par Bernard Rols

Chapitre 1

28 novembre 1987 : je descends d’un train, gare de Lyon, pour aller habiter désormais à Argenteuil.

J’avais entendu parler d’Argenteuil quelques jours auparavant, sans savoir comment la situer exactement sur une carte d’Ile-de-France.

Mon cousin y résidait depuis une quinzaine d’années.

Il m’avait suggéré de le rejoindre dans sa ville, car mon lieu de travail était rue de Châteaudun à Paris, proche de la gare St-Lazare.

J’allais donc vivre dans une « banlieue rouge ».

Il faisait gris et froid ce jour là.

J’habitai alors rue des Châtaigniers, à l’angle du boulevard Guillot, avec une vue imprenable sur les voies du Croissant Ferré, et, dans ma rue, sur la toile d’araignée aérienne constituée par le réseau EDF.

Comme dans la chanson de Renaud « Banlieue rouge », Argenteuil m’apparut grise « comme un mur d’usine, comme un graffiti ».

Nostalgique de mon sud natal,… Argenteuil serait transitoire. Je ne comptais pas y rester longtemps !

5 ans plus tard, j’emménageais quartier de la Colonie (Orgemont).

J’eus aussitôt le « coup de foudre » pour mon nouveau quartier.

Son calme résidentiel, ses nombreux commerces de proximité, son marché de la Colonie : mon rendez-vous incontournable du samedi matin.

À l’époque, chaque emplacement était occupé, la qualité et le choix en prime.

Je me rapprochais d’autant plus de la gare St-Lazare, travaillant désormais rue de Clichy à Paris.

J’y réside encore. Même si, en 20 ans, mon quartier s’est dégradé. Je développerai dans les prochains chapitres comment il a évolué dans le mauvais sens.

Comment ai-je vécu socialement ces 30 années à Argenteuil ?

Je l’avoue : en simple habitant, très éloigné de la politique locale, les premières années.

C'est à mon arrivée à la Colonie que j’ai commencé à m’impliquer.

Ho, certes très modestement, pendant 15 ans : au Conseil Syndical de mon immeuble, et scrutateur à l’école Brossolette, les soirs d’élections.

En 2007, je franchissais le pas : j’adhérais au Mouvement Démocrate.

Je fis alors la connaissance d’Argenteuillais, d’Argenteuillaises, de tous âges, de toutes classes sociales, de tous les quartiers ; quelques-uns comme moi n’avaient jamais fait de politique, mais nous avions déjà en commun l’ambition de faire « réussir Argenteuil ».

Parmi ces personnes qui m’ont beaucoup apporté (je les en remercie), je rencontrai mon « mentor » en politique (il se reconnaitra). « Etre à l’écoute des autres sans fléchir sur ses propres valeurs » aurait pu être sa devise.

« Réussir Argenteuil » fut ainsi le nom de la liste MoDem aux élections municipales de 2008.

En 2010, je découvrais la vie associative de la Colonie, grâce à des habitants généreux, totalement bénévoles, entièrement dévoués à leur quartier ; certains sont devenus des proches.

Nous étions une poignée de bénévoles à organiser le premier "vide-grenier chez l’habitant" de la Colonie.

Du jamais vu dans le quartier pour une manifestation ludique de cette importance. Et une totale réussite, qui se perpétue au fil des ans, puisque en septembre dernier a eu lieu la 6ème édition (j’ai quitté l’association en 2015 par manque de temps).

Fin 2011, nous nous lancions dans un combat pour obtenir la réouverture de notre bureau de poste rue Kléber, dont la décision de fermeture définitive avait été prise par la Direction de la Poste suite à un braquage survenu en août 2011.

Ce fut un combat de plusieurs années pour notre collectif de quartier, avant d’être entendu et obtenir la création d’un nouveau bureau de poste avenue Stalingrad.

L’idée du vide-grenier, et la création d’un collectif pour la défense du bureau de poste furent la volonté d’une même personne, également résidente à la Colonie. Elle en est une des « locomotives », gardant toujours à cœur de le défendre et le promouvoir (elle aussi se reconnaîtra).

Premier semestre 2012 : une nouvelle expérience enrichissante et exaltante : ma première campagne présidentielle pour François Bayrou, puis pour notre candidat MoDem à la législative.

Fin 2013, début 2014 : un combat politique s’annonçait.

Notre groupe politique créait « Engagés pour Argenteuil » et s’associait à la liste « Tous fiers d’être argenteuillais » conduite par Philippe Doucet.

La campagne des municipales fut âpre face à la liste de la Droite. Épuisante physiquement, mais humainement enrichissante au contact des habitants, amicale et joyeuse avec les militants et les colistiers PS.

Certainement, mon meilleur souvenir et mon plus fort engagement en 10 ans de vie associative et politique au plan local.

J’aurais « kiffé » d’être Conseiller Municipal au sein d’une équipe soudée, au service des Argenteuillais.

Fin 2014, Engagés pour Argenteuil dénonçait seul, l’abandon du marché de la Colonie par la municipalité nouvellement élue.

Un collectif d’habitants du quartier prit par la suite le relais. Chaque premier samedi du mois, il va à la rencontre des habitants. J’ai participé en soutien une année entière, aux premières actions menées, avant d’en partir voulant éviter ainsi tout amalgame avec mon militantisme politique.

Grâce à la ténacité du collectif, de nouveaux commerçants sont revenus et le marché a retrouvé une certaine dynamique.

Il y a quelques semaines, je rejoignais le Comité Jean Vilar.

L’objectif de ce Comité est de sauver la salle des fêtes Jean Vilar et le site historique et arboré de l’ile Héloïse.