Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 24 mai 2019

Cap Héloïse : arrêter de louvoyer !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Le maire d'Argenteuil, face à l'opposition massive au projet "Cap Héloïse" porté par le promoteur Fiminco sur le site de Jean Vilar, continue à louvoyer.

Déjà le 13 février 2018, après avoir constaté le rejet du projet en réunions de quartier, il annonçait demander au promoteur des "modifications substantielles", notamment sur la hauteur du multiplexe et la "qualité architecturale" des logements.

Et dans le dossier présenté en mars 2019 à l'enquête publique, qu'avons-nous vu ? Un multiplexe à 43,20 m de haut, soit quasiment le maximum autorisé par le PLU (45 m), et des immeubles à façades quadrillées béton à faire fuir une tribu d'impressionnistes.

Malgré une communication minimaliste de la mairie, la participation a été nombreuse à cette enquête :

  • 142 contributions individuelles ou collectives à l'enquête sur la vente du parking, dont 140 ou 141 défavorables ; le commissaire enquêteur commente : "le très fort nombre d'observations s'explique probablement par l'opposition nette d'une partie de la population au projet" ;
  • 265 contributions (dont certaines collectives, là encore) à l'enquête dite "unique" pour l'autorisation préfectorale et le permis de construire, dont 251 défavorables au projet.

Dans son éditorial du dernier magazine municipal, le maire "se félicite" de cette participation nombreuse ! Merci à lui ! Il a même remarqué "qu'il n'y figurait pas de soutien massif".

Pourtant il persiste et signe, qualifiant le projet de "bouée de sauvetage" pour Argenteuil (en nous sortant de la Seine à 43,20 m de haut ?), dans Le Parisien, et ridiculisant le travail du commissaire enquêteur comme fait "au doigt mouillé" (que n'a-t-il grimpé loin du fleuve, à 43,20 m de haut ?). Georges Mothron reprend cette interview sur sa page Facebook en ajoutant : "ceux qui se sont exprimés durant l'enquête doivent être entendus".

Que ne les écoute-t-il !

Selon lui, dans son éditorial, "l'enquête valide le besoin d'offre … commerciale".

Qu'ont dit les Argenteuillais ? Selon le résumé du commissaire-enquêteur : "les interrogations menées auprès du public lors des permanences pour comprendre la raison de la baisse du commerce de centre-ville et de Côté Seine, ont conclu au fait que la population Argenteuillaise a progressivement tiré vers le bas l’offre initialement positionnée sur du milieu de gamme et qu’il serait donc inutile de reconduire le même schéma avec le nouveau centre commercial car les mêmes causes produiront les mêmes effets ; mais parallèlement à ce discours, on regrette aussi que l’offre actuelle de centre-ville soit de piètre qualité. Le CE note également que le marché Héloïse et le centre commercial ne seront pas en concurrence directe." Où est la validation ? Sachant que le promoteur de Cap Héloïse annonce des loyers 30% inférieurs à Côté Seine, de quoi attirer une offre plus bas de gamme ?

Le commissaire-enquêteur enquêteur conclut : "la mise en place d’une nouvelle zone commerciale en centre-ville est, à mon point de vue, discutable mais peut être recevable". Drôle de "validation" !

Le maire entend les Argenteuillais à contresens et lit aussi l'histoire à rebours.

Toujours dans son éditorial, il écrit : "un retour au temps des berges naturelles et des impressionnistes relève du fantasme"… Mais les berges argenteuillaises au temps des impressionnistes (le chemin de halage) n'étaient pas naturelles ! elles étaient aménagées, paysagées pour la promenade, par la volonté du Conseil Municipal d'Argenteuil, précisément pour attirer les visiteurs !

Diapositive06_promenade.jpg

Et revenir à cette démarche ne relève pas du fantasme : toutes les villes similaires le font à commencer, depuis plus de 20 ans, par Paris, qui n'est pas un exemple marginal, notamment en termes de trafic automobile !

En revanche le maire a raison de dire, toujours dans son éditorial, que le projet "transcende les clivages politiques" : il est rejeté par des personnes de toutes préférences partisanes.

Quand en tirera-t-il les conclusions, en l'abandonnant purement et simplement ? Pour adopter, tout simplement, la démarche partagée par toutes les villes de France ou presque : celle de retrouver une continuité avec leur environnement, de mettre en valeur leurs espaces verts, de rendre le paysage et la vie en ville plus agréables ?

jeudi 18 avril 2019

Bravo aux plus de 220 contributrices et contributeurs à l’enquête publique sur Jean Vilar !

par Frédéric Lefebvre-Naré. Tribune dans le magazine municipal daté de mai 2019, distribué à partir de mi-avril.

C’est une participation exceptionnelle.

La chercheuse Cécile Blatrix écrit : « l’enquête publique apparaît comme une procédure formelle, protocolaire ». Participer est « une démarche potentiellement coûteuse. C’est se montrer : les participants s’exposent parfois à une série de sanctions informelles ». Déjà, « le vocabulaire utilisé (rend) parfois peu clair l’objet de l’enquête ».

En effet ! En voyant les affiches jaunes sur le « déclassement du parking », combien d’Argenteuillais ont pu comprendre qu’on leur demandait leur avis sur la vente du site de Jean Vilar au privé ?

affiches_jaunes.jpg

Pour participer, c’était un parcours du combattant : la première et seule permanence des commissaires-enquêteurs hors des heures de travail habituelles était… le samedi matin 30 mars, dernier jour d’enquête.

Et par internet ? La municipalité a mis en ligne les documents sur le « déclassement du parking » … l’avant-dernier jour.

Pour donner son avis, c’était plus restrictif que pour le « grand débat » : ni questionnaire en ligne, ni page sur les réseaux sociaux ; les observations orales ne sont normalement pas acceptées. Il fallait prendre sa plume, rédiger.

J’ai été d’autant plus frappé par la diversité des participations. Les écritures magnifiques apprises à l’école de jadis, et les noms de famille nouveaux à Argenteuil. Les analyses pointues d’écologistes militants, et les beaux souvenirs de la ville communiste.

Beaucoup ont esquissé, au-delà des aberrations du projet, l’Argenteuil qu’ils espèrent : conviviale, agréable, verte et ouverte, responsable de son bien commun.

Reste à communiquer cet espoir à toutes celles et ceux qui aiment Argenteuil au point d’avoir choisi d’y vivre.

mercredi 17 avril 2019

Conseil Municipal du 17 avril 2019 : le live, 2. les comptes

par Frédéric Lefebvre-Naré

Suite du Conseil commencé ici.

1. Adoption des comptes 2018 du trésorier (qui correspondent, en mieux, à des totaux des relevés bancaires) : unanimité, comme chaque année je crois.

2. Adoption des comptes 2018 de la Ville : l'Adjoint aux Finances, Xavier Péricat, estime que les "priorités budgétaires sont respectées. Nos prévisions sont confirmées. La Ville a pu maintenir ses recettes" (elles sont même nettement supérieures aux prévisions, grâce notamment à l'augmentation de la population) ; "les dotations de l'État ont cessé de diminuer. Nous y ajoutons un plan de cession immobilières important, prévu dans le plan de redressement." (en réalité, très loin de ce qui était prévu : les cessions 2018 sont essentiellement constituées par le terrain Yoplait… qui avait été acheté entre temps."

Ce compte "confirme l'amélioration de l'épargne brute" (qui en fait, baisse, malheureusement, par rapport à 2017).

"Les grandes priorités, ce sont les écoles, la voirie, et les derniers 11 M€ consacrés au renouvellement urbain" (voies sous dalle du Val Nord, centre de loisirs et école à Joliot-Curie).

La dette "baisse, de façon significative pour la première fois depuis que je suis les finances de la Ville en 1992, de près de 20 M€, à 380 M€ après reprise de la dette de l'Agglomération. Le résultat 'de fonctionnement' cumulé, 51 M€, permet de financer une grande partie des investissements.

"Le contrat" (obligé) "avec l'État prévoit un plafond de dépenses" (de fonctionnement) "de 158 M€ en 2018 ; nous avons négocié la non prise en compte d'éléments exogènes comme le déficit de l'agglomération. Nous avons" (grâce à cela) "1,49% de baisse des dépenses, au lieu de 1,5% d'augmentation autorisée."

"Les dépenses de personnel augmentent légèrement" (alors qu'une partie du personnel a été transférée à Azur, une autre au territoire Boucle Nord). "Les charges à caractère général sont maîtrisées".

"Nous poursuivons, pour la sincérité budgétaire, l'apurement des créances dont nous sommes certains qu'elles ne seront pas recouvrables" (en réalité pour des montants minimes au regard des demandes de la Chambre régionale des Comptes).

"Nos dépenses d'équipement remontent de manière significative sur les écoles et le budget." (M. Péricat présente un graphique "hors plan de renouvellement urbain", et celui-ci étant terminé, forcément, ça augmente 😒).

Xavier Péricat consacre son passage rituel à "l'épargne nette", concept bien connu comme sans intérêt. "Plus les courbes s'éloignent, plus ça veut dire qu'on rembourse du capital de la dette" (mais non : ça peut aussi être qu'on le refinance avec des nouveaux emprunts).

"Nous passons pour la première fois cette année sous le seuil d'alerte de 12 ans comme délai de désendettement".

Georges Mothron "au nom des élus, au minimum, de la majorité, félicite et remercie les services qui depuis 5 ans ont respecté les indications qu'on leur donnait pour revenir à l'équilibre."

Fabien Bénédic (PS) associe son groupe à "ces remerciements aux services pour l'établissement du compte, et la note de synthèse qui l'accompagne, parfaitement claire.

Depuis 2014, nous avons débattu 20 à 30 fois des questions budgétaires et assisté autant de fois au Péricat-show, consacré à décrédibiliser l'équipe précédente, et aux fake news. Cela fera 20 à 30 fois que nous devons vous répondre, rétablir la vérité et démasquer votre satisfecit. C'est hélas le ping-pong auquel vous nous obligez depuis 2014 et qui a fini par lasser les Argenteuillais."

"Nous partageons votre satisfaction sur la baisse des dépenses de fonctionnement : sans doute, le transfert de dépenses vers l'EPT Boucle Nord et vers Azur vous y aura-t-il aidé. Ou est-ce aux dépens des services publics ?"

"Vous qualifiez de 'maîtrisées' des charges de personnel supérieures de 10 M€ à ce que vous appeliez auparavant 'démesuré'. Les 300 postes supprimés depuis 2016 et les indemnités chômage encore versées aux agents concernés n'auront donc servi à rien ?"

"Vous n'arrivez pas à pourvoir les postes ouverts, ni même à garder le personnel en place. La souffrance au travail, le mécontentement des agents municipaux, les arrêts maladie que votre prime d'assiduité ne dissuadent pas… ont décimé des services comme la police municipale."

(Je rate la suite car je complète pendant ce temps le texte de ma propre intervention :)


"Monsieur le Maire, cher·e·s collègues,

Ces comptes 2018 de la Ville sont sans doute les derniers que nous examinerons pendant votre mandat. Nous votons d’une part, sur le travail consistant à rendre ces comptes, et sur le bilan de ce que vous avez réalisé au cours de cette année, la cinquième de votre mandat.

Les comptes méritent d’être confrontés à vos engagements de début de mandat, à votre 'plan de redressement'. Vous vous vantez des cessions conformes, dites-vous, à ce plan : pas du tout, vous en êtes très loin, et l’essentiel des cessions 2018 est constitué par le terrain Yoplait acheté en 2018, ça n’a rien redressé du tout. Vous vous vantez des créances déclarées irrecouvrables conformément, dites-vous, aux recommandations de la CRC : mais la CRC parlait de 4,5 M€ de créances irrecouvrables datant de plus de 10 ans : au rythme où vous traitez ces vieilles créances, il y en a pour un siècle.

Dernier point : j’ai posé quelques questions simples avant-hier en commission des Finances, j’aurais aimé avoir les réponses avant de voter. L’une de ces questions portait sur l’emprunt structuré n° 849, auprès du Crédit Agricole, qui figurait jusqu’à l’an dernier dans la catégorie la plus toxique, la catégorie 6F ; cette année, le même emprunt figure de nouveau dans les comptes pour près de 3 M€ restant à régler, mais en catégorie 1A, comme s'il n'avait aucun risque. Tant que le point ne sera pas éclairci[1], c'est une raison suffisante de voter contre ce compte administratif.

Le bilan des actions, vous auriez pu, Mesdames et Messieurs de la majorité, le faire au regard de vos engagements de campagne. L’exercice aurait été déprimant. J’en retiens l’impératif absolu de ne promettre, en campagne, que ce que l’on sait pouvoir tenir. Sinon la déception est terrible, paralysante ; elle paralyse la majorité elle-même, et au-delà, vos électrices et électeurs, les habitants en général, les agents, les partenaires extérieurs qui eux aussi auraient besoin de comprendre où vous voulez aller.

J’en retiens aussi que la critique est facile, l’art est difficile.

En politique, ce proverbe se reformule : « avant nous, des incompétents ; après nous, des intrigants ».

Et, oui, c’est trop facile de traiter les responsables en place comme des incompétents, comme c’est trop facile de traiter l’opposition comme des intrigants.

Pour débattre, nous avons besoin de reconnaissance mutuelle : reconnaître que nous cherchons les uns les autres l’intérêt général argenteuillais. Et reconnaître que toute équipe municipale, à Argenteuil ou ailleurs, sera confrontée à des difficultés, des limites, des réalités géographiques, économiques, sociales, historiques, avec lesquelles elle devra composer.

Avec le groupe « Argenteuil en commun », nous enquêtons actuellement auprès des Argenteuillaises et Argenteuillais sur ce qui va bien ou qui ne va pas bien dans notre ville.

Ce qui va le mieux, du moins selon une bonne partie des répondants, c’est la diversité sociale et culturelle d’Argenteuil, le respect mutuel entre ses habitants, la vie associative. C’est aussi un sujet d’inquiétude générale : inquiétude que les incivilités s’installent, inquiétude d’une séparation croissante entre communautés, inquiétude qu’une partie des Argenteuillais fuient la ville quand ils font leur achats, quand ils mettent leurs enfants au collège, quand ils sortent.

Je vois bien l’attention que vous revendiquez aux enfants des écoles ou d’âge préscolaire ; aux seniors ; aux personnes avec un handicap. Vous revenez, et je le comprends, sur le coût des Centres Municipaux de Santé, sur les places en crèche, sur la création toute récente de la commission pour l’accessibilité au handicap, ou dans le dernier numéro du magazine municipal, sur l’activité du conseil citoyen.

Et je sais bien que nous serons toujours, quel que soit le mandat, au-dessous de ce qu’il faudrait faire pour aider les personnes en difficulté, pour rendre la ville accueillante aux handicaps, pour associer nos seniors à la vie de la collectivité, pour éduquer nos enfants, y compris les enfants Rroms de passage chez nous, pour prévenir les accidents et les violences à l’intérieur des familles. C’est la partie désespérante, je le comprends, du mandat de responsable politique : que jour après jour, et année après année, certains de vos administrés soient frappés par des accidents que vous n’aurez pas pu prévenir.

Mais je voudrais mettre en garde contre une façon tout à fait illusoire de répondre à ce désespoir : la méthode qui consiste à conserver inchangé, à reconduire et refinancer, année après année, un réseau d’intervenants, de correspondants, de structures, en imaginant qu’elles feront le travail à notre place. Les agents et les militants concernés, et les bénévoles, sont de grande valeur, leur engagement est entier : mais leurs inquiétudes, leur expérience, ce qu’ils constatent, n’est pas relayé, n’est pas porté dans le débat argenteuillais.

Vous faites tout ce que vous pouvez pour étouffer le débat, pour distiller le soupçon contre les voix dissidentes.

  • Les appels à candidatures pour les comités de quartier ont été discrétissimes, et j’entends encore un responsable de comité de quartier dire à un habitant « en principe c’est un tirage au sort, mais si vous voulez participer, on s’arrangera ». On s’arrangera.
  • Les conseils citoyens dans les quartiers dits prioritaires n’ont jamais été prioritaires ; vous n’en avez constitué qu’un, avec des années de retard, avec 22 membres pour 8 quartiers soit moins de 3 personnes par quartier, et vous l’employez à pointer des listes de subventions. Je me demande combien d’habitants ont persévéré.
  • Le Conseil des Sages n’a plus qu’une existence fantomatique.
  • Les activités du Conseil Municipal des Jeunes ont rapetissé.
  • Les commissions du Conseil Municipal n’ont jamais été organisées dans des conditions qui leur auraient permis de servir à quelque chose, d’améliorer les décisions municipales.
  • La Commission d’Appel d’Offres examine des dizaines de tableaux Excel disséquant les bordereaux de prix d’entreprises concurrentes pour des marchés de quelques dizaines de milliers d’euros… pendant que vous vendez de grands terrains municipaux, sans appel d’offre et sans commission d’appel d’offres, des millions d’euros au-dessous de la valeur marchande du foncier à Argenteuil.
  • La demande, venant de nombreuses voix, d’un référendum local sur votre projet sur Jean Vilar, n’a eu aucune réponse, pas plus que les simples demandes de rendez-vous à ce sujet.
  • Les enquêtes publiques sur Jean Vilar ont été organisées avec une publicité au-dessous du minimum.
  • Les « passerelles citoyennes » pour lesquelles nous rémunérons le préfet Gilles Clavreul, excellent animateur au demeurant, ces « passerelles » consistent à écouter des intervenants experts tenir des discours convenus— et au final à entendre le Maire dire, à la « passerelle » de cet après-midi sur les "fake news" : « je comprends mieux pourquoi j’en suis à mon 10ème cancer, à mon 15ème AVC, je ne plaisante pas, ce sont les rumeurs qui ont circulé, et je comprends mieux qui peut être à la source de tout cela ». Théorie du complot, quand tu nous tiens.

Au passage, je veux remercier et saluer publiquement ici, d’autant plus facilement qu'il est absent (sorti de la salle au moment où je parle), Philippe Doucet. Je l’ai toujours trouvé vigilant contre les théories du complot, contre les rumeurs à deux balles ; et toujours attentif à la cohérence entre le discours que l’on tient en tant qu’opposant, et le discours que l’on tiendrait si l’on était en responsabilités. À cet égard, ces années de travail avec mes colistiers « Tous fiers d’être argenteuillais » ont été instructives et formatrices.

Un engagement que l’on peut prendre dans l’opposition, comme vous l’avez pris vous-même en 2013-2014, et que l’on peut tenir, comme vous ne l’avez pas fait, est celui de la concertation, de la démocratie participative, des budgets participatifs. Nous en avons besoin pour retrouver la cohésion entre les Argenteuillaises et Argenteuillais, que tous se sentent appelés à prendre part à la vie commune, à la préservation et à la mise en valeur du bien commun.

Et nous en avons besoin aussi pour répondre aux difficultés des enfants et des familles d’aujourd’hui, des personnes âgées aujourd’hui, pour rendre notre ville accessible malgré les handicaps, pour sortir les jeunes ou les moins jeunes qui tournent en circuit fermé dans leur cité ou leur quartier, pour accueillir les milliers de nouveaux habitants qui arrivent chaque année, les aider à monter aussitôt à bord de la vie argenteuillaise, détecter aussi tôt que possible la marginalisation pour la contrer, pour aider les personnes qui traversent une crise à y faire face.

Une société conviviale, nous ne pourrons la retrouver que dans le dialogue, la participation, la confiance mutuelle.

Nous la retrouverons aussi en choisissant un urbanisme à taille humaine, en harmonie avec nos paysages magnifiques et notre environnement[2].

Un de vos adjoints, Monsieur le Maire, a eu la bonne inspiration de participer à l’enquête publique sur Jean Vilar ; il y a écrit que « Depuis longtemps, les paysages chers à Monet ont été anéantis par un urbanisme sauvage, et une artère à 4 voies (avenue Gabriel Péri) qui ne porte aucun flux commercial piétonnier ». C’est stupéfiant. S’il n’y a pas de flux commercial piétonnier sur Gabriel Péri, je me demande ce qu’il y a. Mais surtout, les paysages « anéantis par un urbanisme sauvage », c’est une fake news. Une étudiante en fin d’études d’architecture a consacré son mémoire de fin d’études à ces mêmes paysages, il y a quelques mois ; elle découvrait Argenteuil à cette occasion, attirée par les tableaux de Monet ; et elle conclut exactement l’inverse : « le travail de collecte de peintures impressionnistes et la confrontation avec le paysage actuel m’a permis d’y voir un potentiel incroyable oublié par les habitants. Ces peintures m’ont donné envie de rendre à Argenteuil la grandeur des paysages peints par les impressionnistes, des berges de Seine. De retourner la ville vers le fleuve, mettre en valeur ce paysage, introduire en ville des éléments de nature, l’eau, les berges de fleuve jardinées ; de retrouver les fonctions anciennes des centres bourgs, d’échanges et d’animation, en donnant de la place à chacune des envies des usagers. Dans de nombreuses villes, la tendance est de renouer le lien avec les fleuves. Ces aménagements sont souvent à l’origine du développement de la ville et participent de son identité. »

Retrouver les promenades en bords de Seine, nettoyer et faire revivre les hectares de friches délaissées, remettre de la nature en ville. Devenir, à notre tour, des exemples d'écologie, de circuits courts, de zéro déchet, d'énergies renouvelables, de transports publics, de gestion transparente des services publics comme l'eau ou le chauffage urbain. C’est ce qui pourrait, je crois, réunir les Argenteuillais, et que vous ne faites pas. Votre unique investissement phare, l’école Simone-Veil, nous avait été présentée comme une construction très écologique, en bois, etc., et nous voyons s’édifier des cubes de béton dignes de « l’urbanisme sauvage » cité par votre adjoint.

Enfin, pour mener à bien quelque politique que ce soit, nous avons besoin que la municipalité respecte ses agents municipaux, et leur donne les moyens de remplir leurs missions. Vous nous présentez un tableau des effectifs plus paradoxal que jamais, avec moins d’agents en poste que dans le tableau précédent de décembre 2018, mais des coûts de personnel en hausse et des effectifs budgétaires gigantesques, très au-dessus de nos moyens. Nous avons besoin d’une gestion crédible des effectifs, de plus de transparence et de cohérence entre les embauches et les priorités affichées de la ville. Nous devons donner envie aux agents de s’investir et d’innover, envie de prendre des risques, nous devons réconcilier les agents avec leur travail pour faire enfin reculer l’absentéisme.

Je crois qu’avec le même budget, nous aurions pu faire plus ou mieux pour refaire d’Argenteuil une ville accueillante et solidaire, une ville où il fait bon vivre, ensemble, dans la diversité de nos parcours."


Franck Debeaud estime que ces comptes "reflètent l'abandon de l'ambition que nous avions portée en 2014. Quand je vous demandais de baisser les impôts de manière significative, vous opposiez une fin de non-recevoir. Les résultats que vous affichez montrent cependant qu'elle était plus que possible. Le groupe Vive Argenteuil ! votera contre ce Compte Administratif."

Philippe Métézeau répond, en regrettant de "ne pas avoir tout noté", que "les investissements augmentent, les dépenses de personnel sont maîtrisées, les impôts diminuent et la dette aussi : tous les feux étaient au rouge quand nous sommes arrivés en 2014, tous sont passés au vert. Je n'ai pas compris" (M. Bénédic) "si pour vous, il aurait fallu que la masse salariale augmente, ou qu'elle diminue."

"Dire de l'école Simone-Veil que les budgets s'envolent… si ça avait pu être fait moins cher, je ne vois pas pourquoi on aurait payé des millions qui ne seraient pas nécessaires."

"Je ne suis pas très sûr d'avoir compris la mention par M. Lefebvre-Naré du désespoir des Argenteuillais, ça m'a un peu choqué" (je n'ai pas dit ça, mais j'ai peut-être bafouillé de façon inaudible). "Le Conseil des Sages, pourquoi on ne l'a pas… on est dans une période un peu charnière, à un an d'une élection municipale… c'est difficile de renouveler une instance à un an des élections…" (à ma connaissance, il n'est plus réuni ou presque, alors…). "Finalement, il va y avoir des élections, je le dis publiquement, ça ne se fait pas en catimini, le Conseil des Sages sera renouvelé".

"Si je peux titiller Xavier Péricat, j'ai l'habitude, les dotations de l'État ont fait mieux que ne pas baisser : elles ont augmenté."

Xavier Péricat : "moi, j'ai noté ; au Parti socialiste, vous êtes formatés, 'baisse des dépenses de fonctionnement = baisse des services publics', ce n'est pas le cas, j'en veux pour preuve que les dépenses de personnel augmentent" (sic).

"L'éclairage LED a permis de réelles économies sur nos dépenses de fluides ; nous avons renouvelé les balayeuses ou les laveuses que nous avions trouvé, à l'Agglomération, louées à prix d'or".

"Enfin, concernant le tableau des effectifs, entre les emplois budgétaires et ceux effectivement financés, il y a une différence" (dont l'ampleur est regrettable, justement).

Xavier Péricat revient enfin à la situation de 2013-2014 et à l'endettement de 305 millions d'euros "au 7 avril 2014".

"Sur les créances irrecouvrables : il n'y a eu aucun € d'inscrit dans les budgets de 2008 à 2014 pour les apurer. On ne le fait sans doute pas assez, mais on le fait à mesure que le trésorier municipal nous communique ces créances."

Le compte administratif est mis aux voix, le Maire étant sorti de la salle, à cet effet. "Les oppositions dans leur ensemble" votent contre.

3. Affectation du résultat 2018

Les budgets des collectivités sont annuels, un peu comme si les années étaient indépendantes entre elles ; il faut un vote spécial pour reporter le solde des comptes 2018 sur le budget 2019 : une partie pour payer les investissements (jusqu'à hauteur du montant prévu d'investissements, dispensant donc de lever de nouveaux emprunts), le reste est "conservé en fonctionnement".

Les oppositions votent contre, à mon exception (je m'abstiens).

Fabien Bénédic en profite pour "éclairer la lanterne de M. Métézeau" au sujet de la "masse salariale : ce que nous dénonçons, c'est l'incohérence entre vos actes et vos discours."

Fabien Bénédic insiste sur le choix qu'a fait librement la municipalité actuelle de dissoudre l'Agglomération donc d'en cumuler "la dette et la masse RH."

"Ce qu'on regrette sur Simone Veil, ce n'est pas que vous ayez construit une école, c'est qu'elle coûte très cher tout en suivant des techniques que vous qualifiiez, pendant le mandat précédent, de 'low cost' !"

Georges Mothron propose à Fabien Bénédic et Philippe Métézeau d'en reparler "dans les antichambres du Conseil départemental" où ils siègent tous deux.

4. Bilan des cessions et acquisitions de 2018

Le Conseil en prend acte ; comme je l'ai indiqué plus haut, il y a peu d'opérations, sinon l'achat puis portage par l'EPFIF du terrain Yoplait.

5. Classement comptable des produits irrecouvrables

Pour un peu plus de 100000 €, pour moitié des "loyers de sociétés", sans doute des commerces en difficulté… la liste est anonyme.

Franck Debeaud et moi-même nous abstenons (moi parce que je voudrais que l'on discute des moyens d'éviter ces impayés) ; les deux groupes principaux votent pour.

La suite .

Notes

[1] Et il ne l'a pas été.

[2] Le fil de cette intervention est constitué par le texte d'Argenteuil en commun que j'avais cosigné. Plusieurs phrases dont celle-ci en sont tirées.

mardi 26 mars 2019

Contributions aux enquêtes publiques sur Jean Vilar

par Frédéric Lefebvre-Naré

La date limite approche… j'ai envoyé ce matin les contributions suivantes.

Enquête publique sur le déclassement du parking

Je suis personnellement opposé à la vente (donc au déclassement) de cette partie centrale de l’île d’Argenteuil : ce site précieux aux plans patrimonial, paysager, urbain, doit selon moi rester entièrement propriété publique de façon à en permettre un aménagement cohérent et harmonieux, non seulement dans les mois et années qui viennent, mais à long terme.

Il serait irrémédiablement dommageable de vendre la partie centrale au privé, pour un projet immobilier lourd qui condamnerait plusieurs circulations : parallèle à la Seine au milieu de l’île, actuellement coupée au Nord-Est par le pont, mais facile à restaurer ; et de la Ville à la Seine, actuellement coupée au Sud-Est par la 4 voies, mais que toutes les programmations urbaines prévoyaient de restaurer.

Je rejoins entièrement les arguments présentés à ce sujet par Dominique Mariette.

Par ailleurs, d’éventuelles interventions d’acteurs privés sur le site (gestion du parking comme actuellement par Indigo, gestion occasionnelle ou durable de la salle des fêtes, voire concession, etc.) sont possibles, si la Municipalité en décide ainsi, sans vente du foncier.

J'ajoute des éléments de réflexion touchant à la vente au privé de la partie centrale de l’île Héloïse pour un projet immobilier, compte tenu du contenu spécifique de ce projet déposé par l’acheteur Fiminco. Ces éléments figuraient en substance dans notre recours, déposé avec Marie-José Cayzac, contre le Protocole entre la Ville et Fiminco ; recours qui est toujours à l’instruction au Tribunal Administratif de Pontoise. Ils comprennent trois points, illustrés par quelques déclarations de la Municipalité illustrant ses objectifs sur ce projet :

  1. Le Conseil Municipal n'a voté le principe du déclassement (initiant l’enquête publique) que pour une « programmation à dominante de loisirs »
  2. Si la Ville souhaite lancer un programme du type de celui prévu sur le site, elle peut et doit le faire comme opération d’aménagement, donnant lieu à consultation (appel d'offres).
  3. L’opération prévue par la Ville coûte aux contribuables. Son financement n’est pas purement privé.

Enquête publique environnementale sur le projet déposé par Fiminco

Comme, je pense, la très grande majorité des Argenteuillais, et en tout cas les 8000 pétitionnaires, je suis tout à fait opposé au projet tel qu’il est présenté par Fiminco, pour les raisons suivantes, que je formule ici à titre personnel :

— Le projet est peu utile :

  • Composante logements :

1. La croissance démographique d’Argenteuil est si rapide que la Ville réalise depuis des années la quasi-totalité des créations de classes du Val d’Oise, alors que Paris ou d’autres villes en ferment ! La priorité d’aménagement régionale devrait être de rééquilibrer la croissance.
2. Si cependant il est jugé utile (comme par le SDRIF) de densifier certains quartiers, notamment proches des gares, cela ne peut s’appliquer à cet espace vert en bord de fleuve, qui serait d’autant plus précieux en cas de densification du centre ville voisin.
3. La construction dans l’ancien bras de Seine est vouée à engendrer des surcoûts et des risques qui ne se produiraient pas sur de nombreux autres sites disponibles ou densifiables à Argenteuil.

  • Composante commerciale :

4. La viabilité du type de centre proposé par Fiminco (de taille moyenne, sans grandes enseignes spécialisées) est très discutable : c’est le pari déjà fait avec Côté Seine et qui s’est avéré coûteux.
5. Même si un centre de ce type était pertinent dans l’absolu, il ne peut l’être à 450 mètres de l’unique autre centre similaire à des kms à la ronde. Ce doublon assure que l’un au moins des deux centres deviendra rapidement une carcasse vide voire squattée.

  • Multiplexe :

6. L’offre de fauteuils est déjà assez élevée à Argenteuil, avec des salles récentes. La priorité de la Ville devrait être de développer l’utilisation de cet investissement déjà fait.
7. S’il y a un potentiel commercial pour un nouveau cinéma privé à Argenteuil, il sera manifestement plus élevé à portée de marche des quartiers les plus denses (Val d’Argent) ou aux gares (Val d’Argenteuil ou Argenteuil centre) ; une fois la voiture prise, les autres multiplexes sont à quelques minutes de route.
8. Un ensemble de salles obscures est très difficile à inscrire dans le paysage urbain. Les multiplexes sont habituellement « cachés » en zones industrielles ou commerciales, ou, en ville, à l’intérieur de pâtés de maisons. La construction proposée est, d’un avis très général dont le mien, inacceptable en termes paysagers.
9. Un multiplexe est une activité à très faible nombre d’emplois et valeur économique (sans doute moins de 10 emplois pour celui proposé). C’est pourquoi on les implante habituellement sur des terrains de faible valeur, alors qu’on lui dédierait ici un des sites les plus centraux d’Argenteuil.

  • Salle de spectacles :

10. La spécificité de la salle Jean Vilar, son format de salle des fêtes (de halle), ouverte sur l’extérieur, rend son utilisation très fréquente dans une diversité de configurations et pour une diversité de types d’événements. Beaucoup d’entre eux sont sociaux, politiques, associatifs, communautaires. La privatisation de la salle, l’exigence de rentabilité qui s’imposera structurellement, et les contraintes imposées par l’ensemble du bâti projeté autour de la salle, risquent de dissuader ou empêcher beaucoup de ces usages.
11. Rénover ou reconstruire, sur le site, une salle ayant des fonctionnalités similaires à celle actuelle et/ou celle projetée, est un projet tout à fait dans les moyens de la Ville (de l’ordre de 7 M€, soit à 4% de taux d’actualisation, environ 2,50 € par Argenteuillais et par an ; ou encore la moitié du coût d’une école). Le projet légitime de moderniser Jean Vilar ne justifie donc en rien l’ensemble du projet immobilier, et la privatisation.

— Le projet est destructeur :

12. Il oblitère (de façon revendiquée !) le paysage de l’entrée de ville, fige la coupure avec la Seine par la 4-voies, et condamne ainsi les perspectives d’aménagement cohérent et harmonieux du site de l’île d’Argenteuil ;

13. Il fait risquer des désordres sur les 8 à 10 premiers mètres de sol, sur une zone particulièrement fragile en termes de circulation des nappes, comme le montre l’évacuation toute récente d'un bâtiment voisin. Ceci à la fois lors des travaux, lors de la vie ultérieure des équipements, et après la fin de vie des bâtiments, les infrastructures en sous-sol (pieux) état évidemment toujours là.

14. Ces dommages et risques, qui pourraient être ailleurs acceptés pour des aménagements de haute valeur, sont aberrants sur un site en bordure du fleuve, qui plus est en entrée de ville, alors que la politique d’urbanisme des 30 dernières années est de les « renaturer », de créer des liaisons douces entre villes et fleuves, comme à Paris (en bord de Seine ou à la Villette), Lyon, Nantes, Nancy, dans des villes plus petites comme Châtellerault, dans toutes les villes voisines comme Aubervilliers et Saint-Denis, Epinay-sur-Seine, Rueil, Bezons, Colombes, Nanterre, Carrières-sur-Seine, Chatou…

Je suis donc entièrement favorable à un projet alternatif, similaire à ce qui se fait ailleurs, cohérent avec le SDRIF, le SRCE, le PADD et la demande massive des Argenteuillais.

Deux documents complémentaires :

— Relevé d’un certain nombre d’erreurs ou affirmations très tendancieuses figurant dans le résumé non technique du projet (pièce B), et qui me semblent en affecter les conclusions.

— Éléments de réflexion touchant principalement à la cohérence entre ce projet et les différentes programmations ou dispositions réglementaires. Ces éléments figuraient en substance dans notre recours, déposé avec Marie-José Cayzac, contre la modification du PLU qui permet ce projet. Les différents points traités :

  • A. Le Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) d’Argenteuil prévoit une évolution du site dans la continuité de sa vocation historique et actuelle, non un bétonnage
  • B. Les Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP) d’Argenteuil confirment le rôle de transition entre le fleuve et le cœur de ville, que l’ancienne île devrait jouer.
  • C. Le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF) repère cette partie de l’île comme espace non urbanisé et espace vert, par opposition aux îlots proches qu’il repère comme « à densifier »
  • D. Le projet s’écarte des priorités du Plan Climat de la ville d’Argenteuil
  • E. Les réponses à l’enquête publique sur la modification du PLU ont soulevé plusieurs points auxquels le projet ne répond pas (E1. La hauteur exceptionnelle de ce projet (44,20 m) reste injustifiée ; E2. Le projet nous semble pouvoir constituer un Immeuble de grande hauteur (IGH), dont les conditions de sécurité ne seraient pas remplies ; E3. Le sacrifice de l’ensemble des espaces verts actuels n’est pas justifié ; E4. La contre-proposition d’EELV sur la circulation piétonne, proposant une traversée vers la Seine, est restée sans réponse ; E5. Les observations sur la concurrence avec l’offre commerciale de centre ville sont restées sans réponse factuelle ; E6. L’objectif invoqué de « densification » ne tient pas la route sur ce site).
  • F. Le stationnement prévu pourrait être insuffisant.

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