Engagés pour Argenteuil

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samedi 3 décembre 2016

40 ou presque raisons de garder l'île d'Argenteuil publique

par Frédéric Lefebvre-Naré

Le Conseil Municipal s'est engagé dans une très mauvaise voie en votant, le 10 octobre dernier, la vente du terrain de Jean Vilar (22000 m2) au promoteur Fiminco.

En conclusion de cette série de 40 billets, je voulais en rappeler les raisons. Car le combat peut et doit continuer pour arrêter ce projet et en faire émerger de meilleurs !

D'abord, regrouper des activités aussi disparates — bowling, cinéma 10 salles, 145 logements, salle de spectacles 3200 places, grandes ou moyennes surfaces commerciales type bricolage ou Fnac, restaurants, 900 parkings — dans un seul bâtiment vertical, n'a pas de sens à Argenteuil, ville riche d'un centre très ancien, très vivant, dense de richesses méconnues : tout projet lourd devrait, comme le demandait jadis l'actuel Maire Georges Mothron, être pensé en fonction de son intégration harmonieuse dans ce centre ville.

Ensuite, un tel projet intégré revient à remettre les clés de la ville à un acteur privé, et de façon quasi-définitive puisqu'il sera propriétaire du terrain. Faire appel au secteur privé pour la construction ou la gestion d'équipements est souvent utile et efficace ; au contraire, vendre ou concéder à très long terme implique souvent une lourde perte pour la collectivité, donc les contribuables. L'espace de Jean Vilar, porte d'entrée de la ville, doit rester aux mains du public et de la démocratie municipale. Nous devons le considérer comme un bien commun.

L'idée de construire ces 145 logements en zone inondable semble absurde alors qu'il y a à Argenteuil tant d'espace disponible, de friches à reconvertir.

PPRI_Jean_Vilar.png

Au contraire, cet espace de l'île d'Argenteuil devrait retrouver son paysage de vallée de Seine, comme c'est en cours pour toutes les rives du fleuve de Paris au Havre, avec un beau potentiel de valorisation touristique et économique.

Si même un projet intégré, 40000 m2 de surface de planchers + les parkings nécessaires, était judicieux, pourquoi l'entasser ici, au moins 20 mètres de haut, sur une parcelle aussi petite ? Ces parkings — bien que trop peu nombreux, par comparaison avec le Polygone de Béziers par exemple — demanderont au moins 16000 m2 supplémentaires, certainement aériens ! Les deux multiplexes voisins occupent une surface 1/4 supérieure, pour simplement un cinéma, un restaurant et leurs parkings.

Et si même localiser ce projet ici était judicieux, pourquoi le promoteur ne paye-t-il que 7,5 millions le terrain, soit une paille dans le coût global du projet, autour de 100 millions ? En regardant d'autres projets en Ile-de-France, le terrain aurait plutôt dû être vendu autour de 19,5 millions, et la différence représente 12 millions de perdus par les Argenteuillais.

Nous nous réjouirions de voir le secteur privé investir autour de 100 millions d'euros sur notre territoire ; mais nous n'en verrons que la couleur (ou plutôt le béton), et qui porte au final le risque lié à ces investissements, sinon, en grande partie, les contribuables de la commune ? Malheureusement, nous en avons l'expérience avec le Figuier Blanc et Côté Seine.

Pourquoi un promoteur privé s'engage-t-il dans un projet qui cumule autant de faiblesses et de risques, au plan géologique, au plan commercial, et en termes d'intégration urbaine et territoriale ? Sans doute parce que les seuls 145 logements rentabilisent largement les 7,5 millions qu'il paye pour le terrain (cela fait seulement 51700 € de coût foncier par logement !). Et il ne prend donc, pour l'instant, pas de risque : s'il renonce en cours de route, il revendra aisément le terrain avec une belle marge, aux dépens là encore du contribuable argenteuillais à qui cela appartenait… Pour le consultant Franck Gintrand, la multiplication de centres commerciaux bien au-delà des besoins, dévastant les centres-villes, s'explique par une logique purement financière, indépendamment de l'intérêt et du succès de ces commerces.

Si les différents éléments du projet sont pertinents, et beaucoup le sont, ce ne sont pas les emplacements qui manquent pour les répartir à Argenteuil ! Pourquoi les empiler à l'endroit le plus bouché de la ville ? Et même s'il était judicieux de les empiler ainsi, le terrain ex-Henri Barbusse (parc des Berges), proche de la gare et des parkings de Côté Seine, n'a que des avantages comparatifs par rapport à celui de Jean Vilar. Tout partisan de ce projet tel qu'il est (ce que je ne suis pas) devrait donc au moins souhaiter l'annulation de la vente, et le changement de lieu d'implantation !

Pathé avait certes renoncé à un multiplexe prévu sur ce site Henri-Barbusse, estimant la clientèle insuffisante : a fortiori, sur le site un peu moins bien placé de Jean Vilar, et face à la concurrence additionnelle de Bezons, Montigny, peut-être Cormeilles, et celle de l'Hélios et du Figuier Blanc tous deux rénovés entre temps, n'y a-t-il pas overdose de multiplexes ? Le Maire rappelle la mauvaise décision de laisser filer les projets d'hypermarchés vers les communes voisines, mais c'est une comparaison sans raison : un multiplexe, c'est très peu d'emplois (une dizaine !) pour beaucoup d'espace consommé, et de bouchons. Le Figuier Blanc, très bel équipement, qui totalise plus de 1000 places avec Jean Gabin, répondrait à une large demande si la Ville le faisait tourner normalement ! Au contraire, réduire ces 4 salles, 1000 sièges, à une fonction "d'art et d'essai", serait détruire ce que nous sommes encore en train de payer.

Certains grands commerces, comme un magasin de bricolage, une jardinerie ou un magasin multimédia, manquent à proximité d'Argenteuil et réussiraient certainement : c'était d'ailleurs l'intéressant projet "Quai de Seine" du Maire de 2001 à 2008, Georges Mothron. La commission départementale d'urbanisme commercial l'avait accepté. Mais ces commerces seraient bien mieux à l'intérieur de Côté Seine, encore mal rempli, pour ce qui est du multimédia ou du bricolage ; la jardinerie, peut-être aussi le bricolage, seraient idéalement placés face à Grand Frais, à l'échangeur de l'A15, et y seraient bien plus utiles que le Lidl projeté (mais il y a la place pour tous). Les premiers projets mis en avant par le Maire sont curieusement ceux qui concurrencent le plus les équipements existants, public comme le Figuier Blanc ou privé comme le Presse Papier

Et si même tout cela était bien imaginé, ce serait encore mieux sur le site de l'actuel Parc des Berges. Celui-ci pourrait être transféré sur la Promenade plantée, plus grande, plus belle, plus calme, l'endroit idéal pour les promeneurs, les touristes et les familles. L'accès aux équipements serait plus facile sur ce site Nord des Berges, par Marcel Dassault, qu'à hauteur de Jean Vilar où la voie sur berges est plus facilement inondable. Au contraire, le projet avec Fiminco bloquerait pour un demi-siècle tout un aménagement harmonieux de l'île d'Argenteuil, projeté par les trois dernières municipalités et même l'actuelle !…

C'est aussi une regrettable inversion par rapport aux choix culturels des deux derniers mandats, qui avaient renouvelé le coeur de l'ancien bourg autour de la Basilique. L'équipe municipale qualifie de "nostalgiques" les défenseurs de Jean Vilar, mais n'y a-t-il pas dans cette nostalgie, dans l'expérience de décennies de vie associative et culturelle, plus de valeur que dans les calculatrices des bétonneurs ?

S'il y a un équipement qui a bien sa place à Jean Vilar, c'est la salle des fêtes et de spectacles… Jean Vilar. Elle a besoin d'être reconstruite. Avons-nous besoin de fonds privés pour cela ? Même pas : cela demanderait entre 2 et 9 millions (admettons 7 millions), la moitié du coût du Figuier Blanc. C'est dans nos moyens, surtout avec l'aide du Territoire, ce qui serait logique pour un équipement aussi proche des Gennevillois, Colombiens ou Asniérois, que des Argenteuillais. Mais dans le projet actuel, où est la coordination avec l'autre rive de la Seine ?

La décision du 10 octobre a été prise sans concertation contrairement aux engagements de l'actuel Maire ; et sans correspondre non plus au projet qu'il a présenté en 2014 aux électeurs. Il a fait voter une promesse irrévocable de vente le 10 octobre, en annonçant que le projet serait présenté… le 13 décembre ! Alors que, toujours selon le Maire, il y a travaille avec les architectes depuis le début de son mandat il y a 30 mois !

L'argumentation de l'équipe municipale, du type "Argenteuil le vaut bien", est pitoyable : Argenteuil vaut bien plein de choses, mais les Argenteuillais en ont assez de payer pour des éléphants blancs.

Reprenons au début. Réfléchissons à des bons projets, avec toutes les parties concernées, trouvons les promoteurs ou acheteurs qui seront en phase avec ces projets, et développons ensemble Argenteuil !

Contacts : le comité Jean Vilar, et la version internet d'une pétition pour garder la salle publique. Et EpA bien sûr.

lundi 28 novembre 2016

39. Rouvrons le débat ! sur Jean Vilar et l'île Héloïse

par Frédéric Lefebvre-Naré

J'avais annoncé 40 billets sur ce blog, 40 raisons toutes suffisantes de renoncer à la vente du terrain Jean Vilar au promoteur Fiminco pour en faire un mégaplexe. Vente votée le 11 octobre dernier par le Conseil Municipal, malgré l'opposition de Marie-José Cayzac et moi-même.

Personne ne protestera :-) si j'en reste à 37. Comme à mi-chemin, je fais la pause et rouvre la discussion : quelles raisons voyez-vous de faire tout de même ce projet ? Quelles raisons voyez-vous de vous y opposer ? (que je les aie déjà citées ou non !) Comment proposez-vous de faire entendre l'intérêt général et le bon sens aux décideurs de notre ville ?

Bien sûr la discussion a lieu aussi ailleurs : sur le blog du comité Jean Vilar, en commentaires de la pétition pour sa rénovation et contre sa vente, sur le blog de Dominique Mariette, dans la Gazette, sans parler de Facebook etc.

Quels que soient nos avis respectifs, l'essentiel est d'en parler : c'est un projet énorme en plein coeur de notre ville, donc, bon ou mauvais, il concerne personnellement chacun de nous !

Carte_etat_major.jpg

Argenteuil sur la 'carte d'état-major' de 1825-1866 ; cette planche date d'après 1863 puisqu'elle comporte la ligne vers Sannois inaugurée cette année-là.

38/40 Jean Vilar. Je crois au service public

par Frédéric Lefebvre-Naré

Je crois, je l'ai écrit hier, au travail avec le secteur privé sur ce qu'il gère plus efficacement. C'est presque toujours le cas pour les commerces. C'est généralement le cas pour les chantiers de construction, les projets "orientés sur le résultat" comme on dit… dans le privé. C'est souvent le cas aussi pour des restaurants, des cinémas grand public ou d'ailleurs "art et essai", des salles de concert — encore que le public sache faire aussi, il y a aussi des passionnés, des entrepreneurs, des organisateurs et de bons gestionnaires dans le secteur public.

Mais je crois aussi au service public. J'admire en particulier sa capacité à accueillir le public. À l'accueillir d'avance, en pensant des espaces à la fois beaux et agréables. À l'accueillir à égalité, sans coupe-file pour les plus gros portefeuilles, mais avec coupe-file en cas de handicap. À l'accueillir gratuitement, sans publicité, sans spam, sans carte de fidélité. À l'accueillir de bon coeur, comme en famille. À l'accueillir en veillant sur les plus petits et en faisant la leçon, s'il le faut, aux perturbateurs. À lui ouvrir grand les portes, à lui laisser la parole.

caravane_ete.jpg La "caravane de l'été" sur le Parc des Berges — juillet 2016

Je crois au service public et je rêve pour demain d'une île d'Argenteuil ouverte à tous, commune, objet de notre attention commune. Qu'il s'y implante, comme dans le parc de la Villette, des guinguettes, une salle des fêtes, des jeux de boules, un auditorium, des terrains de sport, des péniches-restaurants, les uns publics, les autres privés, très bien ! Mais que l'espace reste public et redevienne vert et ouvert.

La Municipalité et le promoteur Fiminco veulent en bétonner la partie centrale. Nous en aurions pour 50 ans avant de retrouver notre île. Gardons-la publique et au service du public.

37. Travailler avec le privé sans lui vendre, c'est mieux et moins cher !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Parmi les tristes singularités du service public à la française, il y a l'habitude de vendre au privé des infrastructures de service public. De lui garantir les recettes et de lui laisser les bénéfices, en échange de quoi ? D'un peu d'argent tout de suite pour boucler le budget de l'année. Et pour l'avenir tant pis.

Un cas qui a fait scandale au niveau national, mais qui s'est bel et bien concrétisé, c'était la vente des autoroutes en 2005. Des dizaines de millards "volés" légalement (?) aux Français par le gouvernement UMP de l'époque.

Un scandale similaire à l'échelle argenteuillaise, c'était la concession à très long terme des parkings et stationnements à Spie Autocité, qui a permis à l'équipe Mothron de boucler son budget avant les élections municipales de 2008 : un contrat invraisemblable qui pèse très lourd dans nos impôts d'aujourd'hui.

L'équipe Mothron remet ça avec la vente du terrain de Jean Vilar à Fiminco pour 7,5 millions : Fiminco se remboursera très largement sur la seule valeur foncière des 145 logements à construire, sans parler des équipements commerciaux et parkings !

Certains de nos concitoyens imagineront peut-être que c'est un mal inévitable. Mais non ! C'est quasiment une spécialité française que l'Europe ne nous envie pas !

En France, quelques groupes privés se sont ainsi constitués en oligarchie, prélevant sur nos impôts des marges énormes, très suffisantes pour acheter une bonne partie de la classe politique (au moins depuis les années Giscard), et bien sûr celle-ci continue alors à lui accorder les mêmes ventes et les mêmes marges. "C'est comme ça, qu'est ce que vous voulez y faire…", entend le simple le citoyen militant démocrate…

Mais ailleurs en Europe, quand des équipements relèvent a priori d'une gestion par le privé plus que par des agents publics… eh bien, le public passe un contrat avec le privé pour en assurer la gestion. Un "contrat de gestion". Avec une mise en concurrence, et un cahier des charges. Tout simplement :-) La propriété du terrain, de l'équipement, des droits, reste publique, elle est aux citoyens-contribuables.

Par exemple, c'est sur ce régime que fonctionne le restaurant "Au bout du bar", et avant lui "La cave".

Double avantage !

  • Les citoyens restent copropriétaires des lieux, bien commun ; ils peuvent démocratiquement par la suite en changer l'utilisation. Ils ne sont plus pieds et poings liés.
  • Les entreprises qui vont se proposer sont des professionnels, des spécialistes directement intéressés à ce que ça marche. Alors que dans le régime de la vente ou de la concession à long terme, ce sont les intérêts financiers, spéculatifs, juridiques, fiscaux, qui l'emportent, le métier devient secondaire.

Je suis POUR le travail du public avec le privé. Avec des professionnels engagés, passionnés, performants, comme le service public en compte aussi :-) Ça me semblerait très bien que des promoteurs privés de spectacles ou d'événements fassent vivre des équipements comme Jean Vilar, le Figuier Blanc ou les Chais de l'Abbaye, au lieu de les laisser aussi souvent vides — à condition que le service public ait toute la place dont il a besoin pour sa propre programmation culturelle, associative, événementielle.


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