par Frédéric Lefebvre-Naré

Je reproduis ici[1] un article, très fidèle comme de coutume, de Maïram Guissé dans Le Parisien. Je le lis en revenant du nouveau marché bio qui fonctionne sur le même site, à deux pas de la gare, le vendredi soir depuis la semaine dernière, et qui a de nouveau attiré les foules. La renaissance du marché est bien enclenchée !

Au-dessus de la halle, s’affiche le panneau « Entrez ». L’accueil au marché de la Colonie à Argenteuil est sympathique. Mais une fois à l’intérieur, on ne découvre que des étals vides. A se demander si le marché se tient vraiment.

Seule la présence de deux commerçants : un primeur et un poissonnier lèvent le doute. Le samedi, ils sont cinq à se déplacer sur les 17 emplacements possibles. Consternés de voir ce lieu de vie mourir, plusieurs habitants du quartier ont décidé d’agir et de créer un collectif en septembre 2015. Leur objectif est bel et bien de sauver ce marché bondé par le passé. Pas question pour eux de le laisser décliner en silence.

« Nous riverains, on se plaignait tout le temps. On s’est dit pourquoi ne pas agir », explique Jean-Noël Ragaigne. Avec une quinzaine d’autres personnes, dont Dominique Clémenceau, il se mobilise. Très organisé et rigoureux, le collectif s’est lancé dans la réalisation d’un audit auprès des habitants pour savoir comment agir au mieux. « Aujourd’hui, nous avons interrogé 150 foyers. Il y a un vrai intérêt des habitants pour faire leurs courses sur un marché. 62 % en fréquentent un, dont 20 % celui de la Colonie et 42 % vont ailleurs », constatent Jean-Noël Ragaigne et Dominique Clémenceau. L’objectif est donc bien de faire venir ces habitants sur le secteur.

Le collectif s’est donc retroussé les manches et a commencé par nettoyer le marché. « Des mauvaises herbes avaient poussé, on a désherbé, puis nettoyé la halle », indiquent les membres.

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Mais l’autre enjeu est de faire revenir des commerçants. « Il nous faut un crémier et un boucher », précisent-ils. C’est aussi l’avis de Marie-Claude et Pascal, les poissonniers qui viennent ici depuis 37 ans. « Aujourd’hui, on se sent isolés. Heureusement, on garde une clientèle de fidèles ». A quelques mètres, Manuella et sa mère Denise vendent des légumes. La première a repris l’affaire familiale, il y a deux ans. « Moi ça fait 43 ans que je suis dedans », sourit Denise. « Avant ici, il y avait du monde partout, même sur le parking, se souvient la trentenaire. C’est triste pour nous de le voir comme ça. Ça me fait mal au cœur », renchérit Denise, qui pour s’occuper trie des haricots qui ne sont plus à vendre. Malgré le peu de monde, ces vendeurs sont là dès 6 h 30. A 10 h 30, ils ont servi une dizaine de clients.

Depuis la création du collectif, les commerçants se remotivent. « Grâce à eux[2], la halle a eu un nouveau toit, indique Manuella. Au début la mairie nous disait que c’était trop cher… La pluie tombait sur le poisson », peste Marie-Claude. «Ça a duré un an et demi et finalement ça a été réparé, se réjouissent les commerçants. Mais on se sent abandonné. Le concessionnaire ne fait rien pour nous aider à trouver de nouveaux commerçants… »

Un long travail reste encore à faire. « Je vis dans le quartier depuis 63 ans, précise Christiane, une cliente. Je suis passée par là au hasard. Je ne pensais pas que le marché existait encore », sourit-elle, tout en achetant figues et dattes. Cette retraitée aimerait bien que les lieux revivent. Le collectif a prévu une nouvelle action. « Le 12 décembre, les commerçants proposeront à la dégustation leurs produits ».

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Notes

[1] En y ajoutant des photos de la matinée désherbage.

[2] Là, la marchande s'avance un peu, ou nous avance un peu — NdB.