Le Maire introduit Mme Bonamy, du cabinet CBC XII (conseil en patrimoine touristique et culturel), qui passe aussitôt la parole à un architecte, M. Chabanne. Celui-ci a visité la maison Claude Monet et fait une étude à l’automne dernier.

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Rien à dire sur l’urbanisme aux alentours, dit l'architecte ; le bâtiment est en bon état, reste à refaire la couverture (charpente, combles) et à renforcer les fondations. Environ 600000 € de travaux de renforcement (tout de même !). Aussi 475000 € de travaux d’aménagement, car, pour en faire un « établissement recevant du public », des travaux sont nécessaires : pour la stabilité au feu, des renforts de plancher, et l’accessibilité aux PMR, "que nous pouvons faire par l’annexe qui n’existait pas à l’époque de Monet. Il faut créer un ascenseur desservant les trois niveaux (pas le sous-sol, qui ne serait pas accessible au public). L’escalier sera conservé, sans escalier de secours, ce qui limite le nombre de visiteurs à 19 personnes au total dans les étages, 40 au rez-de-chaussée."

Mme Bonamy reprend :

"Une fois assurés de la faisabilité, nous avons conduit des entretiens montrant les forces, faiblesses, opportunités et menaces. Parmi les forces, les berges de Seine et le bateau-atelier… mais elles sont difficilement accessibles. Et tous nos interlocuteurs ont dit « dans cette maison, rien ne rappelle Monet ». Auvers-sur-Oise est une concurrence sérieuse.

Que peut-on raconter dans cette maison, qui soit lié à l’histoire de la Ville, d’Argenteuil ? Plus de 150 toiles de Monet portent le nom d’Argenteuil. Le parcours scénographique partira de quelques-unes de ces 150 toiles.

On ne peut présenter aucune œuvre, pour des raisons de sécurité, de conservation.

On entrera dans le salon, pour lequel on a suffisamment de matière pour en reconstituer l’ambiance avec des outils numériques, de la projection sur des tulles.

Dans l’escalier, une frise chronologique sur Monet à Argenteuil. Au premier étage, les paysages d’Argenteuil, avec des dispositifs numériques. On pourra faire une réplique du bateau-atelier, à échelle réduite, s’en servir comme espace multimédia…

Le deuxième étage, on le traiterait comme cabinet de curiosité, comme escape game, qui pourrait recevoir des scolaires. Une pièce "Argenteuil après Monet" permettra à la Ville de communiquer sur son actualité.

Le cabanon reste, évidemment le public n'y entrera pas. On pourrait créer un mur végétal pour s’isoler de l’immeuble au fond ? (donnant sur la rue de Diane).

Comptes prévisionnels : on a regardé des sites comparables attachés à des artistes, auteurs : ils ont entre 5 et 10000 visiteurs. On peut proposer un tarif raisonnable à 5 €. La première cible c’est que les Argenteuillais viennent… des Parisiens, mais peu.

Il resterait 80000 € par an de frais de fonctionnement à la charge de la Ville.

Des subventions publiques à l'investissement seraient facilement obtenues, notamment du Fonds régional pour le Tourisme (mais pour la « numérisation »…). On peut espérer 500 000 €.

Georges Mothron : Ce projet a déjà reçu une bonne signature des éléments départementaux et régionaux. On attendra le prochain conseil municipal pour envisager un budget supplémentaire.

Franck Debeaud (ancien Adjoint à la Culture et au Patrimoine, désormais dans l'opposition) : je suis content de voir que ce projet avance, on l’avait lancé en 2017.

Avez-vous étudié la possibilité d’un ascenseur extérieur ?

La « remise » n’existait pas à l’époque Monet, pourrait-on la détruire et y placer le bateau-atelier ? Des éléments réels, c’est important… Pas seulement le numérique : pourquoi pas des copies, on en fait de très bonnes ?

Abdelkader Slifi (PS) : Pourrait-on imaginer une tarification mieux ventilée selon les cibles potentielles ? Il peut y avoir des visiteurs intéressés par plus qu'un ticket à 5€.

L’escape game semble tomber comme un cheveu sur la soupe.

(Par ailleurs il coûte 30000 € de plus en aménagements).

Philippe Métézeau : il faut ouvrir cette maison ! On a de quoi convaincre le Conseil départemental. Au moment où il repense sa politique du Tourisme… qui a une marge de progression certaine, on peut le dire élégamment. Ajoutons Argenteuil sur des circuits Monet ! au-delà d’une participation financière.

J'interviens pour applaudir les éléments de l'étude architecte, et les choix faits pour ce qui est "en dur".

En revanche, je ne comprends pas le concept. Mettre du "numérique" ou une pièce sur "Argenteuil après Monet", un "cabinet de curiosités" ou un "escape game", viser une fréquentation essentiellement locale, me semble manquer ce qui fait tout l'intérêt de la maison Monet : revivre la confrontation du plus célèbre des "bobos parisiens" avec une société industrieuse et commerçante. Ce qui l'a fait venir, et ce qui l'a fait partir. Qui est si facile à mettre en scène, parce que ça se reproduit exactement aujourd'hui, dans la même topographie… rien ou presque n'a bougé des éléments de cette aventure.

La thèse et le livre de Tucker "Monet à Argenteuil" permettent de resituer ce parcours personnel dans nos quartiers et nos institutions.

Je souhaiterais donc une conception moins numérique et moins fermée, plus ouverte à l'ensemble de la ville. Le numérique entre quatre murs, c'est que que le département a essayé à Auvers-sur-Oise, sur le même sujet, et qui a fait un bide.

J'imagine un endroit où l'on vienne peindre Argenteuil. Argenteuil n'a pas la grandeur de Paris ni la douceur de la campagne ? Et alors ? C'était justement son génie de voir des tableaux là où les Argenteuillais criaient à la mocheté, comme le nouveau pont de chemin de fer. De trouver dans les jeunes replantations sur Héloïse, trop jeunes pour ombrager vraiment, un jeu de lumières où promener une ombre bleue. De faire briller, dans la friche d'une colline, les coquelicots.

J'imagine un endroit pour les plus fans de Monet et de l'impressionnisme, ceux qui s'intéressent au peintre au-delà de l'oeuvre, ceux qui veulent retrouver le lancement de sa trajectoire, dans la ville même où l'association des peintres impressionnistes fut fondée.

Quelque chose que ne peuvent proposer ni Giverny, un petit monde forgé par Monet à son image, ni le musée Marmottan-Monet, ni bien sûr le musée d'Orsay. Sur les 650000 visiteurs annuels de Giverny, n'y en a-t-il pas 0,5% de suffisamment fans pour vouloir retrouver Monet confronté à Argenteuil ? À côté des Argenteuillais à 5€, nous devrions viser les Japonais à 50[1] !

Mme Bonamy répond à certaines des questions et suggestions : on garderait, dit-elle, la partie annexe (à gauche de la façade vu de la rue) pour son caractère pratique ; le cabanon, qui ne date pas de Monet, on peut réfléchir.

Il sera difficile de ré-immerger les gens dans l’espace fleuri de Claude Monet, si on met le bateau dans le jardin. (Je suis d'accord là-dessus : Monet n'était pas surréaliste ! Et je garderais bien le cabanon, seul élément dont l'intérieur est ancien et qui rappelle cette époque d'avant l'électricité… même s'il est postérieur à Monet).

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J’ai travaillé sur la restauration de l’atelier Valadon-Utrillo au musée de Montmartre, on a cherché à ré-immerger les gens dans l’histoire. Nous avons bien pris en compte le « pourquoi Monet vient à Argenteuil, pourquoi il en repartira »?

(Mais pour moi la scénographie devrait jouer là-dessus en partant du côté coquet, fleuri, de l'extérieur ; en mettant en scène dans le salon la création de l'association des peintres impressionnistes ; et en montrant la ville de plus en plus industrielle quand on monte dans les étages).

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Par expérience — continue Mme Bonamy — les ambassadeurs sont les gens de la ville. Après, pour faire venir de plus loin, c’est un travail de communication et de marketing. (Bon… de concept aussi !)

Pourquoi l’escape game ? Ça peut faire des recettes.

Françoise Inghelaëre, conseillère déléguée à la Culture et au Patrimoine : des Parisiens, à 12’ de Paris, on peut en avoir ! Il y a le Transilien des Impressionnistes, les Coquelicots signalés à la gare Saint-Lazare… Le bateau-atelier, lui, peut naviguer avec 6-7 personnes. Et peut resservir de bateau-atelier. (Plus que de meuble de jardin !).

Le débat est terminé, nous remercions les intervenants et l'on passe à l'approbation du PV du Conseil précédent.

Je demande deux rectifications sur ce PV ; en particulier, je ne souhaite pas que la Municipalité « s’émancipe » de l’histoire du peintre Monet, mais qu’elle se « réapproprie » cette histoire !

Notes

[1] Que nos lecteurs au Japon excusent cet écart. Je les invite. À cet écart près, j'ai essayé de réécrire en mieux, ici, ce que j'avais improvisé en Conseil.