par Frédéric Lefebvre-Naré

La Municipalité s'est réjouie d'avoir vendu le terrain Jean Vilar 7,5 millions, soit moins que la valeur en terrain â bâtir pavillonnaire, alors que le projet prévoit 145 logements, sans parler les commerces et cinémas.

7,5 millions, c'est aussi une paille dans le budget global d'un mégaplexe tel qu'annoncé : 100 millions d'euros, c'est l'ordre de grandeur. Voire bien plus : le Polygone de Béziers, de même surface, a coûté 200 millions.

Nous pouvons nous réjouir que des professionnels envisagent d'investir autant d'argent à Argenteuil. La Ville n'aurait évidemment pas les moyens de financer un projet pareil sur son budget.

Mais si cet investissement se concrétise (si le terrain ne reste pas en friche), qui le paiera en fin de compte, sinon nous ?

Comme clients bien sûr : nous devrons "surpayer" nos tickets de caisse du montant permettant au promoteur de rembourser ce nouvel investissement et de faire des bénéfices. Ça, c'est dans le meilleur des cas.

Mais s'il n'attire pas assez de clients ? Si le centre une fois construit vivote ? Nous croisons partout en France des centres commerciaux, notamment de centre ville, dans un état de semi-abandon, de plus en plus mal fréquentés, de moins en moins entretenus… Le promoteur cherche à s'en débarrasser, ne trouve pas preneur, et au final présente la facture aux seuls qui ont intérêt à ce que les lieux soient maintenus ou remis en état : les habitants, la Municipalité.

Pile nous payons pour quelque chose, face nous payons pour rien, dans tous les cas c'est nous qui payons.

Cela signifie-t-il qu'il faudrait refuser tout investissement commercial ? Bien sûr que non. Cela signifie que c'est à nous, à la commune et à ses habitants, pas seulement au promoteur privé, d'analyser si le projet est pertinent, potentiellement rentable, réalisé au meilleur coût.

Il est temps de raisonner coûts de chantier, marketing, compte d'exploitation, et pas seulement "la 3ème ville d'Ile-de-France mérite bien ceci ou cela".

Car si nous en restons à ce genre d'argument, la facture défilera dans nos impôts pour des dizaines de millions, tôt ou tard.

Bien sûr, à ce moment-là, la Municipalité pourra toujours dire que c'est la faute à ses prédécesseurs qui ont entraîné la ville dans cette galère (comme pour le coût de l'Hôtel de Ville, du centre aquatique, du Figuier Blanc, etc.) : ça nous fera une belle jambe, à nous qui paierons.