par Frédéric Lefebvre-Naré

Je regroupe ici deux délibérations sur des associations importantes quoi fort différentes : la MJC et le Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF).

Leur point commun : un débat surréaliste, dans lequel les Adjoints qui présentent les délibérations, disent l'inverse de ce qui est écrit la délibération qu'ils font voter. D'un côté, par écrit, des louanges sans nuance sur l'action des associations ; de l'autre, par oral, des accusations pour le moins à côté de la plaque. Le jour où une Municipalité essaiera de regarder concrètement et simplement ce que font les associations et à dire clairement ce qu'elle attend… ce sera top.

29. Partenariat avec l’association MJC.

Khaled El Haddad, Adjoint au Maire chargé de la Jeunesse, propose une subvention de 85000 € correspondant, dit la délibération, au coût du personnel mis à disposition.

Chantal Colin, pour l'opposition, trouve « désinvolte » d’attendre mi-décembre pour proposer une convention sur l’année 2014. « Ce n’est pas faute d’avoir été alertés par le Conseil d’administration de la MJC et son commissaire aux comptes. Votre cabinet avait répondu ‘maintenir nos subventions tout en modernisant le fonctionnement pour mieux répondre aux attentes des jeunes du centre ville’. La suite fut moins claire. Vous avez annoncé le 19 novembre à la Présidente qu’il n’y aurait plus de subvention de fonctionnement ni en 2014 ni en 2015. La subvention passe donc de 240000 € à 85000 €. Il n’y aura pas de remplacement du Directeur. C'est une épreuve pour les bénévoles… mais ils s’y attendaient. Les différents Conseils d'Administration de la MJC, créée il y a 50 ans, ont su gérer les alternances politiques depuis 20 ans. Cette importante réduction de moyens est mal comprise. Votre délibération parle d’excédents (de trésorerie dans la caisse de la MJC, équivalent à une année de coûts de fonctionnement), il ne s’agit que de saine gestion. Mais avec cette coupe budgétaire, la MJC aura plus de 100000 € de déficit en 2014. Elle est prête à faire des efforts, mais les trouve mal répartis. La triste liste d’activités supprimées ou réduites pour faire des économies, s’allonge chaque mois. Vous mettre en garde est inutile, vous ne semblez pas vous rendre compte des dégâts. »

Khaled El Haddad : « Les jeunes du centre ville ne se sentent pas du tout concernés par les activités de la MJC, je vous invite à discuter avec eux. »

Xavier Péricat, Premier Adjoint : « Ce genre de faux émois, … Regarder la trésorerie d’une association largement financées sur fonds publics, c’est légitime. Les objectifs de l’association ne sont pas du tout conformes aux attentes de la Municipalité, et surtout, aux attentes de la population. »

Georges Mothron, Maire : « Mon KGB m’a dit que si par malheur vous aviez gagné les élections, vous n’auriez pas renouvelé la convention. »

L'opposition vote contre cette délibération.

Les arguments présentés par la Mairie me semblent irrecevables : chacun sait que les MJC, créées dans les années 60, ne sont pas destinées seulement aux Jeunes… mais aussi à la Culture de toutes les générations. Et celle d'Argenteuil, certes implantée près du pont, c'est pas destinée au seul centre ville ! pas plus que la Maison des Arts ou l'École de Musique voisine. Bref, que celle d'Argenteuil puisse évoluer, c'est certainement à considérer, mais encore faudrait-il que la Municipalité dialogue avec elle de façon constructive, et ce n'est pas ce qui ressort des déclarations de l'équipe en place.

31. Renouvellement de la convention avec le CIDFF, Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles, à hauteur de 23617,44 € pour 2014.

Pour Marie-Jo Cayzac (MdP, opposition : « Cette délibération accélère la restriction des financements sur les droits des femmes. Une ville de 105000 habitants ne peut se satisfaire de telles économies qui peuvent être complices des crimes contre les femmes. Ce n’est pas en cantonnant l’accueil des femmes à un petit bureau et deux chaises dans une salle d’attente commune, que l’on apporte la confiance nécessaire. Nous ne pouvons en être complices. »

Georges Mothron « Sur le rapprochement que vous venez de faire, vous mériteriez une fessée, Madame Cayzac ».

Celle-ci estime que ce genre de propos franchit une "ligne jaune" (alors que l'on parle de droits des femmes ! effectivement).

Philippe Métézeau « La ligne jaune, en nous accusant d’être complices de crimes, c’est vous qui la franchissez."

"On a été obligés de faire des économies. La façon dont ça fonctionne aujourd’hui, c’est la façon dont ça fonctionnait en 2012. Entre les deux, il y a eu 2013, où on a multiplié les postes, à la Maison des Femmes comme ailleurs, comme si on en avait les moyens. Mais sur certaines activités, on a le droit de s’interroger : trois ou quatre participantes aux ateliers « culture et société », cinq à dix personnes sur des « ciné-débats » : en a-t-on les moyens[1] ? Les groupes de parole destinés aux jeunes filles : un ou deux participantes certaines fois. C’est se moquer des femmes d’organiser ce type d’ateliers, que je me garderai bien de critiquer (!!!)."

"En ce qui concerne les femmes victimes de violences conjugales, l’installation était de qualité, mais nous n’en avions pas les moyens, ou alors AB Habitat aurait dû faire un effort sur les loyers."

"L’apologie de la théorie du genre (!!!!), ça n’a pas sa place. J’aurais pu vous montrer des brochures financées par la Maison des Femmes…"

"Elle fonctionnait beaucoup trop en circuit fermé. J’ai reçu, soit seul, soit avec les services, soit avec Célia Rezgui, toutes, je dis bien toutes, les femmes qui nous ont demandé rendez-vous pour parler de ces problèmes. J’ai été choqué de voir une femme, victime de violences conjugales et qui le portait sur son visage, me dire : ‘j’ai été incité à faire les démarches, j’ai demandé le divorce, mais vous fermez la Maison des Femmes, je ne sais plus quoi faire’. Ne dites pas aux femmes que la Maison des Femmes est fermée ! ».

Le groupe vote donc évidemment contre.

Sur Twitter, Xavier Péricat prétend que c'est un vote contre les fonds accordés… La bonne foi n'a pas de limites ! Ou alors il a été distrait pendant le débat.

Notes

[1] Philippe Métézeau semble ne pas considérer que ce type d'ateliers doit faciliter le contact avec des personnes qui n'oseraient pas directement discuter de leur sécurité ou d'une procédure contre leur conjoint.