par Frédéric Lefebvre-Naré

Il y a trois semaines, j'avais donné mon accord pour participer à l'accueil et au guidage des visiteurs venant à Argenteuil pour l'ostension (exposition publique) de la "Sainte Tunique", cette pièce étonnante et moche de notre patrimoine municipal. Argenteuil conserve cette relique depuis 1156 selon les textes historiques. 814 selon les organisateurs. Dans les deux cas, ça fait un bail pour une ville de "racailles".

Inviter à assister ce vendredi matin au briefing des vigiles, je n'ai pas trouvé de briefing et me suis retrouvé à suivre la visite de la commission de sécurité (colonel des pompiers, maire adjoint à la sécurité etc.), à déplier un barnum dépliable, à visser quelques potelets à tensioguides, et à transbahuter dans la basilique quelques dizaines de chaises métalliques.

Un grand moment d'émotion, dans et autour de la basilique encore fermée au public.

Dans la basilique, une personne a réussi à passer le barrage du vigile cynophile et se présente comme agent de l'Agglomération à la recherche de renseignements : "depuis la dissolution de l'Agglomération, la communication ne passe plus très bien avec les services de la Ville, on n'est pas bien au courant…" La Sainte Tunique permettra-t-elle de restaurer la communication avec une Agglomération dissoute? Croyons aux miracles !

À la porte, l'agent cynophile et son berger allemand très bien dressé, qui aboie automatiquement si vous approchez de lui à moins de 2 mètres. Même s'il vous a déjà vu et senti vingt fois. C'est donc bruyant. Eh bien, cet agent de sécurité a réussi à renseigner, gentiment, bien 200 personnes qui voulaient voir la Sainte Tunique, et avaient trop bien lu que cela commençait à "10 heures tous les jours".

Sur le parvis encore quasi-désert, hésitante ou audacieuse une par une, ces personnes venues de Lyon, de Saint-Leu, de l'Yonne, de Dordogne, de Saint-Denis, de Lyon encore, de Drancy… demandant humblement qu'on les laisse entrer, qu'elles n'aient pas fait le voyage pour rien — 17 heures ça me fait trop tard, pour repartir à Auxerre…

Aucune ne m'a parlé des terroristes, de l'arrestation, des explosions du matin. Elles parlaient de la Tunique, de la "Cape", d'entrer dans la Basilique — "mais je viens chaque année !".

Derrière la basilique, l'organisateur en chef participe au débarquement des potelets-tensioguides, neufs et à visser. Atelier vissage (c'est facile). Une fois en place, il s'avère que le tenseur fait 2 mètres au lieu de 3 attendus. Il va falloir économiser 40 mètres de lignes-guides sur les 120 prévues. L'organisateur gère.

Rue des Ouches, une jeune bénévole inquiète d'arriver en retard — elle ne l'est pas ; un bénévole senior inquiet de ne pas avoir reçu de réponse à son inscription sur le site il y a quelques jours — il sera bien accueilli.

J'entends que les bénévoles argenteuillais seraient venus plus nombreux des autres paroisses, que de celle de la Basilique. Cette relique médiévale est sans doute un poids pour certains, au XXIème siècle. Son histoire pleine de trous est difficile à intégrer dans l'intelligence d'aujourd'hui. Et bizarrement, la place qu'elle occuperait, centrale dans l'histoire du christianisme, est presque trop pour une ville satellite, une ville de travail et d'économie, de prudence, de tête près du bonnet.

Dans le choeur, une quinzaine de reporters. Ils ont été admis à passer le barrage du berger allemand. La Tunique a été dévoilée pour eux, restaurée sur une laine brune qui lui donne l'air d'un vrai vêtement — au lieu des pièces et morceaux retrouvés après la Révolution.

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Cette étoffe simple et presque moche — la "Sainte Loque" écrivait ce matin un Argenteuillais sur Facebook — a eu droit à une restauration digne d'une oeuvre d'art, a droit aux velours de Lyon et aux projecteurs.

Les rois avec leur or venaient se prosterner devant ce vieux tissu. Madame, de Dordogne, et Monsieur de Saint-Leu, en 2016, sont venus de même.