Blog d'Engagés pour Argenteuil

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mardi 27 mars 2018

Conseil Municipal live-bloggé, 27 mars 2018

Après l'appel (la majorité a tout juste le quorum : 28 présents), le Maire invite le Conseil Municipal à une minute de silence à la mémoire des "victimes civiles et militaires… du monstre qui jette sur la vindicte sur les religions, et sur une religion en particulier".

Il évoque "notre ville et les évolutions positives qu'elle connaît. Nous avons fait le choix fondateur de rejoindre la Métropole du Grand Paris. Le projet 'Argenteuil littoral' va permettre la résurrection du quartier de la gare. La MGP a lancée un 2ème appel à projets et a retenu notre candidature sur le site Yoplait. Je suis sûr qu'il attirera des projets prometteurs. Nous avons bien fait de le racheter pour éviter que ne s'y implante une base logistique du n°1 américain du e-commerce."

CM_27mars2018.jpg

"Le bus en site propre qui arrivera sur les bords de Seine permettra en outre une réhabilitation des rues Henri Barbusse et Michel Carré."

"Nous serons aussi candidats à l'appel à projets 'centres-villes vivants' de la Métropole.

Nous travaillons aussi au futur pôle Héloïse. L'avancée du projet nous conduit à suspendre la salle Jean Vilar actuelle. Nous tenons l'engagement envers les associations de proposer une nouvelle salle, à bien des égards plus fonctionnelle que Jean Vilar. Nouvel équipement dont le coût total ne dépasse pas 1,6 million d'euros. Il faudra que les opposants nous expliquent comment ils mèneraient une rénovation sans proposer un équipement provisoire[1]. La salle est prête et les associations pourront la découvrir début mai."

"L'État, en réduisant la DGF, nous prive du financement de 3 groupes scolaires, tandis qu'il nous demande d'ouvrir 71 classes, c'est-à-dire l'équivalent de 4 groupes scolaires ; dont 61 pour dédoubler les classes de CP."

"Ce cas d'école, sans jeu de mots, illustre l'enjeu vital du redressement financier de la ville, dont ce Conseil donnera le témoignage (points 3 et 4)."

"L'opposition donnera des leçons de gestion, nous continuerons à travailler au service des Argenteuillaises et Argenteuillais. Pour ouvrir l'équivalent de 4 groupes scolaires en 1 an."

Le PV du Conseil municipal de janvier est approuvé sans remarque particulière. (Il est très fidèle, de même que le précédent).

Philippe Doucet rappelle que le Maire avait annoncé lors de ce Conseil une réunion publique sur Jean Vilar pour "fin mars", et "on ne voit rien venir". Le Maire répond avoir parlé du "premier semestre, sauf erreur de ma part". Il y a erreur ;-) (vérification faite, par écrit en tout cas, c'était bien 'premier semestre'. En revanche on attend toujours l'enquête publique annoncée en mars 2016 sur le déclassement de la salle et du parking.)

… et cette réunion aurait lieu "fin avril".

1. Soutien au projet de bus en site propre "Bus entre Seine"

Gilles Savry présente les deux lignes du projet, au départ de Pont de Bezons, l'une vers "Tablapizza" (rond-point des Martyrs de Châteaubriant) puis le centre commercial de Cormeilles ; l'autre vers la gare d'Argenteuil par la rue Michel Carré et le boulevard Léon Feix. En 2025 au mieux.

Je regrette que la ligne prévue sur la N192 bifurque vers Cormeilles et non vers le Val d'Argenteuil, projet pourtant porté par la Ville d'Argenteuil depuis au moins une trentaine d'années (sous forme de tramway). Cependant "un tien vaut mieux que deux tu l'auras" (peut-être) et je vote donc pour.

Franck Debeaud regrette un recul : il rappelle que le SDRIF, en 2008, prévoyait la prolongation du tramway T2 jusqu'au rond-point des Martyrs de Châteaubriant puis Sartrouville ; projet préparé par la préemption des terrains. "Certes, nous ne souhaitons pas attendre 20 ans… mais le tramway devrait être poussé en priorité. Je m'abstiendrai."

Marie-José Cayzac s'abstient pour la même raison.

2. Réaffectation d'1 M€ de budget d'investissement, à la voirie ou plus exactement à l'achat de matériels de voirie. Justifié par les intempéries, dit le Maire : "les barrières de dégel n'existent plus".

En Commission, nous avons remarqué qu'il n'y a pas grand lien entre nids de poule et achat de balayeuses…

Le Maire veut que "dans les deux mois qui viennent, nous ayons retrouvé un état des rues satisfaisant."

Encore moins compréhensible ! Comment les nouveaux matériels à acheter auraient-ils réalisé tout cela en 2 mois ?

Le groupe d'opposition TFdEA et moi-même ne prenons pas part au vote.

3. Comptes 2017 du Trésorier municipal

C'est l'équivalent du relevé bancaire de la ville, tenu par le Trésor Public ; en plus détaillé qu'un relevé bancaire ordinaire ;-)

Nous l'approuvons rituellement, faisant confiance au receveur pour que ce compte reflète bien l'état de notre trésorerie. Unanimité.

4. Comptes 2017 de la Ville

Ce qu'on appelle "compte administratif" : la "photographie de l'état des finances au 31 décembre 2017", et le bilan des différents types de recettes et dépenses. Ce compte se compare au budget voté en début d'année.

Xavier Péricat, adjoint aux Finances, note que la "dotation globale de fonctionnement" donnée par l'État a baissé, mais que les recettes d'impôt sont plus élevées que prévu "grâce à une bonne dynamique des bases fiscales" (tautologie).

Xavier Péricat parle d'un "retour de l'investissement, avec 37 millions de dépenses d'équipement." Il y inclut "comme grandes priorités les écoles, la voirie…", alors qu'il n'y a pas eu de nouvelle école : ces "investissements" comprennent sans doute une majorité de travaux de réhabilitation et remise en état de locaux vieillissants.

Le "résultat de fonctionnement est record, 45 millions d'euros", permettant de "financer sur fonds propres une large part de nos investissements".

"La masse salariale est maîtrisée et stabilisée, un an après l'intégration des personnels venus de l'Agglomération".

(J'avais posé en commission hier, par oral et surtout écrit, 25 questions sur ces comptes et sur le budget ; l'une d'entre elles avait eu une réponse. Jusqu'ici, pas les autres. — mise à jour : Mme Ayache, Directrice Générale des Services, m'a remis une note de réponses écrites juste après le vote de ce compte administratif.)

Xavier Péricat souligne l'apurement de créances irrécouvrables, "conforme aux préconisations de la Chambre régionale des Comptes" (en réalité minimes par rapport à ces préconisations).

"Les dépenses d'équipement, hors projets ANRU, recommencent à progresser : 25 M€".

"L'épargne brute" (excédent de fonctionnement) "est de 33 M€, niveau jamais atteint depuis 10 ans", soit 1/12ème de la dette : cela se reformule comme "la capacité de désendettement est de 12 ans", dans l'hypothèse (absurde) que toutes les années se ressemblent. Xavier Péricat revient comme chaque fois sur le cas de 2013, année d'investissements très lourds, où cette durée était de "146 ans".

Xavier Péricat ressort aussi comme chaque fois l'indicateur sans signification qu'est "l'épargne nette".

Pour la première année, l'excédent de fonctionnement "couvre la totalité du déficit d'investissement".

Nicolas Bougeard (PS) répond "Tres repetita", que les non-latinistes l'excusent : les répétitions de Xavier Péricat "en deviennent affligeantes. Nous répéterons encore et encore la réalité des choses. Les faits sont têtus."

"Vous avez voulu quitter l'agglomération, erreur stratégique, et rejoindre un EPT qui ne fonctionne pas. La dette dépasse 400 M€ à la fin de cette année selon le budget 2018."

"Je ne m'attarderai pas sur les emprunts toxiques, conséquences de la gestion hasardeuse de votre premier mandat. Tout de même, j'ai noté hier soir la signature des renégociations au 1er mars 2018. Nous attendons avec impatience dans les prochaines décisions du maire, le coût de cette renégociation."

"Nous devons des comptes à nos concitoyens. Ce compte est l'heure de vérité : 30 millions d'investissements non-réalisés" (record depuis le début du mandat), "recettes d'Etat et fiscales volontairement sous-estimées".

"Promesses fiscales non tenues, absence de projets pour les jeunes ou seniors, mise au pas des associations… Nous ne nous résignerons pas, et ne voterons pas ce compte administratif, témoin implacable de votre manque de vision".

Je fais l'intervention prévue ici.

Georges Mothron qualifie de "minable" ma référence au drame du "Berkane".

Philippe Métézeau "s'attendait à autre chose ce soir : les Argenteuillais veulent y voir clair. Les faits sont têtus."

"C'est dur à entendre que nous n'ayons pas de projet. Je vais vous dire pourquoi vous n'en avez pas entendu parler jusqu'à maintenant. On entre dans une période où enfin, un certain nombre de projets vont pouvoir sortir ; ce n'est pas faute de les avoir imaginés."

"La préoccupation numéro 1 de la Jeunesse, c'est l'emploi, la Mission Emploi est une réussite par rapport aux résultats qu'elle obtient."

Nicolas Bougeard : "et votre promesse de 10000 emplois ?"

Philippe Métézeau : "sur les seniors, interrogez les représentants de votre groupe au CCAS, nous avons des projets, et nous les réalisons dès 2017".

"Les taux d'imposition, c'est vrai que nous n'avons pas pu les baisser dès la première année comme nous l'avons prévu ; vous savez pourquoi. Allons-nous maintenant baisser la taxe d'habitation alors que l'Etat en prend une part en charge ? Ce serait une grosse bêtise de lui faire ce cadeau."

Et la taxe foncière alors ? remarque Marie-José Cayzac.

Philippe Métézeau : "sur le personnel, si nous embauchons des gens, c'est la preuve qu'Argenteuil repart de l'avant. Ça vous gêne que la situation s'améliore ? Vous trouvez que ce n'est pas normal ? Tournez-vous vers l'avenir, discutons de projets."

(L'opposition fait souvent du bruit quand une personne de la majorité s'exprime ; l'inverse est bien plus rare. Pourquoi ? Simplement parce que le Maire ne redonne jamais la parole à l'opposition pour répondre à ce que la majorité lui dit ; alors qu'il donne toujours, à ma connaissance, la parole aux personnes de la majorité qui la demandent[2]. Donc, il leur suffit de patienter).

Xavier Péricat estime, rituellement, que Nicolas Bougeard est dans le "déni de réalité" et "s'accroche au mirage d'une agglomération, dont la dotation globale de fonctionnement aurait de nouveau disparu" (mais en 2014 son argument, et celui du Maire, était l'inverse : que nous allions garder cette dotation de 4 millions, grâce au Territoire T5 du Grand Paris.)

"Que certaines compétences aient été récupérées, et qu'Argenteuil soit la seule ville du T5 venue d'une agglomération, a permis de récupérer in extremis une partie de cette DGF." (une petite partie, c'est ce qu'il ne dit pas ;) ).

Xavier Péricat : "on nous parle de budget insincère, alors que là on parle du compte administratif, et s'il était insincère, il serait différent du compte de gestion." (et c'est pourquoi Nicolas Bougeard parlait bien du budget et non du compte administratif).

Xavier Péricat enchaîne avec un exposé sur la structure de la dette… qui répond totalement à côté, notamment sur le "taux moyen" de la dette… hors pénalités de renégociation !

92% de l'encours est constitué d'emprunts non structurés. Et 8% d'emprunts "tout à fait raisonnables". Xavier Péricat estime que je donne de la ville "une image misérabiliste qui ne correspond plus à la réalité".

Georges Mothron : "l'histoire de l'hôtel est minable. Et quand on dit" (comme je le fais) "qu'Argenteuil a loupé un train avec l'opération 'Coeur de ville'… ce dispositif n'était pas accessible aux villes faisant partie de métropoles. (Bon ! Je n'ai pas lu ça dans les documents officiels). Mais nous allons candidater à l'opération similaire de la Métropole du Grand Paris."

Vérification faite, la circulaire du Ministre dit plus précisément que le programme est destiné aux 'villes moyennes… entre les communes rurales et les grandes agglomérations et métropoles', et que leurs 'enjeux' sont 'distincts de ceux des bourgs et des grandes villes' ; puis, que le programme s'adresse 'en priorité à des villes 'pôles d'attractivité' hors périmètres des métropoles'. Il me semble tout de même que le cas d'Argenteuil était plaidable ;-) : s'il n'y a pas 'priorité' il peut y avoir exception légitime. Bien sûr, si la MGP avait un programme de la même ampleur et qu'Argenteuil est retenue, j'en serais enchanté… mais là, il ne s'agit que de 5 millions, sur la première année, 2018, pour la totalité de la métropole :-(

François Poletti répond au sujet de l'hôtel Berkane que "entre 2014 et fin 2017, nous sommes passés de 10 à 0 hôtel en avis de sécurité défavorable. L'hôtel 'Berkane' était aux normes depuis 2015".

5. Affectation du résultat

Le groupe TFdEA vote contre, comme sur le compte administratif (de façon cohérente) ; je vote pour, estimant que le désaccord avec le bilan de l'action de la municipalité n'empêche pas d'approuver l'opération (essentiellement formelle) d'affectation du résultat.

6. Bilan des cessions et acquisitions

Je fais l'intervention suivante :

"Après votre arrivée, vous avez annoncé un 'plan de redressement' pour faire face à la situation financière difficile de la ville. La seule composante de ce plan qui ne réduisait pas le service rendu aux Argenteuillais, c’était de réaliser, en 3 ans, 20 millions d'euros de cessions immobilières (CM du 17 septembre 2014). Vous vous amusez à réécrire l'histoire en écrivant maintenant « 10 millions » ; c'est sûr qu’en divisant rétroactivement l’objectif par 2, il est plus facile à tenir.

Concernant les cessions immobilières, les trois années sont passées, nous pouvons donc faire le bilan. En comptant généreusement, de votre arrivée jusqu'à fin décembre 2007, c'est-à-dire, en 3 ans et 9 mois, ce sont 4,4 millions de cessions nettes que vous avez réalisées ; soit 9,5 millions d'acquisitions et 13,9 millions de ventes : le bilan est à peine positif.

Autrement dit, tout le poids de ce 'redressement' a été porté par les agents municipaux, et par les Argenteuillais à travers la détérioration des services publics.

Et le vrai bilan, pour le patrimoine des Argenteuillais, est bien pire : vous avez multiplié les cadeaux aux promoteurs et aux marchands de biens. Vous avez vendu le terrain rue de Somme Py / rue des Pâquerettes au prix magique de 288 € le mètre carré ; puis vous avez fait voter la cession du terrain de l'ancienne école Notre-Dame au même marchand de biens à prix magique divisé par 2, soit 144 € le mètre carré. Vous avez vendu à Nexity le 63 rue de Vaucelle à 180 € le mètre carré, et les terrains rue de Bavard à 155 € le mètre carré. Vous avez vendu à Burger King boulevard Jean Allemane au prix presque symbolique de 68 € le mètre carré.

Dans le sens inverse, vous avez acheté le 86 rue Michel Carré à 1532 € du mètre carré ; et plus subtil, vous avez acheté le 84 rue Michel Carré au prix un peu plus raisonnable de 910 € le mètre carré, en expliquant que, heureusement, les acheteurs nous arrangeaient en rachetant dans la même opération le 50 rue Michel Carré et le 148quinquies rue de la République, qui nous étaient restés sur les bras. Et qu'est-ce qui se passe ? Délibération 18 aujourd'hui, ils renoncent.

Ce que nous avons perdu sur ces différentes affaires doit approcher de 5 millions d'euros. Non pas par rapport au prix maximal que vous auriez pu obtenir en densifiant au maximum, mais nous savons tous que vous combattez la densification (non, je blague). Je parle de pas loin de 5 millions perdus par rapport à des projets de même nature, au prix du marché. C'est une perte sévère pour les Argenteuillais et je prendrai donc acte de ce bilan avec tristesse."

Gilles Savry me répond que j'ai oublié le coût de la viabilisation (mais non), que je confonds les terrains rue de Bavard (mais non), que me suis trompé sur la TVA (peut-être ! à vérifier), et qu'encore faut-il trouver des acheteurs (ça c'est vrai ! mais c'est la vraie question : comment faire venir des promoteurs aux prix du marché ?). Et "on vend systématiquement, au moins, au prix de France Domaine. Dire qu'on brade, c'est faire injure aux services de l'Etat. Les terrains sont vendus au bon prix. Notre engagement est de ne pas densifier la ville."

Sauf bien sûr sur l'île Héloïse !!!

7. Parking Côté Seine

Nouvelle convention avec Géant et avec le promoteur commercial de Côté Seine (Wereldhave).

Elle maintient la durée de gratuité appliquée en pratique — 2 heures 30 — et augmente les reversements des promoteurs à la Ville, propriétaire du parking.

Le groupe TFdEA s'abstient (par prudence, je pense, vu les opérations foireuses successives de l'équipe actuelle sur les parkings) ; la convention me semble cependant correcte et je vote pour.

8. Parking de la gare du Val côté Sud : "Montesquieu"

690 places dont 6 pour véhicules électriques.

Xavier Péricat : "Nous avons tout fait pour conserver ce parking dans le champ des financements ANRU" (malgré les retards sur la réalisation). "Nous avons prévu 1 heure de gratuité, et un tarif réduit à 2 € pour les usagers de la patinoire ; et un tarif vélo à 20€/an, identique au prix des consignes Véligo en gare".

J'interviens pour souligner que, malgré la qualité des réalisation et la modestie des prix, le stationnement reste anarchique au Val Nord, avec de nmbreux problèmes : voiture pompiers empêchant de passer, plots exposés si bien que l'accès à la dalle n'est plus protégé

Franck Debeaud reprend l'article du Parisien du 19 mars dernier "Parkings recherchent abonnés désespérément", soulignant le "stationnement anarchique". "Cette délibération ne tient pas compte de la réalité de terrain. Nous devons chercher des solutions.

Georges Mothron répond que "80% des parkings rénovés du Val Nord sont occupés". Point important mais, au fond, encore plus inquiétant, car cela ne semble pas avoir réduit le nombre de voitures en stationnement anarchique !

Là encore, groupe TFdEA s'abstient et je vote pour.

9. RIFSEEP : régime indemnitaire des agents territoriaux.

Georges Mothron : "j'avais dit au dernier Comité Technique que je pourrais réviser le dispositif courant 2018… Nous allons réintégrer les congés maternité et paternité" (dans le temps de présence, pour le calcul de la prime d'assiduité).

Philippe Doucet : "il y a deux sujets : le sujet de fond du présentéisme, et la légalité. Vous avez rappelé" (en introduction au sujet des ouvertures de classe — je crois) "que le Maire d'Argenteuil doit respecter la loi. Mais la loi vous interdit de compter les congés maternité en absences. La sous-préfète a été bien aimable de vous envoyer un recours gracieux au lieu d'aller au tribunal administratif directement. Mais vous vous obstinez. Etre en grève est un droit constitutionnel, être malade est un droit aussi. Vous perdrez, la loi s'applique à tous."

Franck Debeaud se réjouit que la parentalité soit maintenant autorisée.

J'explique au Maire que, si son précédent dispositif était impossible pour la Fonction Publique Territoriale selon un jugement de la Cour Administrative d'Appel de Marseille, 2003 — rappelé à la commune d'Armentières par la Chambre régionale des Comptes, mais qu'après tout, le Conseil d'Etat pourrait inverser… son nouveau dispositif, lui, est impossible de façon encore plus générale et définitive, de par une décision de la Cour de Cassation, 1990. "L'absentéisme est un problème grave : travaillons sur la motivation, sur le contrôle s'il le faut, mais ne perdons pas notre temps dans un processus dont l'échec est assuré."

Georges Mothron espère que la réforme à venir de la fonction publique permette de "prendre en compte les choses telles qu'Argenteuil les prend en compte". Ce qui est hors sujet : la décision de la Cour de Cassation s'applique à tous les salariés et tous les employeurs.

10. Nouveaux tarifs des centres de loisirs, réduits parce que les durées d'accueil diminuent aussi, avec le retour à la semaine de 4 jours dans les écoles.

Pour Fabien Bénédic (PS, groupe TFdEA), la Municipalité revient au système en place pendant le mandat précédent. Fabien Bénédic regrette que la Ville perde les 1,2 M€ d'aide d'État à la semaine de 4 jours 1/2.

Fabien Bénédic regrette cependant ce qui lui semble être des coquilles dans les "coûts non subventionnés" différents pour le mercredi et les vacances (15 € vs. 20 €). Le groupe TFdEA continue à trouver les tarifs trop élevés, même réduits proportionnellement au temps passé. Ce sont des "tarifs-impôts, nous avons installé le terme", dit Fabien Bénédic, nous ne sommes pas en phase avec ces tarifs extrêmement élevés. Fabien Bénédic estime qu'au moins 1000 enfants ont déserté les cantines, par rapport à la fréquentation antérieure, en proportion des effectifs scolaires.

Fabien Bénédic regarde la tarification des nouvelles prestations : "les familles dans les tranches A et C vont payer la demi-journée de centres de loisirs plus cher qu'elles ne payaient en 2013 pour une journée complète".

"Si votre intention était louable, vos tarifs ne sont pas du tout adaptés".

Le groupe TFdEA dont moi-même avions voté contre les précédentes augmentations (dernière version le 28 juin 2016) et votons donc contre ces tarifs maintenus.

Fatiha Bacha répond qu'en 2014, "nous avons dû mettre en place le mercredi matin en urgence sans aucune préparation de votre part" — Fabien Bénédic conteste vivement. "Nous continuerons à mettre en place les activités sur le temps du midi."

Pour les 15 et 20€, "il faudrait peut-être lire correctement". Fabien Bénédic est sûr d'avoir bien lu ;-)

Philippe Vasseur estime que l'intervention de Fabien Bénédic est un "copié-collé" de celle faite lors de l'augmentation des tarifs. "Vous pensez que la baisse de participation vient de la hausse des tarifs. Moi je pense qu'elle vient de ce que, avec ce qu'on a mis en place, les gens doivent payer. Voilà."

11. Obligation vaccinale pour les structures petite enfance

Le règlement est modifié pour imposer les 11 vaccins avant toute admission en crèche.

Franck Debeaud répond que Mme Buzyn a été financée par de nombreux laboratoires, et que "ces conflits d'intérêt ne peuvent qu'entacher la décision de rendre obligatoires ces 11 vaccins. L'Allemagne et la Grande-Bretagne n'ont pas d'obligation vaccinale, et il n'y a pas plus d'épidémies là-bas." Il votera cependant contre, parce que c'est la loi.

Sans rejoindre tout à fait les arguments de Franck Debeaud, je pense que le législateur a pris une mauvaise option en interdisant l'accès aux structures "petite enfance" aux enfants dont les parents auraient refusé de faire certaines de ces vaccinations supplémentaires. Cependant je m'abstiendrai pour ne pas faire obstacle à la loi.

Philippe Métézeau défend l'intérêt de la vaccination, "pour que les oppositions ne soient pas seules au compte-rendu".

12. "Bail à construction" permettant à l'APAJH 95 de reconstruire l'Institut Médico-Éducatif de la rue des Pieux, notamment pour accueillir désormais, parmi ses 60 utilisateurs, une vingtaine d'enfants autistes.

Unanimité.

13. Convention avec Autolib' et Vélib'

Création de 3 stations Vélib' :

  • à la gare ;
  • 33 rue Pierre Joly face à la Mairie ;
  • et sur la placette Grégoire-Collas proche de la Cave et du Figuier Blanc.

Unanimité.

En commission, j'avais bien noté que la couverture Vélib' se déploie "en tache d'huile" ce qui ne permet pas d'équiper dès aujourd'hui la gare du Val ; en revanche, une station aurait été bienvenue côté argenteuillais du pont de Colombes, vers la place du 11-novembre ou la "Ferme du Spahi".

Le Maire ajoute que Vélib' permettra à Argenteuil de gagner des places au classement des villes cyclables.

14. Mise à disposition des données cartographiques à LKSpatialist

La Ville fournit à cette société les données numérisées du Plan Local d'Urbanisme. Elle est chargée de consolider les données foncières des différentes villes du Grand Paris.

Franck Debeaud : "comme je l'ai exprimé hier en commission, ce principe ne me paraît pas juste, puisque la société impose des formats spécifiques, impose à la Ville des délais d'un mois maximum… un coût humain qu'il me paraîtrait normal de facturer". Il s'abstient.

Ayant bien souligné en commission que les conditions d'accès doivent être égales pour toutes sociétés, ce qui m'a été assuré, je vote pour.

15. Partage de données géographiques entre Ville et Azur

Unanimité.

16. Récupération de parcelles de la rue de Bavard à Nexity pour la voirie, à l'€ symbolique.

Apparemment c'est la Ville qui devra faire ces travaux de voirie, alors que Nexity a eu le terrain très bon marché. Abstention, avec le groupe TFdEA.

17. Cession d'un petit pavillon en copriété 159 rue d'Epinay

Bien à l'abandon, "vacant et sans maître", depuis 1972, qui est tombé dans les biens de la Ville, qui la revend au riverain, intéressé depuis plus d'une dizaine d'années :-)

Unanimité.

18. Abrogation de la cession du 50 rue Michel Carré et du 148q rue de la République, à laquelle l'acheteur a renoncé. Unanimité un peu forcée (nous ne sommes pas très heureux que la ville récupère ces biens difficiles).

19. Nombre de représentants au comité technique : il serait maintenu à 15 représentants du personnel (face à 8 de la Ville), "après consultation des organisations syndicales".

Philippe Doucet répond que selon l'intersyndicale, "ce point a été retiré du comité technique du 12 mars, et ne peut donc pas passer au Conseil Municipal. Ce point doit donc passer au prochain conseil".

Georges Mothron répond que "ce point n'a pas à passer en CT".

Je m'abstiens en laissant à la Ville la responsabilité de ce point juridique : les syndicats sont d'accord avec le nombre de 15 à ma connaissance.

20. Financements Politique de la Ville

Nadir Slifi insiste sur le fait que les actions "répondent bien aux axes stratégiques du contrat de Ville". "On partait de loin ; depuis 2 ans, la politique de la Ville est" (mieux, je ne sais pas trop pourquoi).

En Commission, j'ai insisté une fois de plus sur le manque de visibilité : les associations sont financées à de multiples guichets, doivent faire une nuée de comptes-rendus, mais savons-nous pour autant ce qu'elles réussissent à changer dans la situation des jeunes, des personnes sans emploi, etc. ?

M. Slifi m'a remis, à ce Conseil, copie d'une présentation au comité de pilotage de la politique de la Ville, dont je prendrai connaissance avec intérêt.

Unanimité.

21. Financement par le Fonds Social Européen

En gros, le FSE finance un gros mi-temps au service emploi avec pour mission de "coordonner et développer le dispositif des clauses sociales"…

Unanimité.

22. Adhésion à l'association Alliance Villes Emplois

… qui regroupe les PLIE et structures similaires. Unanimité sur l'adhésion et sur le montant, mais le Maire ne veut qu'un vote sur l'adhésion, la nomination et l'adhésion.

Céline Charaix est désignée comme représentante du Conseil Municipal dans cette association. Nous ne prenons pas part aux désignations internes à la majorité.

23. Subvention au CASC

L'équivalent d'un comité d'entreprise pour les agents de la Ville. Subvention reconduite à 200000 €.

24. Permanence du Centre d'Information sur les Droits des Femmes (CIDFF) du Val d'Oise à la Maison de la Justice et du Droit.

Subvention reconduite à quelques 6034 € pour tenir cette permanence et "accompagner les victimes d'infractions pénales", soit 57% des 200 personnes accueillies en 2017 (?).

25. "Les pincées musicales"

Françoise Inghelaëre présente cette nouvelle association qui réunit les différentes structures de cordes pincées (mandoline et compagnie) à Argenteuil, dont l'Estudiantina "fondée par Mario Monti il y a quelques décennies."

La Ville lui accorde une subvention de 21000 € et sera représentée au Conseil d'Administration.

Franck Debeaud se réjouit de cette initiative de Florentino Calvo, directeur de l'Estudiantina. La présidence sera assurée par Daniel Marty, jeune retraité de la Ville, qui assurait la programmation du Figuier Blanc.

Je me réjouis de tout cela, tout en estimant qu'une subvention à une association nouvelle, subvention élevée au regard de celles accordées aux associations non sportives, demande une attention particulière à l'activité effective qu'aura l'association.

La délibération incluant la désignation de la représentante de la Ville dans l'association (Françoise Inghelaëre), nous ne prenons pas part au vote. Sinon ce serait l'unanimité.

26. Adhésion au Syndicat National des Patinoires : Unanimité :-)

Nous serions heureux aussi de trouver une solution pour que la patinoire de Deuil-la-Barre soit rouverte, souligne le Maire.

27. Adhésion aux associations GRAINE et École et Nature

Jean-François Ploteau souligne que la Ville fait des "ateliers nature" depuis 1996. Unanimité.

28. Composition de la commission paritaire des marchés forains

L'un de ses membres, Nabil Maya, a démissionné du Conseil Municipal. Le Maire propose Pierre Abrinas. Philippe Doucet se dit "déçu que la Municipalité ne reprenne pas l'usage que nous avions institué : l'opposition était représentée dans cette commission. L'ouverture vantée par M. Métézeau… au-delà des déclarations d'amour, il faut des preuves d'amour ! Nous voterons contre en regrettant cette logique de fermeture."

29. Permanences Info Énergie

Cette permanence est assurée par l'association SoLiHa. Mais depuis décembre 2017, cela relève de la Métropole du Grand Paris ! On fait donc un papier pour dire qu'elle délègue ça à la Ville. En attendant que la MGP continue un "réseau métropolitaine d'agences locales de l'énergie et du climat" (ALEC). Unanimité.

Motion proposée par votre serviteur.

Philippe Métézeau répond que les écrits d'Héloïse sont très contradictoires et qu'il est difficile de la qualifier de "première féministe". Mais pour illustrer, il lit du Abélard !

En revanche, il cite bien Héloïse comme ennemie du "mariage", qu'elle qualifie de "prostitution". Mais elle s'est tout de même mariée, selon le choix d'Abélard.

"C'est un personnage intéressant, qui mérite un débat. Je propose qu'on organise des conférences ou autres sur le sujet, ce serait bienvenu. L'Université inter-âges organise des conférences, Anne-Sophie Vuillemin y travaille. Si la motion était soumise au vote, je voterais contre, mais vous pouvez la retirer, n'allons pas plus loin."

Le Maire : "Il n'y a pas de débat sur une motion".

Je réponds comprendre que le personnage soit mal connu (du grand public et sans doute de la majorité du Conseil) et qu'il soit donc difficile de voter collectivement une motion. Mais qu'il s'agit de plus qu'une réflexion historique. Il s'agit de s'adresser aux centaines ou milliers de femmes qui, à Argenteuil (comme ailleurs), subissent dans leur foyer un ordre féodal. La réflexion sur Héloïse devrait donc être, plus qu'un travail d'archivistes, aussi un travail social et d'éducation populaire.

Philippe Doucet souhaite aussi des initiatives dans la société argenteuillaise sur la situation des femmes et les violences faites aux femmes, indépendamment du personnage d'Héloïse. "Ce n'est pas par hasard que nous avons ouvert à la Maison des Femmes; il y avait 500 dossiers de femmes battues au commissariat d'Argenteuil. Un vrai sujet, malheureusement, d'actualité."

Georges Mothron estime qu'on "pourra rebondir, les uns et les autres, sur cette discussion. Merci à toutes et à tous !"

Notes

[1] En le proposant quand il y en aura besoin.

[2] Sauf quand le Maire se doute que ces personnes vont exprimer une opposition. Dans ce cas, ça dépend du jour et de l'humeur.

mercredi 14 mars 2018

De « l’ami des Hommes » à la main des promoteurs, le destin suspendu de l’ancienne île d’Argenteuil

par Frédéric Lefebvre-Naré

« La partie agréable de la ville avoisine la Seine ; c’est le Champ de Mars, qui fut jadis une île ; un duc de Roquelaure, au XVIIIème siècle, le fit planter en quinconces, aujourd’hui superbes. Il est limité par le boulevard Héloïse, où se voient des maisons de grand style, une source d’eau minérale assez curieuse, de jolies villas et des restaurants à terrasse, très achalandés le dimanche. Là se tient la fête foraine. Les Parisiens y viennent en foule jouir du spectacle émouvant des régates…

Argenteuil… ne manque pas d’avantages positifs : … trois lignes ferrées,… nombreuses industries,… peuplé de 11000 habitants…, il justifie, à ce point de vue spécial, l’opinion singulière que (le géographe Jacques-Antoine) Dulaure émettait à son sujet, vers 1787 : Si ce n’est une ville, c’est l’un des bourgs les plus beaux de l’Europe ».

Voilà comment Argenteuil était décrite dans « Les environs de Paris », un ouvrage « accompagné d’une carte en couleur » publié en 1886[1].

L’Argenteuil du Moyen-Âge s’était développée autour de l’abbaye rendue célèbre par Héloïse, qui y était revenue après son bref mariage avec Abélard. Le petit bras de Seine qui séparait le bourg de la « Grande Île » servait, côté amont, de port de pêche et de commerce. L’île, propriété communale, était utilisée par les pêcheurs. Inondable, elle n’était pas construite.

À la Renaissance, les habitants avaient ceinturé Argenteuil d’une muraille : celle-ci longeait donc le petit bras de Seine, comme le montre cette gravure de 1610.

Argenteuil_1610_original.jpg

Puis la partie amont avait été comblée, servant peut-être de décharge publique[2], et le bras de Seine était devenu un vilain fossé devant la muraille, comme le montre ce plan de 1783. On y voit les fonds de jardins : la ville tourne le dos à la Seine, et à ce terrain vague qu'est l'ancienne île, tout juste plantée de part et d'autre de la route qui mène au bac, l'actuel accès au pont[3].

argenteuil_lesage_faux_bras.jpg

Le plan préparait les travaux de comblement du faux bras, destinés à « garantir le pays des épidémies trop fréquentes dont il était affligé par les eaux qui…, devenant stagnantes tous les étés, infectaient l’air ». Le fleuve appartenant, même comblé, au domaine royal, la commune en avait demandé et obtenu la concession, « d’autant (que les habitants) ont contribué pour la somme de six mille livres aux frais à faire pour combler ce bras de rivière »[4]. Le roi l'octroie en 1785.

C'est alors qu'intervient le personnage cité par « Les environs de Paris » : l’agronome, économiste et philosophe Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, dit « l'ami des hommes », qui avait racheté en 1752 la seigneurie de Roquelaure, en Gascogne[5]. Il s’est installé à Argenteuil en 1788 dans une maison de location, sans doute rue de Seine, à une encablure de l’ancienne île[6]. Il a bien pu en imaginer et dessiner la plantation. Mais, ruiné, il vivait aux frais de son amie, Madame de Pailly, qui logeait dans une maison attenante. C’est donc à cette Suissesse que les Argenteuillais doivent leurs promenades, telles qu'elles existent encore aujourd'hui, 230 ans plus tard.

De 1803 à 1818, la muraille est démantelée, et ses gravats complètent le comblement de l’ancien bras de Seine. La ville est désormais ouverte sur l’ancienne île. Celle-ci est utilisée comme dépôt de marchandises en bord de Seine, et se dégrade.

Mais de 1862 à 1866, la Ville fait une série de choix d’urbanisme marquants, « considérant que la plus grande partie de la prospérité d’Argenteuil est dans l’embellissement de ses promenades »[7]. Elle décide de déplacer ailleurs les marchandises. Elle fait « élaguer les arbres … plantés sur les promenades publiques …, (et) arracher ceux dont l’état est dépérissant » : de cette replantation datent plusieurs des platanes aujourd’hui présents, forts de plus de 3 mètres de circonférence. Le « quai de Seine » qui n’en est plus un, entre ville et ancienne île, est rebaptisé « boulevard Héloïse ». La Ville autorise une bouchère à faire pâturer ses moutons sur l’île ! Mais à condition de les enlever le dimanche, pour laisser le champ libre aux promeneurs. Par la suite, la Ville y déménagera le marché, actuel marché Héloïse.

Dans le dernier tiers du XIXème siècle, Argenteuil est à la mode. Claude Monet s’y installe de 1872 à 1876 et y peint des centaines de tableaux : l’île sert de décor à certains des plus célèbres dont ce « Pont d’Argenteuil » (1874). On y voit l’ancienne « maison du passeur » du bac sur la Seine, devenue, après la construction du pont, un hôtel-restaurant. Celui-ci sera abandonné peu après la crue de 1910, qui l’avait inondé et certainement endommagé.

Monet, Le pont d'Argenteuil : site de Jean Vilar

Sur le boulevard Héloïse, face à l’île, sont édifiées les « maisons de grand style » dont parle l’auteur des « Environs de Paris » : plusieurs sont encore visibles aujourd’hui. La plus connue des Argenteuillais est l’actuel Conservatoire, qui fut Hôtel de Ville de 1899 à 1963, après avoir été donné à la commune.

L’île elle-même est restée, jusqu’à aujourd’hui, un espace de loisirs et d’activités foraines : s’il n’y a plus de bateau-lavoir, de bains publics ni de kiosque à musique, elle accueille depuis plus de 120 ans le marché Héloïse, l’un des plus grands d’Ile-de-France ; s’y trouvent aussi des installations sportives, un terrain de pétanque, des cirques sous chapiteau, des spectacles de plein air, et bien sûr, depuis près de 50 ans, la salle des fêtes Jean Vilar, d’environ 1000 places assises ou 2000 debout, utilisée au long de l’année pour de nombreux événements associatifs, spectacles, banquets et soirées dansantes.

Il reste, des plantations en « quinconces » des XVIIIème-XIXème siècles, des platanes en alignement dans le square face à la sortie de la salle Jean Vilar : témoins de « l’allée du champ de foire » peinte par Monet, en 1874 comme le pont. Lors de la construction de Jean Vilar, un autre jardin arboré a été planté, dominé par un cèdre.

Les arbres à abattre… le PLU prévoit seulement 1 arbre en pot pour 500 m2 !

L’un et l’autre espaces seraient condamnés par le projet actuel de bétonnage du site, porté par le promoteur Fiminco, avec l’appui de la Ville, qui a modifié pour cela le PLU en 2017.

Sur les 22000 m2 de ce terrain, la partie médiane de l’île d’Argenteuil, Fiminco veut construire pour 40427 m2 de planchers : 156 logements, 14854 m2 de commerces, une tour multiplexe de cinéma, et une nouvelle « salle de spectacles modulable », privée, qui serait louée 200 jours par an à la Ville.

Val d’Oise Environnement a déposé un recours devant la Commission Départementale, puis la Commission Nationale, d’Aménagement Commercial. Celles-ci ont pourtant validé le projet.

Après 230 ans de promenade et d’usages récréatifs, qui avaient maintenu le paysage de cet espace unique entre ville et fleuve, les Argenteuillais verront-ils leur île dominée par une tour aveugle, empilement de salles obscures ? Le combat des riverains, associations, habitants de la commune, continue. Il devrait intéresser tous les Franciliens attachés au paysage des rives de Seine.

Notes

[1] Louis Barron, illustrations de G. Fraipont, Maison Quantin, Paris.

[2] J'avais d'abord écrit "un terre-plein avait été créé côté amont, sans doute pour une activité portuaire" : mais en regardant le plan, la berge irrégulière suggère plutôt une décharge qu'un port !

[3] Source ArchiSeine

[4] Document aux archives municipales.

[5] Dont il n'était pas "duc" pour autant.

[6] C’est là qu’il reçut son fils pour une réconciliation après vingt ans de conflits : Mirabeau fils, cofondateur la même année de la Société des Amis des Noirs pour l’abolition de l’esclavage, futur corédacteur de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, resta attaché à Argenteuil où il acheta le château du Marais. Alexandre Dumas romance cet achat dans « La Comtesse de Charny » (1853).

[7] P.V. des Conseils municipaux de l'époque.

jeudi 8 mars 2018

Héloïse : changer de cap (tribune dans L'Argenteuillais n°273)

par Frédéric Lefebvre-Naré

Pour le projet « Cap Héloïse » sur le site de Jean Vilar, la semaine du 12 février a été mouvementée.

Mercredi 14, le comité Jean Vilar organisait une réunion publique : « sur Jean Vilar, qu’est-ce qui se prépare ? » ; 91 personnes y ont pris part. Elles ont vivement insisté pour un référendum local sur le projet.

Nous l’avons déjà demandé au Maire. Plusieurs habitants l’y ont appelé lors des réunions de quartier.

Mardi 13, le Maire publiait un communiqué. Son titre : « Toujours à l’écoute des Argenteuillais ». Le Maire demande au promoteur « des modifications substantielles pour tenir compte des préoccupations des habitants ».

Mais jeudi 15, le Maire et le promoteur défendaient ensemble, à la Commission Nationale d’Aménagement Commercial, leur projet de créer, sur ce terrain de Jean Vilar, un second centre commercial à 450 mètres de Côté Seine. L’idée apparaît absurde à toutes les personnes qui nous en ont parlé, et à celles qui se sont exprimées sur le sujet en réunions publiques. Le Maire les a-t-il écoutées ?

Les modifications citées par le Maire ne sont que deux.

D’une part, réduire la hauteur du multiplexe, donc le nombre de salles. Sur ce point, il a entendu les protestations.

D’autre part, le Maire veut apporter « une réponse satisfaisante à la qualité architecturale des logements » : cela signifie sans doute que les immeubles prévus par le promoteur étaient de mauvaise qualité architecturale. Cela expliquerait pourquoi ils n’ont pas été présentés lors des réunions publiques. Si bien que les habitants ne sont pas intervenus à leur sujet ! Le Maire les a entendus tout de même.

Ce que demandent les Argenteuillais·es, c’est de retrouver en bord de Seine un cadre vert, paysagé, propice aux activités de plein air comme aux fêtes ou aux spectacles en salle. Retrouver de « magnifiques promenades » comme celles immortalisées par Claude Monet. Trouver dans tout le centre ville un commerce vivant, qui tire parti des investissements passés dans Côté Seine, de la desserte de la gare, du vaste espace de Gabriel Péri, et du charme de PVC, l’ancienne Grand’Rue.

Monsieur le Maire, n’écoutez pas les Argenteuillais·es au tiers ou au quart. Demandez-leur s’ils souhaitent voir empilés, à la place de Jean Vilar, 160 logements, un centre commercial, un multiplexe, une salle de spectacles privée et 2 étages de parkings aériens. Organisez ce référendum.

vendredi 2 mars 2018

Centres commerciaux : la marée descendante outre-Atlantique

par Frédéric Lefebvre-Naré

Si les centres commerciaux nous sont venus d'Amérique, c'est aussi de là-bas que vient la rumeur de leur disparition.

Alors que la Ville d'Argenteuil prévoit, avec le promoteur Fiminco, d'en créer un nouveau sur l'île d'Argenteuil à deux pâtés de maison de Côté Seine, voici, pour alimenter la réflexion, quelques extraits librement traduits de l'analyse de Time "La mort des centres commerciaux, c’est plus qu’une affaire de shopping", 20 juillet 2017.

Il y a dix ans, le centre commercial Schuylkill, avec ses 90 magasins, restaurants et kiosques, était le cœur de la vie quotidienne dans le bassin houiller de Pennsylvanie : les ados s’y rencontraient pour flirter, les seniors chaudement habillés contournaient l’obstacle. Les foules y affluaient pour la chasse annuelle aux œufs de Pâques ou le festival Lituanien, clin d’œil aux origines ancestrales des gens de la région. « Je devais dire un million de fois ‘pardon’ pour arriver au boulot », se souvient Jane Krick, serveuse au restaurant-pizzeria Suglia’s, le dernier qui reste. « C’était plein à craquer. Maintenant, on reçoit un million de coups de fil nous demandant si on est encore ouverts ! »

Mais ça ne durera pas : début mai, la direction a donné 2 à 3 mois aux derniers commerçants pour fermer. Le bâtiment sera démoli. La boule des démolisseurs mettra le centre commercial en bonne compagnie : d’ici 2022, un quart des centres commerciaux des Etats-Unis devraient fermer, victimes du changement des goûts, du fossé grandissant entre riches et pauvres, et de la vague des achats en ligne.

Rien que cette année, 8600 magasins devraient fermer. Depuis 2002, les centres commerciaux ont perdu 448000 emplois, un quart de leur effectif ; le e-commerce en gagnait 178000.

Mais les centres commerciaux n’étaient pas seulement des lieux de travail : c’étaient des points de rassemblement. C’était la place du marché de la Grèce antique, c'étaient les abords des cathédrales de l’Europe médiévale.

Dans les années 60 et 70, le développement des voies rapides et les règles fiscales ont encouragé la transformation de terres agricoles en mammouths de la consommation. La fuite des Blancs loin des centres-villes a apporté leur clientèle, isolant, du coup, les personnes qui restaient dans les vieux quartiers populaires.

Les centres commerciaux sont devenues « les nouvelles Grand’Rues de l’Amérique », écrivait William Kowinski en 1985. Au total, on en a construit 1500 aux USA de 1965 à 2005.

Il en reste 1100, dont un quart risque de fermer dans les 5 prochaines années, selon le Crédit Suisse. Certains se sont déjà transformés : en bibliothèque universitaire, en centre médical ou en auditorium.

Lesquels s’en sortent ?

D’abord, ceux consacrés au luxe. Ils bénéficient de l’enrichissement actuel des plus riches, qui n’ont pas besoin de surveiller les promos sur amazon.

Ensuite, les endroits qui donnent une autre raison de venir, que de remplir son caddie. Le Grove, à Los Angeles, a une vraie rue commerciale empruntée par un trolleybus, et accueille l’été des concerts en plein air. Le Palisades Center à West Nyack, dans l’état de New York, a son bowling, son club d’improvisation et son école de grimper à la corde.

Tout le monde ne veut pas passer son temps libre à l’intérieur ! Beaucoup des centres commerciaux actuels sont pour partie à l’extérieur, associés à des immeubles de logements et de bureaux. Ils attirent la nouvelle génération qui, si elle quitte les centres villes pour la banlieue, y cherche tout de même des quartiers denses où l’on peut vivre sans prendre sa voiture.

L’inventeur du premier centre commercial, Victor Gruen, un socialiste, y voyait les noyaux de nouveaux quartiers denses, pour contrer l’étalement pavillonnaire. Il fut déçu par le résultat : les centres commerciaux ont plutôt contribué à l’étalement ; et, de tous les aspects de la vie sociale, c’est la consommation qu’ils ont mis au centre.

Mais au moins, ils réunissaient grand-mères et ados gothiques, promeneurs tranquilles et acheteurs compulsifs. Maintenant, tout le monde est en ligne, face à son écran.

Quel aménagement imaginer pour le commerce à Argenteuil dans les prochaines années, en tirant les leçons de cette expérience américaine ?…

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