Blog d'Engagés pour Argenteuil

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mardi 25 septembre 2018

Conseil Municipal du 25 septembre 2018 : culture, crèches et radicalisation

C'est parti.

Le PV du Conseil précédent est approuvé à l'unanimité (avec de ma part une précision sur l'un de mes votes[1]).

Le Maire enchaîne avec un exposé sur "une rentrée exceptionnelle et une nouvelle année prometteuse et pleine de nouveautés. 51 classes ouvertes : 15 au titre de la croissance des effectifs, 36 par dédoublements. Un tour de force dont nous sommes fiers. Nous investissons près de 16 M€ cette année dans l'éducation. (…) C'est plus sympathique que les affiches de la députée qui disent 'on l'a dit, on l'a fait', en oubliant la part de la Ville et de ses agents."

"Je me réjouis de la future reprise de l'extension de l'hôpital d'Argenteuil, aujourd'hui actée par l'Agence Régionale de Santé. Nous travaillons aux acquisitions foncières" nécessaires.

"Pour finir, lors de la présentation de deux actions, j'ai souhaité que des intervenants extérieurs nous rejoignent. Nous aurons des suspensions de séance.

Justement, au point numéro 1, nous sommes heureux d'accueillir de nouveaux arrivants, surtout riches de 10000 ans d'histoire : le musée du Quai Branly, partenaire our 2 ans de la vie culturelle de la ville. J'accueille Jérôme Bastanelli, directeur général délégué du musée" et 2 de ses collègues. "Nous avons été séduits par cette démarche originale du musée à la rencontre de son public", les Ateliers nomades. "Avec 60000 ans d'histoire, Argenteuil est présente aussi sur les murs des musées du monde entier. Bordée par la Seine telle le musée du Quai Branly, notre ville a toujours été ouverte sur le large, accueillant ceux qui l'ont choisie pour s'y établir. L'arrivée du Quai Branly s'inscrit pleinement dans la volonté de la Ville de (…) lutter contre les communautarismes. 10 associations ont déjà manifesté leur intérêt pour le dispositif."

1. "Ateliers Nomades" avec le musée du Quai Branly

Petit film d'introduction. Sans doute bientôt sur le site de la Ville[2] !

Jérôme Bastanelli se réjouit de "l'intérêt des jeunes pour notre musée, dont les oeuvres entrent sans doute en résonance avec leur imaginaire."

Les Ateliers nomades ne sont, poursuit-il, pas "une structure mobile, un container. Avec beaucoup d'humilité, nous travaillons avec les municipalités : Cergy-Pontoise, puis Clichy-Montfermeil, puis les communes de Grand Paris Sud. Nous présentons des vraies oeuvres, par des vrais conservateurs, des vrais scientifiques. Ce n'est pas facile car le code du Patrimoine est un peu rigide : il interdit de la laisser plus d'une journée ! S'il le faut, elle arrivera le matin et repartira le soir. ll y a quelque chose de différent qui se passe quand vous voyez une vraie oeuvre, qui ne se passe pas devant une photo ou un écran. Il pourra y avoir une conférencière sur les arts de l'Islam, ou sur la représentation des masques en Afrique, nous verrons avec vous quels sujets vous intéressent et comment les traiter."

Je lui réponds par ce petit souvenir, en souhaitant que beaucoup d'enfants d'Argenteuil vivent le même choc, le même éblouissement.

Avant de passer au point 2 sur les crèches, le Maire rappelle la baisse de la Dotation Globale de Fonctionnement reçue de l'État, et prétend (contrairement aux faits[3]) que les autres dotations ont été loin de compenser cette baisse. "Il faut que tous les matins on imagine comment faire un service public plus de qualité avec des blocages totaux en recettes et en dépenses. Ce qui est endémique à Argenteuil, le service à la petite enfance, des progrès ont été faits mais ils ne sont pas suffisants. Il nous faut des centaines de berceaux supplémentaires."

2. Privatisation de la crèche le Blé en Herbe, rue Henri Barbusse + création par le même opérateur privé d'une nouvelle crèche boulevard Jeanne d'Arc

Tania de Azevedo rappelle que 2100 bébés naissent chaque année à Argenteuil. La ville compte 600 assistantes maternelles indépendantes, 1200 demandes d'accueil régulier sur liste d'attente. Le "Pacte de confiance et de responsabilité" exige que nous réduisions nos dépenses de façon drastique. La délégation de service public (au privé) permettra de proposer une qualité de service identique, la prestation proposée sera (même) plus performante dans certains domaines, les prestataires ont leur propre école de formation. La qualité sera notre priorité, 60% des points (dans la consultation). Les agents titulaires actuellement en poste au Blé en Herbe pourront, soit être reclassés ailleurs, soit être détachés auprès du prestataire. Les agents contractuels se verront proposer un CDI et bénéficieront d'un accompagnement individuel."

Marie-José Cayzac répond pour le groupe d'opposition que "l'augmentation affichée du nombre de places relève au mieux de la mauvaise foi. S'il y a bien 1100 places d'accueil d'enfants sur Argenteuil, il n'y en a pas 1100 pour les Argenteuillais. À Françoise Dolto, la Ville ne réserve que 18 des 80 places… En 2008, il y avait 12 crèches municipales, 2 associatives et celle de l'Hôpital. En 2014, 24 crèches et une dont il ne manquait que de couper le ruban. Aujourd'hui nous voilà descendus à 20 crèches et les crèches municipales continuent à faire les frais de l'opération. Vous espérez résoudre le problème des "25% d'absentéisme" dans le personnel de la crèche le Blé en Herbe, en privatisant ? C'est lutter contre la fièvre en cassant le thermomètre.

Les crèches d'Argenteuil sont devenues des garderies dont vous poussez les murs au risque de les faire craquer. Vous avez réduit le niveau de qualification, passant de 65% (?) d'auxiliaires puéricultrices, à environ 50%. Le taux d'occupation est inférieur à 70%, point le plus bas que nous ayons connu (dans le mandat précédent) en 2010. Les adaptations, mon tellement important, ont été suspendues cette semaine dans plusieurs crèches. Faute de pédiatre, les visites d'admission sont réalisées par un médecin généraliste. Passer au privé vous permet de masquer ce faible taux d'occupation ! À qui allez-vous faire croire que le privé, en réduisant les coûts de plusieurs milliers d'€ par an, rendrait un meilleur service ? Votre politique est dénoncée par les syndicats, le personnel… et les parents qui ne peuvent le dire au grand jour."

Je rappelle qu'en Commission d'Appel d'Offres, en 2015, la Ville obtenait des réductions de 1000 à 1500 € par an et par berceau, de prestataires privés ou associatifs. Un représentant des services expliquait comment : "on leur a fait savoir qu’il fallait un effort maintenant, et qu’en octobre, selon leurs prix, on pourrait leur attribuer plus de places en supprimant des crèches municipales." Ça ne s'est pas fait à l'automne 2015 mais à l'automne 2018… la Municipalité laisse ce "cadeau" à ses successeurs, je ne l'en félicite pas et voterai contre la délibération.

Philippe Métézeau proteste contre le terme de "crèche low cost" utilisée par Marie-José Cayzac, et qui "conviendrait mieux à une ville voisine, de population et histoire similaire (comprendre : Colombes), ville qui a obtenu d'un gestionnaire privé un prix annuel par berceau de 2200 € par an (comprendre : hors participation de la CAF et prix payé par les familles.). Nous avons estimé au double, 4500 €, la participation nécessaire pour obtenir une bonne qualité. Le coût pour la Ville ne changera pas, ce sera une prestation au lieu de salaires, mais les frais de fonctionnement resteront les mêmes (Belle contradiction avec le "exige que nous réduisions nos dépenses de façon drastique" de Mme de Azevedo[4]). Je m'attendais à un accueil positif de votre part à la création d'une nouvelle crèche."

(Évidement le procédé est gros : cacher la privatisation d'une crèche derrière la création annoncée d'une autre… Cela aurait pu constituer 2 décisions distinctes !)

"Vous mettez en cause la qualité du personnel. Il y a des normes. Quand on veut laver plus blanc que blanc, des fois, on n'y arrive plus. Avec 50%, on est très au-dessus de ce qui est demandé par les PMI et la CAF. Le problème, c'est que des auxiliaires de puériculture formées, on n'en trouve pas. Si vous avez des CV, vous nous les envoyez."

"Une des crèches privées, vous dites qu'il ne restait qu'à couper le ruban ? Le gestionnaire choisi était en faillite, on a dû en trouver un autre."

Marie-José Cayzac : "vous mentez, ce n'est pas correct."

Philippe Métézeau : "je maintiens que le projet était dans un cul de sac et que nous l'en avons sorti. J'ai entendu aussi que nous n'avions plus de pédiatre ? Trouvez-nous en un. Le médecin qui a été choisi n'a pas bénéficié d'un quelconque appui du vice-président du Conseil départemental. Ce médecin, nous le connaissons bien, elle — c'est une dame — a une expérience en PMI dans une autre ville. Si on n'avait pas pris cette solution, les parents auraient gardé leur bébé sur les bras, on n'aurait pas manqué de nous le reprocher !"

"Pour gérer l'absentéisme, il y a 2 méthodes ou même 3. S'interroger sur les raisons : on l'a fait. On va lancer très prochainement une étude plus ciblée sur différentes choses dont l'absentéisme. (après 4 ans 1/2 de mandat ?!). Il y a dans cette crèche 5 absences, en équivalent temps-plein, sur 21 personnes. (…) On cherche toujours la bonne solution. Si la bonne solution c'est la crèche municipale, il n'y a aucun raison de changer ce statut. S'il faut évoluer, on évolue."

3. Convention d'objectifs et de financement des crèches municipales par les Allocations Familiales : très bizarrement, la convention avec la CAF porte essentiellement sur le portail internet. Il n'y a pas de montants en € indiqués. Unanimité tout de même sur cette délibération annuelle, précise Mme de Azevedo.

Philippe Doucet revient sur la gestion des crèches sur la précédente et l'actuelle municipalité. "On sait bien comment se passent les choses pour le personnel : on mute une personne d'Argenteuil dans une crèche à Cergy et Osny, et elle quitte rapidement son poste devant les contraintes que cela impose… Vous avez du mal à recruter des auxiliaires puéricultrices, mais on entend les gens : il y en a à Argenteuil : quand elles ne sont pas bien traitées, elles ont travailler dans les communes autour, il y a un marché ! Que vous en soyez à les sortir, à les mettre ans le privé… la ville de Colombes, que vous avez citée, elle, ne le fait pas, elle garde ses crèches !"

Philippe Métézeau ne s'étonne pas "que quand les gens vont vous voir, ce n'est pas pour dire que tout va bien, quand on est dans l'opposition ; on y a été, on sait ce que c'est."

4. Nouvelle organisation du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance et de la Radicalisation (CLSPDR)

Le Maire Georges Mothron introduit ce sujet. Le "fait religieux" est, avec d'autres, "une problématique montante" selon lui. Nous devons "porter des projets communs, les protéger contre les attaques plus ou moins graves contre la vie en société : repli communautariste et radicalisation. Certains y travaillent aujourd'hui, il faut que nous soyons à l'initiative. J'ai décidé d'engager la ville dans un plan d'action très concret : faire respecter la laïcité et les valeurs de la République, aider les jeunes à devenir des citoyens, prévenir les radicalisations en liaison avec les partenaires… Il s'agit d'une démarche pilote, innovante, qui donne l'opportunité à Argenteuil de devenir une référence nationale. Des dérives se sont installées depuis trop longtemps. Je veux conduire avec vous cette démarche de citoyenneté jusqu'à la fin du mandat. Il s'agit d'une démarche non partisane. Nous avons recruté un chargé de mission, M. Akrouf (? cette personne ?), qui a pris ses fonctions hier. J'ai souhaité que la Ville soit assistée par l'ancien préfet Gilles Clavreul. Je lui laisse la parole."

Gilles Clavreul "je vous emmènerai moins loin que mon prédécesseur du Quai Branly. Préfet ayant quitté l'administration récemment, j'ai été conseiller du président Hollande sur les affaires intérieures, donc les affaires de sécurité,… J'ai rendu un rapport en début d'année au Ministre de l'Intérieur sur la laïcité. Ces sujets sont complexes. Il faut les déplier avec sérénité et détermination. La laïcité est un cadre historique et juridique précis, il faut le rappeler. Il faut d'abord constituer du commun et former un bloc équipe, déployer une vision commune de ce dont on parle et de ce qu'on veut faire. Et ensuite, de s'ouvrir vers l'extérieur, la ville, les relais, les cultes, les associations. Le sens de la démarche est d'avoir un plan pérenne qui fasse consensus. Voilà la méthodologie qu'on va développer, avec des partenaires État qui suivent de très près ce qui se déroule à Argenteuil. Voyons ces sujets comme des opportunités de faire progresser la vie en société et le vivre-ensemble."

Philippe Doucet : "nous découvrons cela ce soir, puisque rien n'a été annoncé (même en commission hier). On sait où vous vous situez politiquement, et où Gilles Clavreul se situe. Il anime un think tank sur les mêmes sujets…Les discours en surplomb sur ces sujets, on les connaît… Vous parlez de démarche non partisane, mais sans l'opposition, qui n'est pas représentée dans ce Conseil Local ! On suivra ça sans illusion. Quel est le statut de M. Clavreul ? Y a-t-il une convention ? Combien ça coûte ? C'est de l'information minimale dans le débat démocratique." Le groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais votera pour.

Georges Mothron répond qu'il y a "une surface transversale entre le CLSPDR et ce que M. Clavreul nous invite à bâtir. Sur l'aspect contractuel, pour 2 ans, je vous enverrai les éléments. Sur la présentation de opposition au CLSPDR, je veux bien qu'on se pose la question."

Pour moi, "l'intervention du Maire et celle de M. Clavreul manquent de concret.

Les pyramides de mots sur la laïcité, les valeurs du vivre-ensemble et autres valeurs républicaines, sonnent totalement creux tant qu'on n'en discute pas avec les intégristes religieux, avec celles et ceux qui préfèrent vivre à part (au moins à part de certains autres), avec celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs républicaines. Toute religion a son intégrisme, comme toute politique a son fanatisme, tout métier a ses drogués du boulot, etc.

Avec combien d'intégristes la mission de M. Clavreul a-t-elle échangé ? Avec combien de responsables d'écoles hors contrat ? Avec combien d'auteurs de sites de "réinformation" entre guillemets ? Avec combien de responsables de mouvements politiques se revendiquant d'une religion ?

De puissantes forces de désintégration traversent notre société européenne, française, argenteuillaise.

Au-delà des grands principes réaffirmés, au-delà aussi de la vigilance quotidienne de nos institutions, la police, l'Éducation, nous avons besoin d'un dialogue franc, ouvert, direct, cash, avec les personnes et les forces qui se méfient de ces grands principes, qui se sentent exclus ou mis sur surveillance par nos institutions.

Il y a eu quelques initiatives de l'ancienne municipalité, de l'ancien député, de l'actuelle municipalité comme la conférence du 31 mai 2017 à l'Hôtel de Ville sur la prévention de la radicalisation, avec l'association "Syrie prévention familles". Je me réjouis de ces efforts, je crois qu'il faudrait les multiplier par cent pour arriver à une prévention efficace, que ce CLSPDR devrait piloter et évaluer. Je n'en vois pas encore les signes, mais je me permets d'espérer, et en attendant, je m'abstiendrai sur cette délibération."

Franck Debeaud s' "associe à cette réflexion" et se demande "quels nouveaux éléments de prévention ont été mis en place depuis que la mission du CLSPD a été étendue à la radicalisation" ; il s'étonne de ne pas voir dans la composition du CLSPDR "l'adjoint à la jeunesse".

Georges Mothron dit que la mission de M. Clavreul commencera par "aider les services de la Ville à avoir les mêmes définitions des mêmes termes, laïcité par exemple".

5. Subvention exceptionnelle à l'Olympique Rugby Club suite à l'incendie de son club-house

Le club-house avait été construit et aménagé par la Ville, et lui appartient ; mais le club a perdu dans un incendie "d'origine accidentelle", aux dernières nouvelles, une quantité de matériel. Il en fournit le détail sur sa collecte en ligne de dons.

Franck Debeaud demande quand le club-house sera de nouveau opérationnel, et s'il y aura une solution provisoire.

Marie-France Le Nagard répond que "nous sommes en phase de décontamination, qui devrait se terminer vendredi ; et en attendant, réouverture demain de l'ancien Bar, coté tribune, transformé entre temps en laverie."

Unanimité, bien que je n'ai pas bien compris pourquoi l'assurance n'assure (apparemment) pas.

On continue avec des grands projets de construction.

Notes

[1] Sur le point 16 ici.

[2] Au 27 septembre : pas encore.

[3] Point 1 ici 2015, point 3 ici 2016, ici 2017, point 7 ici 2018…

[4] Philippe Métézeau apporte sur Facebook ce 27 septembre la précision ou rectification suivante : "je n’ai pas dit que le coût serait le même pour la ville. Je répondrai à votre remarque que l’on diminuait artificiellement la masse salariale pour ainsi mieux répondre aux obligations du contrat signé avec l’Etat. Ma réponse voulait dire que remplacer une dépense RH par une DSP n’avait aucun effet sur nos obligations (vases communiquants), mais par contre si la dépense est moindre c’est bien sûr bénéfique. Il n’y a pas de contradiction." Aux lecteurs d'apprécier la diversité des arguments !

lundi 10 septembre 2018

Parler, ce mardi, d'Argenteuil… en commun

par Frédéric Lefebvre-Naré

Un groupe s'est créé, "Argenteuil en commun", réunissant des "Argenteuillaises et Argenteuillais qui veulent une ville accueillante et solidaire, une ville où il fait bon vivre, ensemble, dans la diversité de nos parcours."

Plusieurs membres d'Engagés pour Argenteuil, dont moi-même, y participons.

Dans la perspective des prochaines municipales, nous invitons à commencer maintenant à discuter d'Argenteuil telle que nous voudrions y vivre.

Cette démarche est présentée ici ; 36 personnes (dont quelques non-Argenteuillais !) ont signé cet appel, à l'heure où j'écris.

Argenteuil en commun invite toute personne intéressée par cette démarche à en discuter ce mardi 11 septembre à 19h30, au 179, rue Henri Barbusse.

À l'ordre du jour :
  • là où en est le groupe, ce qui a déjà été fait ;
  • comment nous organiser pour avancer ;
  • quelles actions réaliser dans les prochaines semaines (ateliers sur l'avenir d'Argenteuil, points-discussion dans les différents quartiers, etc. ?)

Un an et demi avant les prochaines élections, des personnes me disent qu'il leur semble prématuré de lancer de telles discussions. D'autres me disent vouloir se prononcer sur un projet qui devrait être déjà bouclé. Mais il y a 6 mois, il y avait encore moins de volontaires ;-) ; et dans 6 mois, donc à 1 an des élections, la réflexion va être moins libre : beaucoup de gens se positionneront par rapport à des personnes, à des têtes de listes déclarées ou potentielles, et la campagne risque même de tourner au négatif : "plutôt X que Y ! plutôt N que Z !".

Je crois que pour trouver des idées nouvelles pour Argenteuil, pour en débattre et vérifier qu'elles sont réalisables, le bon moment c'est maintenant !

vendredi 7 septembre 2018

Au-delà d’Argenteuil

par Frédéric Lefebvre-Naré, avec les contributions d'Argenteuillais·es

Tribune écrite pendant l'été et publiée dans le numéro de rentrée de L'Argenteuillais

Les Argenteuillais·es aiment Argenteuil au point d’y rester quand ils déménagent — l’INSEE l’écrivait il y a 20 ans ; il faudrait vérifier si c’est toujours le cas.

Nous aimons Argenteuil, son rythme actif et serein à la fois : il contraste avec la tension de la capitale comme avec l’abandon de nombreuses campagnes.

Mais nous avons aussi besoin d’en sortir ! L’été est l’occasion de partir à la mer, en montagne, voir des amis, retrouver une région ou un pays d’origine, découvrir un autre monde … C’est vital pour le physique comme pour le mental, pour la plupart d’entre nous.

C’est encore plus crucial pour nos enfants, nos adolescents. Comment trouveront-ils leur voie dans ce pays, s’ils ne l’ont jamais vu ?

Argenteuil a fermé ses centres de vacances : il ne reste que le plus proche, Vallangoujard.

Est-ce faute de demande ? Certaines maisons de quartier organisent une « journée à la mer » pour les familles. Au Val Notre-Dame, la plage de Fort-Mahon était la seule destination proposée au-delà du Val d’Oise, avec une seule date. Les inscriptions pour les sorties démarraient le 3 juillet à 18h, pour Fort-Mahon c’était complet à 18h15. Combien de familles déçues ?

Est-ce faute de personnel ? Le service national, bientôt réinstauré, pourrait nous fournir des centaines de jeunes en renfort pour encadrer ces sorties en périodes de vacances.

Pas seulement en vacances : toute l’année. Le budget municipal pour les sorties des collèges ou lycées est dérisoire. Paris n’est qu’à 7 kilomètres, et pourtant ! Des enseignants qui emmènent des collégiens à Paris voient ceux-ci embarrassés par les tourniquets du métro. Ils en auront, des choses à découvrir pour se sentir capables, en 3ème, seconde, terminale, de choisir une filière, une école, un métier !

Ce 2 juillet, des statisticiens de l’INSEE présentaient une analyse (PDF) des flux d’appels téléphoniques entre quartiers. Qui est en contact avec des lieux et milieux différents ? Qui a des relations limitées aux quartiers du même milieu social, soit entre riches, soit entre pauvres ? Réponse : certains quartiers d’Argenteuil se distinguent par leurs liens avec des milieux très divers. Mais d’autres— Joliot-Curie, le Val d’Argent, une partie du Val Notre-Dame — sont marqués par la ségrégation.

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Voilà un défi pour les prochaines années : faire découvrir à nos enfants et nos jeunes la diversité de la société française.

samedi 25 août 2018

Éviter que des jeunes d’Argenteuil ne basculent dans le fanatisme

par Frédéric Lefebvre-Naré

Je suis intervenu à plusieurs Conseils municipaux pour déplorer l’obscurité paperassière de la « politique de la Ville », la faiblesse de ce qui nous était présenté sur la « prévention de la radicalisation », la composition très administrative du « comité local » chargé de cette « prévention »[1].

À mon humble avis, c’est LE problème politique, l’enjeu du prochain mandat municipal. Gauche contre droite, un immeuble de plus ou de moins, quelques euros de plus ou de moins dans le social ou la voirie, c’est important, mais c’est du pipi de chat à côté de cette fracture explosive qui nous menace.

Que faire ?

J’ai trouvé hier en librairie un petit livre tout neuf, « Prévenir la radicalisation des jeunes », signé Jean-Marie Petitclerc, que beaucoup d’Argenteuillais connaissent comme le fondateur du Valdocco[2].

En voici quatre passages notés au vol. Pour en savoir plus : babelio, RCF, vidéo ESPE, fnac, amazon, je peux aussi prêter mon exemplaire ! Et/ou en échanger en commentaires :-)

Du jeu de guerre à la guerre

« On voit des jeunes consommateurs à grande dose de jeux vidéo guerriers basculer facilement dans l’univers de Daech. (Il y a) un risque chez des utilisateurs forcenés de voir une confusion s’instaurer entre le virtuel et le réel.

Les histoires que nos arrière-grand-mères racontaient à leurs petits-enfants pouvaient être d’une violence extrême…, quand un petit garçon, perdu dans la forêt, était mangé par l’ogre. Mais (la) formule « il était une fois » établissa(i)t une frontière entre l’imaginaire et le réel.

Aujourd’hui, l’imaginaire du metteur en scène a la couleur du réel. … Au point que le jeune peut être tenté de … reproduire dans le réel ce qui l’a marqué dans le virtuel. …

Ce qui distingue le virtuel du réel, c’est … ’’la souffrance’’.

La seule chose qui puisse (influencer) ma propre violence, (c’est ma) perception de la souffrance de l’autre.

La force des djihadistes consiste à faire en sorte que les images proposées à l’adolescent apparaissent sous le jour d’un… chemin d’accomplissement de soi, « un plaisir encore plus intense » (que dans le jeu) ». (pp. 33 à 35)

Éduquer à la fraternité

« Éduquer à la fraternité, c’est faire découvrir que la différence est source d’enrichissement. … Car la peur surgit souvent de l’incapacité à anticiper la réaction de l’autre.

Éduquer à la fraternité, c’est développer l’attention aux petits, à celui qui est en difficulté. » (pp. 68-69)

« Éduquer à la fraternité, c’est apprendre à gérer les conflits. … La relation duelle est potentiellement dangereuse, … elle peut dégénérer en un « ou toi ou moi ». … L’introduction du médiateur permet la résolution du conflit dans le respect du « et toi et moi ».

J’ai pu observer combien, dans des collèges situés en zone d’éducation prioritaire, l’introduction de la formation d’élèves médiateurs avait pu contribuer à une forte diminution des faits de violence. » (pp. 70-71)

Développer l’esprit critique

« L’école, (pour) être le fer de lance d’une véritable politique de la prévention de la radicalisation », doit notamment « permettre aux jeunes de développer leur esprit critique » pour « se défendre intellectuellement contre… le mensonge et l’endoctrinement. …

Cela nécessite … que l’école apprenne aux enfants à décoder les images, afin qu’ils sachent… résister aux manipulations. On en est bien loin quand on sait la grande réticence du monde scolaire à vivre à l’heure du numérique ». (pp. 79-80)

« Où les jeunes de notre pays peuvent-ils développer leur esprit critique par rapport à des textes considérés comme sacrés, afin qu’ils soient protégés des interprétations éhontées… ?

Il est plus facile, dans notre système scolaire, d’apprendre le chinois que l’arabe …

Et ce sont des milliers d’enfants, dans nos quartiers sensibles, qui fréquentent les mosquées pour apprendre l’arabe. » (pp. 80-81)

Éduquer dans une mutation

Notre XXIème siècle et le XIXème siècle de Jean Bosco « ont en commun de connaître d’importantes mutations … En son temps, on passait de l’ère rurale et paysanne à l’ère urbaine et industrielle. Et voici que nous passons de cette ère urbaine et industrielle à l’ère des mégapoles et du numérique !

La question éducative se pose de manière cruciale en temps du mutation. … Car il est problématique de se projeter dans l’avenir. …

Dans un tel contexte, Jean Bosco était porteur de deux grandes intuitions, qui me paraissent tout à fait pertinentes … aujourd’hui :

- Jean Bosco était convaincu que la capacité à transmettre, à éduquer, était beaucoup plus liée à la qualité de la relation éducateur/jeune, qu’à la qualité organisationnelle du système institutionnel[3]. … Jean Bosco est celui qui, après la grande rationalisation du siècle des Lumières, réhabilita l’affectif au cœur de la relation éducative. …

La plupart des enseignants (d’aujourd’hui) ont été formés à la négation de la dimension affective. … On parle de la relation prof/élève comme d’une relation asexuée ! Sans affection, pas de confiance possible. … On peut fonder le pouvoir sur la menace, on ne peut fonder l’autorité que sur la confiance.

- Deuxième intuition : Jean Bosco sut décoder les phénomènes de violence — … et la criminalité juvénile était plus forte à son époque qu’aujourd’hui — comme symptôme de la faillite du système éducatif.

N’oublions pas que la violence constitue en fait la manière la plus naturelle de gérer un conflit. Ce qui est loin d’être naturel, mais qui est le fruit de l’éducation, c’est la convivialité et la paix. …

La violence des jeunes (est) en fait un problème d’adultes. … Gérer la frustration, ce n’est pas inné ! Cela s’apprend. Il appartient à l’adulte d’apprendre aux jeunes les multiples modes, inventés par les hommes depuis des siècles, leur permettant de gérer les conflits sans recourir à la violence. » (pp. 97 à 101)

Notre responsabilité commune.

Notes

[1] CLSPDR.

[2] Il est aussi éducateur professionnel, prêtre catholique et polytechnicien.

[3] Et du CLSPDR.

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