéric Lefebvre-Naré : tribune pour le magazine municipal de mars 2020.

Ce 5 mars, l’Université Inter-Âges et Passerelle Citoyenne organisaient une conférence sur la femme la plus célèbre de notre histoire : Héloïse.

Le maire rappelait : « Au-delà de la vie d'une femme du XIIème siècle, représentée tantôt comme figure d'émancipation féminine, tantôt comme soumise, c'est de la place de la femme qu'il est question. La Passerelle citoyenne veut cultiver les valeurs de la République et du vivre-ensemble. Le combat pour l'égalité des femmes avec les hommes doit faire partie du socle républicain. »

Les conférenciers, Jacques Verger et Alexis Grélois, ont confirmé l’actualité de cette histoire ancienne :

« Héloïse et Abélard parlent du sexe, de la passion, du désir… C'est l'époque d'une libération de la parole.

Héloïse, actrice de la découverte de l'amour, de la promotion de la femme et de la liberté, n'a pas échappé aux contraintes sociales et religieuses. Un libéral du XIXème siècle, Charles de Rémusat, écrivait : 'Héloïse obéit, mais ne se soumet pas'. »

Ils ont parlé d’Héloïse, mais la soirée s’est passée sans que l’on entende ses propres mots. Dommage. Recevons ces analyses comme une invitation à écouter Héloïse, à découvrir ce qu’elle nous inspire aujourd’hui.

Quant au projet boulevard Héloïse, sur le site de Jean Vilar, le groupe de réflexion animé par Philippe Métézeau a appelé à lui fixer un nouveau « cap » : « la construction de logements ne paraît ni utile, ni opportune dans ce lieu inondable », un centre commercial similaire à Côté Seine est à éviter…

Vu les engagements déjà pris, obtenir ce changement de cap demandera une mobilisation générale des Argenteuillais, quelle que soit la nouvelle équipe municipale.

jeudi 5 mars 2020

Héloïse, amante, savante, abbesse… live !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Ce 5 mars, l'Université inter-âges et Passerelle citoyenne co-organisent à Argenteuil une conférence sur la femme la plus célèbre de notre ville : Héloïse.

Heloise_5_mars_auditorium.jpg

À la tribune, Jacques Verger, auteur de "L'amour castré : l'histoire d'Héloïse et Abélard", et Alexis Grélois, co-auteur de "Argenteuil : une abbaye dans la ville".

Bien que l'invitation ait été fort discrète (la conférence ne figure pas sur le programme annuel de l'Université inter-âges, et je n'ai vu avant aujourd'hui aucune communication de Passerelle citoyenne), quelques dizaines de personnes sont venues, d'un âge moyen, une fois n'est pas coutume, supérieur au mien.

Dans l'agora de l'hôtel de ville, la Ville a créé une exposition "8 femmes" (argenteuillaises), "on est parti de la plus ancienne et la plus célèbre, Héloïse, pour arriver à notre sportive la plus connue", Clarisse Agbegnenou. "Des femmes lumineuses, au parcours de vie significatif : à 14 h dans l'Auditorium le 10 mars, nous vous les présenterons plus précisément."

Le maire Georges Mothron prend la suite pour nommer Clarisse Agbegnenou :-) , dire son plaisir d'être présent, et introduire les deux conférenciers, spécialistes l'un de l'histoire intellectuelle, l'autre de l'histoire du genre au Moyen-Âge. Il remercie Anne-Sophie Vuillemaud, conseillère déléguée à l'Université inter-âges, pour cette "dernière" car Anne-Sophie "ne repart pas pour le prochain mandat".

"Nous avons voulu nous interroger sur Héloïse, représentée tantôt comme une figure d'émancipation féminine, parfois comme soumise. Au-delà de la vue d'une femme du XIIème siècle, c'est de la place de la femme, moitié et plus de l'humanité, qu'il est question. D'où notre choix d'organiser ce rendez-vous dans le cadre de la Passerelle citoyenne, qui veut cultiver l'engagement citoyen, les valeurs de la République et du vivre-ensemble. Le combat pour l'égalité des femmes avec les hommes doit faire partie du socle républicain."

Anne-Sophie Vuillemaud rappelle que l'UIA propose deux conférences par semaine, hors vacances scolaires ; des films, le Ciné-UIA, "qui remportent, on peut le dire, un succès" ; des visites, et un voyage une fois par an dans une capitale culturelle européenne.

"Pour moi, Héloïse se présente comme faible, humble, alors qu'elle avait une vraie force. Ce n'est pas elle qui se rend le mieux hommage, nos conférenciers le feront pour elle !".

Jacques Verger confirme les "incidences actuelles évidentes" de la vie d'Héloïse. "Le souvenir d'Héloïse vivant à Argenteuil, est lié, évidemment, à l'abbaye Notre-Dame, même si les restes archéologiques sont pour l'essentiel postérieurs à Héloïse" (l'abbaye ayant été restaurée par les moines de Saint-Denis quand ils en ont pris possession en chassant Héloïse et les religieuses).

Alexis Grélois évoque donc l'histoire de ce monastère. "ll me semble que les fouilles ont révélé une strate d'incendie qui pourrait correspondre au passage des Vikings au IXème siècle". La reconstruction du monastère date du milieu du XIème siècle. "La communauté accueillait des femmes de conditions très diverses : des moniales (qui ne sont pas recluses à l'époque), des laïques, au moins une recluse… Imaginez une maison aristocratique qui accueille des femmes de statuts divers."

Jacques Verger : "Héloïse a été éduquée à cette abbaye, et y est revenue, y est devenue prieure, jusqu'à l'expulsion. Ces deux séjours sont des épisodes peu connus de sa vie, mais très important : c'est là qu'elle découvre la culture, puis la vie religieuse féminine, qui sera ensuite le sujet de toute sa vie."

"On peut placer sa naissance entre 1090 et 1095" (out 1096-97 d'après Sylvain Piron) ; "la date de son décès est bien connue : 1164."

"C'est une des femmes aujourd'hui les mieux connues du XIIème siècle, avec sa presque contemporaine Hildegarde de Bingen, avec Aliénor d'Aquitaine née un quart de siècle plus tard… Et elle était reconnue non seulement par Abélard, mais par d'autres contemporains illustres, Pierre le Vénérable, Bernard de Clairvaux."

"Les principales sources sont accessibles au grand public, traduites en français moderne et en d'autres langues. Elles ont été très étudiées et débattues. La première est l'autobiographie de son amant puis mari, Pierre Abélard, écrite au début des années 1130. Héloïse n'en est pas le sujet central, mais elle y est très présente, Abélard la fait même parier à la première personne."

"La deuxième source, ce sont les 10 lettres échangées ensuite entre Abélard et Héloïse, non datées, mais qu'on peut dater des années 1132-1137."

"On a proposé d'y ajouter un autre recueil, les 'Lettres des deux amants', connues par un manuscrit très tardif, du XVème siècle. La majorité des historiens sont restés sceptiques sur son attribution à Abélard et Héloïse ; je crois que c'est l'opinion d'Alexis Grélois, c'est aussi la mienne. (Mais) c'est un texte intéressant !"

"Concernant les lettres ultérieures, de 1132-1137, tout le monde est aujourd'hui d'accord sur leur authenticité. À ceci près que le plus ancien manuscrit, qui est assez tardif, du XIIIème siècle, vient du Paraclet, le monastastère d'Héloïse, et on se demande s'il a pu être remanié par Héloïse elle-même ou les religieuses qui lui ont succédé, jusque vers 1230."

"Il y a un certain nombre de textes de contemporains : des lettres de Saint Bernard ; de très belles lettres avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, une espèce de n°2 de la chrétienté du temps ; un chanoine lorrain, Hugues Métel… et il y a les textes produits par l'abbaye du Paraclet, des textes plut^pt administratifs mais assez typiques de ce qu'est Héloïse".

Alexis Grélois : "on a le 'Cartulaire du Paraclet', ensemble d'archives compilé au XVème siècle, dont 12 actes pontificaux datant du vivant d'Héloïse :un nombre exceptionnel ! Et une documentation relative au fonctionnement du Paraclet. Héloïse critiquait la règle bénédictine ; Abélard a écrit à sa demande une sorte de règle, puis une lettre sur la culture des moniales. Abélard a écrit des hymnes et sermons pour la communauté, malheureusement peu étudiés car non traduits."

Jacques Verger : "On a aussi les Problemata d'Héloïse, ensemble de sujets discutés au monastère et sur lesquels elle interrogeait Abélard."

Jacques Verger : "Évoquons maintenant la vie d'Héloïse, en faisant litière des légendes créées au XIXème siècle. Parmi ce qui reste obscur : ses origines familiales. Beaucoup d'historiens ont essayé de les reconstituer, à force d'indices ténus, ou d'imagination ! On a le nom de sa mère, Hersende, mais pas celui de son père. Il me paraît évident qu'elle est noble, vu ce qu'était l'abbaye où elle était placée. L'historien Guy Lobrichon a repris l'idée qu'Héloïse serait de la famille Garlande, qui était à l'époque dans la faveur du roi. Même si elle n'était que fille naturelle, ça la situerait à un certain niveau social. Des historiens ont estimé qu'Abélard était aussi dans la mouvance des Garlande… mais on n'en sait rien !"

"On peut essayer de reconstituer l'éducation qu'elle a reçue. D'abord à l'abbaye d'Argenteuil, puis à Paris autour de Notre-Dame, où elle est hébergée chez son oncle Fulbert."

Alexis Grélois : "À Argenteuil, une dalle porte la nom d'un diacre Addaldus ; elle est sans doute du XIème ou XIIème ; le diacre est 'maître d'art musical' : Héloïse a donc sans doute appris là le chant et la liturgie. Elle a acquis une connaissance biblique à travers la liturgie. Nous avons aussi de la communauté deux 'rouleaux des morts' de 1112-1113 ; ce sont les registres de condoléances de l'époque. Les deux rouleaux passés à Argenteuil sont celui de Mathilde, abbesse de Caen, fille de Guillaume le Conquérant, et celui de Vital de Mortain. Nous avons donc deux poèmes écrits à Argenteuil ; alors qu'Héloïse n'était pas encore religieuse, ce n'est donc sans doute pas elle qui les a écrits."

"Les religieuses, à l'époque, écrivaient des poèmes ; on leur en demandait ; ils sont malheureusement perdus."

Jacques Verger : "Une fois à Paris chez son oncle, celui-ci s'adresse à un des professeurs de l'école cathédrale, Abélard, pour qu'elle donne des leçons particulières à sa nièce. Abélard enseignait à l'époque la grammaire, le latin, la poésie, la logique, et commentait la Bible, mais je ne pense pas qu'il l'ait enseignée à Abélard. Héloïse a manifesté au long de sa vie une très bonne culture classique, elle connaît les poètes latins."

"La passion qui naît entre eux se heurte aux contraintes sociales et lignagères. Les amants sont surpris, Fulbert les sépare, ils continuent à se voir, rapidement Héloïse est enceinte, Abélard l'envoie dans sa propre famille en Bretagne, elle accouche d'un fils, qui reçoit le prénom assez curieux d'Astralabe, l'instrument des astronomes et astrologues… Elle laisse Astralabe dans la famille, rentre à Paris ; Abélard propose à Fulbert de 'régulariser', Héloïse refuse d'abord, mais Abélard obtient ce mariage. Clandestin. Mécontentement de Fulbert, qui craint une répudiation de fait. Fulbert fait châtrer Abélard par des hommes de main. C'est à l'époque le châtiment des violeurs, des ravisseurs…: un peu excessif par rapport au cas d'Abélard ! Les époux se séparent, entre en religion, Héloïse à Argenteuil sur l'ordre d'Abélard, et Abélard lui-même à Saint-Denis."

"Il semble qu'ils ne se voient plus guère. Abélard est victime de condamnations ecclésiastiques pour ses écrits, part en Champagne, puis comme abbé en Bretagne… Il apprend là que Suger a décidé de récupérer le monastère d'Argenteuil pour y mettre des hommes. Certaines religieuses partent avec Héloïse et s'installent grâce à Abélard au Paraclet. Abélard prend l'habitude d'y aller, fait figure de directeur spirituel… mais c'est à Paris qu'il enseigne. Il meurt en 1142 ; Héloïse obtient que son corps soit ramené au Paraclet. Leurs deux corps seront transférés au XIXème siècle au Père-Lachaise, avec un monument néo-gothique."

Alexis Grélois : "Héloïse était revenue à Argenteuil avant la castration ; Abélard le lui avait imposé… il ne se comporte pas très bien. Il avoue avoir eu des rapports sexuels avec elle dans le réfectoire…"

Jacques Verger : "mais pas à l'heure des repas."

Alexis Grélois : "à l'époque, quand deux personnes sont mariées, un des deux ne peut devenir moine si son conjoint n'en fait pas autant. Abélard castré voulait se réfugier à Saint-Denis ; il impose donc à Héloïse de se faire moniale."

"Suger étend le patrimoine de son abbaye en reprenant Argenteuil, où les moeurs étaient relâchées, et où il y avait des dissensions entre religieuses. Elles se dispersent, les unes en Brie, d'autres à Yerres, certaines avec Héloïse au Paraclet."

"La première charte du Paraclet, en 1131, parle d'un simple 'oratoire'. Dans les premiers actes pontificaux, il est placé sous le nom de la Trinité ; puis sous l'appellation, qui a fait scandale, du Paraclet. L'abbaye est soutenue par le comte et la comtesse de Champagne, et plus modérément par les rois capétiens. À la fin du XIIème, les religieuses demanderont que le nombre de religieuses soit limité à 60, ce qui en fait déjà une très grosse communauté. Héloïse a fondé une douzaine de prieurés, et été forcée par la comtesse de Champagne de créer une abbaye-fille, la Pommeraye."

"Ce qui est plus original : elle met en cause la règle de saint Benoît comme inadaptée aux femmes. Elle estime que les femmes ont besoin de viande. Elle s'inquiète que l'abbesse doive avoir à sa table les hommes, hôtes de l'abbaye. Elle demande à Abélard une règle. Abélard écrit dans la lettre 8 ce qui se présente comme des institutions. La thèse dominante est qu'elles sont fumeuses, mal construites, et sûrement inappliquées par la sage Héloïse. Mais si on la compare aux textes plus anciens, carolingiens, souvent des compilations de textes divers, on comprend que le dialogue intellectuel d'Abélard et Héloïse cherche aux sources du monachisme. Le texte est d'ailleurs assez drôle, avec ses attaques contre des moines de son époque, dont saint Bernard, même s'il n'est pas cité ! Héloïse en a donné une version simplifiée dans 'Nos institutions', sans doute rédigées en 1147 lors de la fondation de la Pommeraye. On a cherché des dissensions entre la lettre d'Abélard et les Institutions… mais ce sont plutôt des erreurs de lecture des textes !"

Jacques Verger : "Le renouveau du début du XIIème siècle est général : intellectuel, démographique, économique,… On circule plus facilement, la monnaie a une place plus importante. C'est l'époque des croisades, des contacts avec les communautés juives, en particulier en Champagne… Les pouvoirs se réorganisent, pouvoir pontifical comme pouvoir royal. De nouveaux centres scolaires se créent, de nouvelles manières d'enseigner. Abélard et Héloïse se situent au début de ce mouvement. Ils n'ont pas connu la vague des traductions du grec et de l'arabe, qui commence en 1150. Les écoles se multiplient en ville auprès des cathédrales, à Paris, Laon, Reims… Elles concurrencent celles des monastères comme le Bec, Saint-Denis… et celles de maisons de chanoines comme Saint-Victor à Paris. Dans cette culture, la Bible a une grande importance, ainsi que l'histoire religieuse, celle de l'Église primitive. Mais aussi les classiques, la poésie…"

Alexis Grélois : "Abélard dit que personne n'était aussi versé qu'Héloïse en latin, en grec et en hébreu. Et il insiste pour que les moniales apprennent ces trois langues. Il faut nuancer : cela correspond à une culture limitée, les "étymologies d'Isidore de Séville" et les commentaires de Saint Jérôme. Et dès le XIIIème siècle, le français s'impose dans les écrits du Paraclet."

Jacques Verger : "Il faut dire un mot d'Héloïse amoureuse. Denys de Rougemont a présenté le XIIème siècle comme celui de la naissance de l'amour, du couple… Celui d'Héloïse et Abélard, nous le connaissons tout de même très bien ! Ils parlent du sexe, de la passion, du désir, de l'amour, etc. Ce n'est pas forcément une volonté de secouer des contraintes anciennes. C'est l'époque d'une libération de la parole. Les textes d'Héloïse et Abélard sont antérieurs à toute la poésie courtoise, à Chrétien de Troyes, à l'histoire de Tristan et Yseult telle que nous la connaissons… Ce qui rapproche Héloïse de la culture courtoise, c'est la critique du mariage ! Comment concilier Héloïse amoureuse et Héloïse abbesse ? Beaucoup d'historiens ont conclu à un mystère, à un silence d'Héloïse".

Alexis Grélois : "Les lettres de consolation sont très fréquentes dans la littérature monastique de l'époque, de même que les traités contre le mariage. L'originalité, c'est qu'ici les auteurs sont un couple marié ! Le paradoxe d'Héloïse, l'histoire racontée dans la correspondance, c'est qu'Abélard, contraint et forcé, a fait son deuil de la relation, tandis qu'Héloïse est toujours dans la nostalgie charnelle. Mais le fait qu'ils soient enterrés ensemble dans le choeur de l'abbaye ! Un couple comme fondateur d'un ordre monastique ! C'est absolument exceptionnel."

"Les monastères de femmes étaient élitistes, réservés à l'aristocratie. Au XIIème siècle, des ermitages se transforment en institutions, et accueillent des personnes d'origines plus mélangées. À Fontevrault, près de Saumur, et dans sa constellation de prieurés, on accueille des hommes et des femmes, placés sous l'autorité d'une abbesse. Abélard s'en scandalise mais Héloïse sera bien abbesse… en rejetant l'idée d'une communauté double. On a besoin de quelques hommes, un prêtre, des 'frères convers' ou 'frères lais' pour les tâches manuelles… Héloïse en revient à un monachisme classique proche de la règle de saint Benoît, elle reprend une partie de la liturgie primitive des cisterciens de Bernard de Clairvaux."

Jacques Verger : "pour conclure : Héloïse n'a jamais été oubliée, et a presque toujours été évoquée en termes positifs, sauf (vers 1120) par la lettre de l'atrabilaire Roscelin. L'image d'Abélard est bien plus ambiguë ! Séducteur, homme cupide, novateur imprudent voire hérétique… Jusqu'à une date récente ! Un prieur de Cîteaux me demandait : 'vous êtes sûr qu'il n'était pas hérétique ?'."

"Jean de Meung, l'auteur du Roman de la Rose, a fait la première traduction en français de l'autobiographie d'Abélard. Il a mis en valeur la passion amoureuse ; suivi de François Villon, de Bussy-Rabutin, de Rousseau et sa 'nouvelle Héloïse', qu'il avait d'abord voulu titrer 'Lettres de deux amants' : il laïcise en quelque sorte les lettres d'Abélard et Héloïse. Michelet parle longuement d'Abélard et Héloïse, pour faire l'éloge de la liberté contre les contraintes de l'Église. Il insiste beaucoup sur la promotion de la femme au XIIème siècle, où, dit-il, 'Dieu changea de sexe'. Au XXème siècle, Gilson est plus sensible aux tourments et contradictions d'Héloïse. Actrice de la découverte de l'amour, de la promotion de la femme et de la liberté, elle n'a pas échappé aux contraintes sociales et religieuses. Gilson, dans son 'Héloïse et Abélard', cite un libéral du XIXème siècle, Charles de Rémusat, pour qui 'Héloïse obéit, mais ne se soumet pas'."

Alexis Grélois : "Tous ses changements de statut lui sont imposés par Abélard. À chaque fois, elle pleure… mais à chaque fois 'elle ne se soumet pas' au sens où elle pense sa nouvelle situation."

Le moment des questions !

— Qu'est devenu Astralabe ?

Il a survécu. Abélard a écrit des poèmes éducatifs pour lui, pas très intéressants… Après la mort d'Abélard, Héloïse demande à Pierre le Vénérable un piston pour Astralabe, 'si possible à Paris', il sera chanoine à Nantes.

— Vous avez évoqué la confiscation de l'abbaye d'Argenteuil. Je pensais que Suger convoitait les richesses d'Argenteuil, de façon terre à terre ?

Alexis Grélois confirme ! Mais cela fait partie d'un mouvement de suppression d'anciennes communautés féminines, remplacées par des moines réformés. Suger interdit notamment aux moines de Saint-Denis qui viendront à Argenteuil, par un règlement spécial, de consommer de la viande…

— Y a-t-il une relation entre Héloïse et le mouvement des béguines à la fin du XIIème siècle ?

Le lien est très ténu. Le point commun, c'est une vie religieuse informelle, qui était celle du vieil Argenteuil. On trouve des formes d'associations entre monastères et des femmes laïques qui cèdent leurs biens aux monastères.

— Héloïse évoque le fait que d'autres femmes ont consulté des hommes sur des thèmes religieux. Pense-t-elle à Hildegarde de Bingen ?

Non, Hildegarde se fait connaître dans les années 1140, après les lettres d'Héloïse et Abélard. C'est Bernard de Clairvaux qui fera le lien entre les mondes germanique et français. Une lettre d'Abélard cite une visite où Héloïse aurait reçu Bernard avec exaltation, vers 1130. Bernard citera plus tard 'l'abbesse du Paraclet', c'est à peu près tout. La condamnation d'Abélard à Sens, à l'initiative de Bernard, ont mis fin à leur relation !

— Héloïse souscrit-elle aux thèses théologiques d'Abélard ? Les a-t-elle pleinement comprises ?

Jacques Verger : "on lui prête beaucoup, mais on ne sait pas grand chose de sa culture théologique. Les traités d'Abélard avaient peu de manuscrits, ils sentaient un peu le soufre… L'influence d'Abélard venait plutôt des sermons qu'il a fait pour le Paraclet."

Alexis Grélois : "avec l'avènement de l'imprimé, les abbesses ont liquidé les manuscrits… on ignore ce que le monastère détenait !"

— La liberté de ton d'Héloïse au sujet de Dieu, qui peut aller jusqu'au blasphème, se retrouve-t-elle à l'époque ?

Jacques Verger : "je ne connais pas de textes aussi anciens qui aient cette vigueur. Mais il n'y a pas à mettre en cause sa foi !"

Alexis Grélois : "elle n'a pas été critiquée pour cela ! Il y a des passages qui peuvent paraître mettre Dieu en cause dans les lettres 2 et 4, mais cela finit avec la lettre 6, il faut voir les lettres comme un tout."

— Et ce qu'elle dit sur le désir et le sexe, sa légitimité, le retrouve-t-on chez d'autres femmes de l'époque ? (comme côté masculin chez les Goliards…)

Jacques Verger : "à la fin du XIIème siècle oui, dans le contexte courtois, dans des oeuvres tout à fait littéraires. Dans les propos d'Yseut par exemple."

Alexis Grélois : "Pour trouver des expressions équivalentes à l'époque d'Héloïse, il faut chercher dans la France du Sud, la littérature des troubadours, y compris de femmes troubadours."

— Le contexte politique n'est pas du tout évoqué par les lettres d'Abélard et Héloïse ?

Jacques Verger : "Effectivement ! Ils n'ont pas d'implication politique, à la différence de saint Bernard par exemple. Il y a chez Abélard de rarissimes allusion à l'islam, au monde musulman, mais qu'en connaissait-il ? Des vingt dernières années d'Héloïse, il ne reste pas grand chose, pas de textes personnels. Leur univers est assez étroit : c'est la France capétienne. Ils bénéficient plutôt (du développement) de la monarchie capétienne. Ils s'intéressent plutôt à la réforme de l'Église."

Alexis Grélois : "c'est un contexte de 'réassurance des princes' au détriment des seigneurs châtelains (locaux). Dans de très rares textes, Abélard fait allusion aux 'tyrans', termes qu'utilise Suger pour attaquer les seigneurs châtelains. Mais il est bien difficile de voir des liens entre les épisodes de leur vie, et les événements politiques. Ils ne parlent pas des croisades…"

Remerciements et applaudissements ! Et livres apportés par le Presse-Papier ! Et une exposition dans l'Agora de la mairie.

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jeudi 27 février 2020

Conseil Municipal final du 27 février 2020 : en vivant !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Propos liminaire du maire, commencé avant notre entrée (qui fut tardive du fait du filtrage à l'entrée de l'Hôtel de Ville).

Il remercie les services, se félicite de la situation dans laquelle se trouve la ville à la fin de son mandat.

Georges Mothron remercie particulièrement un de ses collègues de la majorité, Philippe Métézeau, dont il fit jadis la connaissance dans les associations de parents d'élèves, et le fait applaudir, en son absence, Philippe Métézeau étant "retenu depuis la fin de l'année dernière par des combats à mener".

1. Comptes de trésorerie 2019, "en tout point identique au compte administratif". Fabien Bénédic (PS) indique que les comptes sont habituellement présentés en avril ; record de rapidité battu cette année : 27 février. "Auriez-vous peur que l'équipe municipale qui vous succédera trouve des cadavres dans les placards ? Nous ne sommes pas dupes de votre manoeuvre."

Je vote pour ce travail du Trésorier, comme chaque année ; je relève dans une ligne de ce compte de gestion qu'il nous reste, au-delà de 2019, à toucher plus de 13,5 M€ d'aide d'État à la renégociation des emprunts toxiques… ce qui implique que nous aurons plus de 27 M€ de surcoûts encore à payer dans les années qui viennent au titre de ces mêmes emprunts. Un reste du lourd bilan qu'a laissé le premier mandat de Georges Mothron, dont nous continuons année après année à payer les pots cassés : les choix financiers de ce premier mandat expliquent, plus que les décisions de toute autre mandat, la situation financière difficile où se trouve la ville, et le poids de nos impôts.

2. Comptes de la Ville 2019 (compte administratif) : Xavier Péricat (adjoint aux Finances) se félicite une nouvelle fois que le compte administratif soit identique à celui du receveur, ce qui témoigne de sa "sincérité" : "il serait inadmissible que celle-ci soit mise en doute".

Xavier Péricat parle d'un redressement "rarement atteint", de "normalisation des finances de cette Ville en fin de mandat", "d'épargne brute jamais atteinte, à 36 M€", "une donnée chiffrée extrêmement importante", de "résultat de fonctionnement très excédentaire",… qui permet de "financer un certain nombre d'équipements nouveaux".

La dette baisse, ainsi que le "taux d'intérêt moyen" (qui est presque le double de celui payé en moyenne par les collectivités : cela représente 5 M€ de surcoût en 2019).

Les dépenses d'investissement sont "à un niveau jamais atteint hors projets de rénovation urbaine (ANRU) qui étaient assortis de subventions extrêmement importantes" (mais aussi hors Agglomération ! celle-ci était précisément porteuse, c'était son rôle, de nombreux projets d'investissement ; la comparaison avec les années passées est donc fort fantaisiste).

41,5% des dépenses d'équipement concernant les écoles (20 M€ : surtout l'école Simone Veil, 20 classes) et équipements culturels, 27% la voirie, les services urbains et l'environnement.

Fabien Bénédic : "plus personne n'a de doute sur la manoeuvre politicienne derrière cette présentation plus que prématurée. Vous repartez une fois de plus des chiffres du compte 2013, mais c'est vous qui les aviez tripatouillés en arrivant aux responsabilités en début 2014, vous leur faites dire ce que vous voulez. J'annonce publiquement que si nous sommes en responsabilité d'ici un mois, nous ferons faire un audit des finances de la ville, afin que la situation soit présentée de façon impartiale.

Votre bilan est en chute libre, 23 M€ en 2017, 7 M€ en 2019, heureusement que vous n'avez pas de 7ème année, on voit bien que ça passerait dans le négatif.

Votre bilan total, c'est 126 M€ d'augmentation de dette en deux mandats" (Fabien Bénédic inclut ici la reprise de la dette de l'Agglomération), "et ce bilan est sous-estimé : 2,5 M€ ont été transférés au territoire, et vous venez de souscrire 14 M€ de nouveaux emprunts début 2020. Nous en avons pour 15 ans à épurer les dettes toxiques de votre premier mandat, autour de 100 M€ de surcoût selon les calculs de Frédéric Lefebvre-Naré" (et Franck Debeaud), "une somme qui n'a en rien été mise au service des Argenteuillais : ce sont les banques qui en ont intégralement profité".

"300 emplois supprimés, et l'explosion des tarifs municipaux, qui fait que certains enfants ne mangent plus à la cantine. Un seul groupe scolaire, et payé à prix d'or. Un niveau d'investissement inégalé ? En 2013, c'était 66 M€, et en 2012, 54 M€. Et en 2015, dans votre mandat, 14 M€. Mais le gaspillage d'argent public, c'est votre spécialité : 2,2 M€ de tente censée remplacer la salle Jean Vilar pendant des travaux qui, chacun peut le constater, n'ont pas lieu… un projet Cap Héloïse dont personne ne veut !"

"Vous devriez être le premier ambassadeur de votre commune, vous en êtes le premier fossoyeur. À travail nul, résultat nul."

En réponse, je reviens sur 2 engagements que j'avais pris devant le maire.

Le premier engagement était de publier les éléments de mes estimations du coût des emprunts toxiques : c'est fait. Aux élus de la majorité qui répondaient à Fabien Bénédic, "emprunts toxiques ? encore ? vieilles affaires !", je rappelle que ceux-ci nous coûtent plusieurs millions chaque année pour encore des années. Ce n'est pas du tout une affaire close, malheureusement !

Le second engagement était de voter ces comptes, s'ils étaient conformes à ce qu'annonçait le Rapport d'Orientation Budgétaire en novembre 2019 : si la Ville était arrivée à réduire sa dette à 357 M€ tout en augmentant ses dépenses d'équipement à 74 M€.

Mais la Ville n'a fait ni l'un ni l'autre : pour la dette, il s'en faut de 11 M€ ; pour les dépenses d'équipement, de 2 M€. Ce qui n'est pas une paille : c'est le double de la baisse des impôts, c'est aussi plus que la croissance pourtant spectaculaire des recettes de stationnement…

… si je suis arrivé à les compter ! Car elles sont apparemment dispersées sur plusieurs lignes des comptes ; j'ai demandé en Commission des Finances les explications, que j'attends toujours…

Mais comme chaque année, les comptes sont présentés dans une forme indigne d'une démocratie locale active.

  • Les comptes ne sont pas en "open data" permettant de calculer des ratios, de faire des comparaisons année sur année ou entre villes… ce sont des centaines de pages de petits chiffres en PDF.
  • Argenteuil n'a toujours pas, en 2020, de comptabilité analytique (pour 2400 agents, 200 millions d'€ de budget…).
  • La création du Grand Paris et de ses territoires a crée une tuyauterie financière obscure, qui cache la réalité des missions, des coûts et des effectifs.
  • Et quand on essaye d'éclairer certains sujets, en posant des questions en commission, ou en obtenant une mission d'études sur les emprunts (dont le maire avait dit "on aurait dû la faire depuis longtemps"), c'est non-réponses, mensonges, embrouille.

Je regrette que le Maire, qui vient de saluer le travail de M. Métézeau, n'ait pas publié le rapport que celui-ci a remis suite au groupe de réflexion sur Cap Héloïse, pour lequel le maire l'avait mandaté.

J'approuve l'engagement de Fabien Bénédic de faire réaliser un audit de la situation financière de la Ville si son équipe arrive en responsabilités : cela faisait aussi partie des engagements de l'équipe Mothron en 2014… mais en guise d'audit, ce qui a été présenté au Conseil Municipal, c'était simplement le compte administratif 2013 et un développement de Michel Klopfer sur les effets à redouter du "plan Valls"… J'espère que cette fois, l'audit aura lieu !

Pour Franck Debeaud, "il est temps que ça s'arrête !"

Xavier Péricat : "Là-dessus, on est d'accord !"

Franck Debeaud : "Votre bilan est catastrophique à tous les points de vue, financier et humain. Vos emprunts toxiques ont fait perdre au contribuable 100 M€ à la Ville et 25 M€ au syndicat Azur. Vous dépensez 141 000 € (?) pour une Charte des espaces urbains inapplicable et que vous ne mettez pas en oeuvre. Votre précipitation fait perdre 500000 € sur le rond-point d'Orgemont. Vous bradez les terrains à Fiminco, rue de Bavard, sur la friche Balzac… Vous faites l'inverse de ce que nous avions promis :

Zones bleues ? Vous avez multiplié les stationnements payants.

Stopper densification et bétonnage ? Au contraire, c'est bétonnage et destruction du patrimoine.

Police municipale 24h/24 et 7j/7 ? Il n'y en a pas la nuit,, une poignée de policiers municipaux le jour : l'insécurité a explosé depuis 2014, concernant les violences et les stupéfiants : + 27% et +62%.

Les mensonges, ça suffit !

Votre management vieille école, carotte et bâton, a fait beaucoup de mal à votre équipe décimée et surtout aux agents de la Ville, le taux d'absentéisme en est la preuve.

Il est temps que ça s'arrête et que la Ville relève la tête."

Xavier Péricat : "on n'est pas réellement surpris que l'opposition s'oppose."

"Les 2,5 M€ de transfert de dette au Territoire correspondent à des transferts de compétence, donc aussi à des recettes en moins".

"C'est drôle, M. Lefebvre-Naré, que ceux qui ont fait si mal à Argenteuil nous reprochent de ne pas avoir fait mieux."

"L'audit financier a bien eu lieu, il a été fait par M. Klopfer, reconnu sur la place de Paris."

"Quant au taux d'absentéisme, il a baissé, et ça a été évoqué en commission des Finances".

La majorité (seule) approuve le compte administratif. Vifs applaudissements dans le public, venu nombreux pour ce dernier conseil du mandat de l'équipe Georges Mothron.

3. Affectation du résultat : opération assez formelle et rituelle, le "résultat 2019" étant affecté au "déficit d'investissement".

Fabien Bénédic s'étonne au passage de l'absence de réponse de M. Péricat sur le surcoût des emprunts toxiques.

Je m'étonne aussi de son erreur certainement involontaire sur une baisse de l'absentéisme qui aurait été annoncée en commission des Finances : un chiffre unique a été donné, dont la définition n'a pas été précisée, et sans historique… qui ne permet donc pas de parler de baisse ! Je redemande, comme chaque année, quelle est l'évolution de l'absentéisme ?

Pas de réponse.

4. Bilan des cessions et acquisitions foncières : très modeste, les cessions annoncées dans le "plan de redressement" de début de mandat n'auront eu lieu ni les premières années, ni les suivantes.

Je regrette que ma question en commission des Finances sur le détail des cessions d'immobilisations (miraculeusement égales à l'euro près aux précisions du budget !) soit restée sans réponse.

Le Conseil prend acte de ce bilan.

5. Cession de la parcelle 20 rue Raspail à un médecin. Unanimité.

6. Contribution financière de la Ville aux écoles privées sous contrat : je m'abstiens comme chaque année, car les calculs ont été faits à une époque où la Ville investissait massivement, notamment sur les écoles maternelles avec les ATSEM. En maintenant les barèmes issus de ces calculs, elle fait porter les réductions de service faites depuis, sur les élèves des seules écoles publiques.

7. Commission de suivi de la fibre : Gilles Savry rappelle que ce déploiement relève de SFR. La Ville crée une commission pour "avoir un peu plus la main, la mainmise et le dialogue avec les opérateurs."

Je trouve que l'instauration de cette commission est "trop peu, trop tard" : les responsables de services publics ne devraient pas être simplement être invités à une commission municipale : sur l'efficacité de celles-ci, on a été échaudés pendant ce mandat ! Ils doivent être auditionnés publiquement, en Conseil municipal, avec questions de la majorité, de l'opposition ou du public. Seule cette audition publique permettra de faire pression sur des entreprises de services publics qui, trop souvent, laissent Argenteuil en déshérence (La Poste, etc…).

Je m'abstiens, de même que le groupe Vive Argenteuil !

Fabien Bénédic dit partager mon analyse mais être un peu plus optimiste sur l'utilité de cette commission : le groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais votera donc pour.

8. Subvention 2019 au Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles du Val d'Oise et 9. Renouvellement de la convention avec la Maison des Femmes du Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles du Val d'Oise

François Poletti donne les chiffres des passages et entretiens faits par le CIDFF, d'une part à la Maison de la Justice et du Droit, d'autre part à la Maison des Femmes.

Marie-José Cayzac "aurait voulu apporter un satisfecit pour ce dernier Conseil Municipal… mais ces délibérations montrent l'absence de considération que vous avez montré pendant es 6 années. Le CIDFF a vu sa subvention diminuer de façon drastique dès 2014. Vous avez délocalisé la Maison de la Justice et du Droit loin des transports. Ses permanences, pour utiles qu'elles soient, ne peuvent répondre à la situation dont les femmes sont victimes. La Maison des Femmes est presque clandestine. Les CIDFF sont submergés de demandes, leurs subventions sont très insuffisantes : prenez-en un peu sur l'excédent de 400 000 € que vous venez de voter au CCAS !"

"À titre personnel et au titre des femmes : dans toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi irrespectueux que vous avez pu l'être avec les femmes de la minorité".

Georges Mothron : "Heureusement que c'est votre dernier Conseil ! Ce que vous venez de dire est absolument honteux."

Xavier Péricat : "La Maison des Femmes, clandestine ? Elle va être pérennisée dans des locaux neufs, un matériel totalement renouvelé".

Unanimité pour ces deux subventions, sauf le groupe Vive Argenteuil ! qui s'abstient.

10. Mécénat de 20000 € de l'entreprise de travaux publics Asten pour la maison de Claude Monet.

Xavier Péricat présente ce point à la place de Françoise Inghelaëre, absente. "Pas plus tard qu'aujourd'hui, nous avons lancé les travaux de réhabilitation de la maison de Claude Monet. Nous avons cherché des financements : nombre de partenaires ont répondu positivement, dont la société (de travaux publics) comme précédemment la société SDMT de démolition et de terrassement."

Franck Debeaud : "Monet, c'est un des trésors d'Argenteuil, où l'impressionnisme est né. Permettre à une société, pour 20000 €, de s'attribuer ce trésor ! Alors qu'elle fait 100 M€ de CA annuel dont 5 M€ de bénéfices !" Il s'abstiendra.

Je vote contre, pour la même raison : ce mécénat n'est pas un cadeau, c'est une autorisation que nous donnons à ces sociétés de figurer sur tous les supports de communication de la maison Monet : ça ne vaut vraiment que 20000 € ? Ou est-ce si vital pour Argenteuil d'associer constamment à l'image de la maison Monet, une société de démolition et une société de travaux publics ?

11. Plan de déplacement Administration de la Ville : Jean-François Ploteau évoque une enquête sur les déplacements des agents de la Ville, à laquelle (seuls) 16% des agents ont répondu ; des ateliers de travail en décembre 2019. Il en ressort que les agents sont ouverts au covoiturage, à l'utilisation du vélo et du VAE.

Je vote contre le principe même de faire voter un Plan… qui ne nous est pas fourni ! Ce qui est déjà arrivé dans ce mandat (et nous n'avons jamais eu le plan en question). Le groupe TFDEA vote contre également.

12. Dénomination du groupe scolaire rue Henri Dunant : "des Augustins" … en souvenir d'un couvent qui se trouvait là au XVIIème siècle, et qui donnait son ancien nom à la rue Henri Dunant. Est-ce vraiment le nom le plus inspirant qu'on eût pu trouver ? Franck Debeaud avait proposé par le passé "Geneviève Anthonioz De Gaulle", et le maire avait répondu trouver cette idée très judicieuse pour la prochaine école à inaugurer.

Philippe Doucet s'amuse d'une dénomination votée avant même que la première pierre ne soit posée. "On n'a rien contre Saint Augustin, mais il s'agit là d'une école publique ! Il est de tradition de donner le nom d'une femme aux équipements publics : nous proposons le nom d'Olga Bancic, seule femme du groupe Manouchian, 'Pierrette', associée à plus d'une centaine d'attaques, décapitée en Allemagne le 10 mai 1944, à 32 ans. C'est donner à voir à nos enfants que les mots de liberté, égalité, fraternité, doivent s'inscrire en actes."

Je trouve les deux suggestions judicieuses et approuverais n'importe laquelle des deux ; je trouve en revanche le nom "des Augustins" particulièrement peu inspirant pour les futurs élèves.

Georges Mothron note ces deux propositions, "étudiables sans aucun souci", "c'est un engagement que je prends pour les écoles du prochain mandat." Mais il fait voter le nom "des Augustins" ; le groupe TFdEA et moi-même votons contre.

13. Projets Artistiques et Culturels en Territoire Éducatif : 160 classes concernées, indique Philippe Vasseur, contre 128 l'an dernier ; +18% de budget. Unanimité.

14. Nouvelle convention triennale avec le Valdocco et Contact, associations "de prévention" (et soutien scolaire) : suite à l'évaluation réalisée par le Département, ils cibleront désormais les 11-18 ans et non plus les 11-15 ans, indique François Poletti (hum, les plus de 15 ans étaient déjà ciblés !). "Le reste ne change pas, chacune des deux associations garde les mêmes secteurs".

Je regrette qu'une fois de plus, l'évaluation ne soit ni publiée, ni mise à la disposition des conseillers municipaux. Quand une évaluation est faite, soit elle est publiée, soit elle est vite oubliée. Je vote cependant pour ce financement des deux associations de prévention.

15. Renouvellement de la convention de la Mission Locale : votée à l'unanimité (voir débats dans les Conseils précédents… et les débats de l'année 2019, notamment en Ile-de-France, sur les missions locales).

16. Renouvellement de la convention du réseau national des Missions emploi : unanimité itou.

17. Plan d'Organisation des Secours à la piscine : revu suite à la réouverture annoncée du bassin "de 1969". Je l'ai lu en diagonale et n'ai pas d'avis bien précis : je fais confiance à l'esprit de responsabilité des services sur un sujet de sécurité, et je vote pour.

Philippe Doucet : "On fera, selon les résultats de l'élection, un audit des travaux de ce centre, qui avait annoncé pour fin août 2019 ! On se souvient que le Figuier Blanc avait coûté deux fois le budget initial."

Georges Mothron : "Un ouvrier a failli se tuer en tombant du toit : l'Inspection du travail a arrêté les travaux plus d'un mois." (ce qui n'explique évidemment… que quelques semaines sur les 9 mois ou plus de retard).

Unanimité sur le POSS.

Image : 19 octobre 2019

18. Intervention, pour les agents, d'un psychologue du travail : il n'y en avait pas !!!

La Centre Intercommunal de Gestion mettra à disposition un psychologue et propose un local, à Versailles,… mais la Ville trouvera un endroit pour les entretiens (a-t-il été précisé en commission). Les agents seront aiguillés par le médecin de prévention. CCAS et Caisse des écoles sont concernés également.

J'ai demandé en commission qu'il y ait aussi, comme dans beaucoup d'entreprises, un numéro de téléphone que les agents peuvent appeler. Il m'a été répondu que c'était envisageable pour l'avenir.

19. Convention avec le réseau de prévention de l'obésité (ROMDES-GRESMO) : Alain Crevau se lance dans la lecture des deux pages du rapport de synthèse, sur les méfaits de l'obésité. Bel investissement, sachant que l'unanimité est assurée pour ce type de délibération (qui n'entraîne aucun coût). Apparemment, l'essentiel de l'impact pratique de cette délibération, est que les CMS pourront utiliser l'échelle d'évaluation des situations d'obésité, élaborée pour le ROMDES : waouh.

Georges Mothron trouve que le rapport de M. Crevau souffre d'obésité.

20. Tarif dentaire pour la gravure de la prothèse dentaire (gravure identifiant le patient, ce qui est utile notamment en EHPAD), et 21. Tarif pour les prothèses en métaux précieux__ pour les personnes allergiques au nickel : unanimité.

22. Groupement de commande Ville+CCAS pour les mobiliers et pour le transport en cars : il revient à Xavier Péricat de le présenter.

Je remercie mes collègues en lisant l'essentiel de cette tribune.

Georges Mothron remercie les conseillers de l'opposition comme "encore plus ceux de la majorité", "d'autant plus que certains ne seront pas dans les équipes futures". "Faisons en sorte que les quelques jours qui nous séparent du scrutin soit des instants de convivialité et pas de guerre. Vivons en paix !"

Facture des emprunts toxiques d'Argenteuil : la base de données

par Frédéric Lefebvre-Naré

Ce classeur "Excel" comprend l'ensemble des données et des calculs qui ont conduit aux estimations proposées à la mission spéciale d'étude sur les emprunts de la Ville d'Argenteuil.

Cette finalisation et présentation au 27 février 2020 répond à un engagement pris devant le maire et la mission lors de la dernière réunion, le 18 juin 2019.

Tardivement et imparfaitement, car la toute dernière version des calculs (qui a servi aux estimations fournies à la mission) a "crashé" ; ce classeur est donc une version un peu antérieure, sur laquelle certains calculs seraient à reconstituer.

Cependant, les données source (liste des emprunts, des renégociations…) y figurent intégralement ; j'y ai également reproduit le courrier du 19 mai 2019, chiffrant mes conclusions.

Emprunts_stuctures_Argenteuil_4mai2019_27fev2020.xlsx

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