Blog d'Engagés pour Argenteuil

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dimanche 21 avril 2019

Pour ou contre une liste "Argenteuil en commun" ? Débat ouvert ce vendredi 19 avril

par Frédéric Lefebvre-Naré

Une réunion étonnante ce vendredi 19, dans la grande salle de Mandela … je n'en suis pas encore tout à fait revenu !

Une trentaine d'Argenteuillais·es face à face, de différentes appartenances politiques allant de la droite à la gauche de la gauche… et à aucune étiquette, sont venu·e·s discuter de l'éventualité d'une liste commune. En cercle, des adhérents du parti gouvernemental, et des manifestants contre le gouvernement. Des élue·e·s ou ancien·ne·s élus de municipalités différentes, et aussi des jeunes jamais encore élu·e·s !

Un point commun, forcément, c'est que nous trouvons, les uns et les autres, que pour esquisser l'avenir d'Argenteuil, il faut plus que le débat entre l'équipe municipale actuelle et ses prédécesseurs. Il faut se remettre à l'écoute des habitants[1], confronter les connaissances et les expériences, se "fritter" peut-être sur les priorités. C'est nécessaire pour accoucher d'un projet dans lequel se reconnaîtront les Argenteuillais·es, et qui convaincra des acteurs extérieurs de s'investir chez nous.

Et… tout s'est bien passé, personne n'est sorti en claquant la porte ; et personne n'a caché, je crois, ses inquiétudes ou ses divergences, par exemple sur le sujet difficile du logement ; ou sur l'attitude qu'aurait la future Municipalité par rapport au gouvernement actuel.

On peut se pincer, quand même. Y a-t-il une autre grande ville, en France, où des "Gilets Jaunes" et des "Marcheurs" se réunissent publiquement, sans hiérarchie ni protocole, pour discuter ensemble de l'avenir de leur ville ?

Si déjà, ça, c'est possible à Argenteuil, qu'est-ce qui serait impossible ?!

Je mesure à cela le succès de l'initiative prise par Argenteuil en commun depuis un an, et la valeur de son manifeste fondateur qui réunissait les présents.

Il reste un chemin énorme à faire. Tous les participants l'ont dit : pour faire plus que débattre, pour s'engager sur une liste commune, il faudra bien plus que ce texte, bien plus que les bonnes intentions ou la convivialité argenteuillaise. Il faudra que des personnes et des groupes, en lutte les uns contre les autres, reconnaissent dans un même projet pour la ville leurs valeurs, leur identité, les raisons de leurs (différents !) engagements politiques, sociaux, écologiques. Il faudra, en plus, qu'ils acceptent de donner la priorité à ce projet argenteuillais, sur leurs oppositions politiques nationales.

Sans parti hégémonique, sans homme ou femme providentiel·le, sans pression extérieure - rien que par le travail en commun.

C'est un pari hardi, d'abord, sur la bonne volonté d'autrui. Pour ce que je connais des un·e·s et des autres, je crois que ce pari vaut d'être tenté.

Notes

[1] Comme avec l'enquête d'Argenteuil en commun ou celle lancée par En Marche.

jeudi 18 avril 2019

"Une liste" aux élections municipales : pour ou contre ? On en parle ce vendredi 19 avril, 20h à Mandela

par Frédéric Lefebvre-Naré

Avec plusieurs membres d'Engagés pour Argenteuil, je participe depuis l'été dernier au groupe "Argenteuil en commun" qui s'est constitué "pour élaborer un projet municipal qui répondra aux besoins et aux souhaits des habitantes et habitants d’Argenteuil, dans un esprit de transparence, convivial, écologique et solidaire".

Nous avons mené quelques activités, bon an mal an, à travers la multiplicité des événements locaux et nationaux depuis la rentrée de septembre 2018 :

  • présence publique sur quelques marchés, avec une enquête à laquelle on peut répondre aussi en ligne ;
  • rédaction et publication d'un texte d'intention, que l'on peut cosigner (53 cosignataires à ce jour) — et sur lequel mon intervention d'hier au Conseil municipal était construite (version complète / résumé) ;
  • trois réunions publiques sur Henri Barbusse, à Mandela et à Saint-Just : j'ai pu participer aux deux dernières et ai vu se construire, assez vite, très spontanément, des consensus, entre participants de bords bien différents, sur ce que l'on pourrait faire à Argenteuil, et sur la façon dont la prochaine Municipalité devrait travailler.

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Comment ces intentions peuvent-elles se concrétiser ? Comment ces idées communes peuvent-elles prendre vie dans le prochain mandat municipal ?

À un an des élections, la question peut se formuler : faire une liste, ou ne pas en faire, et faire autre chose.

Nous invitons à en discuter, très simplement et ouvertement, lors d'une quatrième réunion publique : ce vendredi 19 avril, 20h à Mandela.

Nous n'avons pas trouvé le temps ou la disponibilité de faire énormément de publicité pour cette invitation, la salle sera certainement trop grande pour nous, mais c'est comme ça : la discussion avec celles et ceux qui viendront sera intéressante, constructive (nous l'avons déjà vérifié sur le même sujet en plus petit comité), mes excuses à celles et ceux qui n'auront pas été au courant, et bienvenue à vous qui lisez ce message à temps : venez comme vous êtes et avec vos chips / jus d'orange / … !

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Bravo aux plus de 220 contributrices et contributeurs à l’enquête publique sur Jean Vilar !

par Frédéric Lefebvre-Naré. Tribune dans le magazine municipal daté de mai 2019, distribué à partir de mi-avril.

C’est une participation exceptionnelle.

La chercheuse Cécile Blatrix écrit : « l’enquête publique apparaît comme une procédure formelle, protocolaire ». Participer est « une démarche potentiellement coûteuse. C’est se montrer : les participants s’exposent parfois à une série de sanctions informelles ». Déjà, « le vocabulaire utilisé (rend) parfois peu clair l’objet de l’enquête ».

En effet ! En voyant les affiches jaunes sur le « déclassement du parking », combien d’Argenteuillais ont pu comprendre qu’on leur demandait leur avis sur la vente du site de Jean Vilar au privé ?

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Pour participer, c’était un parcours du combattant : la première et seule permanence des commissaires-enquêteurs hors des heures de travail habituelles était… le samedi matin 30 mars, dernier jour d’enquête.

Et par internet ? La municipalité a mis en ligne les documents sur le « déclassement du parking » … l’avant-dernier jour.

Pour donner son avis, c’était plus restrictif que pour le « grand débat » : ni questionnaire en ligne, ni page sur les réseaux sociaux ; les observations orales ne sont normalement pas acceptées. Il fallait prendre sa plume, rédiger.

J’ai été d’autant plus frappé par la diversité des participations. Les écritures magnifiques apprises à l’école de jadis, et les noms de famille nouveaux à Argenteuil. Les analyses pointues d’écologistes militants, et les beaux souvenirs de la ville communiste.

Beaucoup ont esquissé, au-delà des aberrations du projet, l’Argenteuil qu’ils espèrent : conviviale, agréable, verte et ouverte, responsable de son bien commun.

Reste à communiquer cet espoir à toutes celles et ceux qui aiment Argenteuil au point d’avoir choisi d’y vivre.

Cent jeunes briefés sur les 'fake news', ce 17 avril à Jean Vilar

par Frédéric Lefebvre-Naré

Une centaine de jeunes et une quarantaine de moins jeunes, dont votre serviteur, ont répondu à l’invitation de la Municipalité pour une conférence sur les « fake news », dans la grande salle de Jean Vilar ce 17 avril, talentueusement animée par Gilles Clavreul.

J'ai pris peu de notes de la première partie, interactive et animée, voir l'article du Parisien.

La suite avait un format plus "conférence", avec trois intervenants.

Pour le directeur de Conspiracy Watch, Rudy Reichstadt, c’est à celui qui avance une théorie du complot (par exemple sur les vaccins) de la prouver. La salle ne semble pas convaincue. Gilles Clavreul vient en renfort :
— « Vous avez payé le professeur de Français pour avoir un 18. C’est faux ? Prouvez-le…
Vous n’y arriverez pas : vous ne pourrez jamais prouver que quelque chose n’existe pas. »

Un jeune répond par le cas Monsanto : « il est prouvé que Monsanto a payé des études qui démontreraient que ses produits ne sont pas dangereux. Elles sont fausses »[1].

Rudy Reichstadt : « le CICR a classé le glyphosate comme cancérigène, comme la viande rouge ; mais toutes les agences sanitaires ont montré qu’il n’est pas dangereux s’il est utilisé dans des conditions normales ».

Un jeune (peut-être le même) : « vous nous dites de faire attention aux études… mais si elles sont payées par Monsanto ? »

Rudy Reichstadt : « il ne faut pas être naïf : les études selon lesquelles le glyphosate serait dangereux peuvent avoir été payées par des opposants à Monsanto. Si on arrête d’utiliser le glyphosate, il faudra d’autres pesticides ; lesquels sont les moins dangereux ? ».

Gilles Clavreul revient au secours en appelant à « continuer », parce que « l’heure tourne ».

Une jeune demande « comment on sait si c’est une théorie du complot ? »

Rudy Reichstadt répond qu’il y a 3 éléments : « une accusation de se livrer à une activité secrète et malveillante ; cette accusation n’est pas prouvée, elle se dispense des modalités normales d’administration de la preuve » (ouh là, jargon) ; « et cette accusation est invraisemblable par rapport à une autre explication plus simple ». « Les complots, ça existe ; le problème avec les théories du complot, c’est qu’elles compliquent le raisonnement ».

Gilles Clavreul voudrait « qu’on continue sur la présentation ».

L’exposé se prolonge avec plein de pourcentages sur les « gilets jaunes », les « réseaux sociaux » ; plein d’affirmations qui, toutes, traitent les « personnes perméables à la pensée complotiste » comme des Autres, des étrangers, des rats de laboratoire, comme « les gens à qui ‘on’ a demandé »…

Le dialogue est coupé, les jeunes discutent entre eux.

Gilles Clavreul presse l’intervenant, et passe la parole à Fabrice d’Almeida : « les rumeurs, ça n’est pas nouveau ; qu’est-ce qui est nouveau ? ».

Fabrice d’Almeida : « en France, on a un droit exceptionnel, la liberté d’expression. Le 29 juillet 1881, la loi sur la liberté de la presse pose deux limites : on ne doit pas insulter, et l’interdiction des fausses nouvelles ; le procureur de la République doit poursuivre en principe toute personne qui répand une fausse nouvelle. » (C’est parfaitement faux. Voir le texte d’origine, article 27 : "La publication ou reproduction de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, sera punie d'un mois à un an d'emprisonnement et d'une amende de cinquante francs à mille francs, ou de l'une de ces deux peines seulement, lorsque la publication ou reproduction aura troublé la paix publique et qu'elle aura été faite de mauvaise foi.").

Toujours selon Fabrice d'Almeida, « avec le temps, les procureurs, les juges, ont dégagé un critère : la mobilisation de la force publique. La fausse alerte est passible d’une peine. Mais un journal qui dirait qu’Alain Juppé s’appelle Ali, au fond, pour les juges, ce n’est pas un vrai problème. On a laissé filer des choses. ».

« Des États se lancent dans des opérations de déstabilisation. Dans les années 50, les Etats-Unis ont réussi à faire croire que le président Arbenz du Guatemala était communiste, ils ont même réussi à faire croire à une guérilla communiste imaginaire, constituée de deux agent de CIA et d’un poste radio. »

« Aujourd’hui aussi, des États font quantité d’opérations pour gêner notre système d’information. C’est dans les grands médias ( ?) que vous trouverez un outil vrai pour comprendre le monde ».

Gilles Clavreul : « Est-ce que l’in d’entre vous a déjà signalé une fausse information ? » Personne. « Est-ce que vous connaissez la plate-forme Pharos ? » Personne.

« Qu’est-ce que l’on fait au Centre Information Jeunesse ? »

Olivier Lacombe et Marie-Laure Gillet, du CIJ 95 : « une cellule s’est mise en place pour réfléchir à un outil d’éducation aux médias. Cela a donné le site « le vrai du faux », qui analyse tous les moyens qui essayent de vous manipuler. On a l’idée de rendre les jeunes complètement actifs pour les amener vers une citoyenneté à propos du média, pour aller vers le pouvoir d’agir des jeunes en les rendant au cœur des processus de production d’information. » (sic)

Marie-Laure Gillet : « je fais des formations avec des jeunes en service civique ou des jeunes de votre âge. Est-ce qu’il y en a qui connaissent Decodex ? » Personne.

« Les réseaux sociaux placent chacun dans une bulle de confort, en lui montrant des nouvelles qui lui ressemblent. Votre but de citoyen est d’aller chercher ailleurs. Ne vous fiez pas à tout, le doute est important, mais ne pensez pas que tout soit faux. Un autre outil important, c’est Hoaxbuster ; Hoaxbuster a un article sur chaque hoax. Vous savez ce que c’est qu’un hoax ? » Personne. « C’est un canular. Par exemple, récemment, celui prétendant qu’à l’école, on éduquerait les enfants à la masturbation. »

Gilles Clavreul : « L’attention se réveille ! »

Xavier Péricat, premier adjoint au Maire : « J’avais toujours coutume de dire que le mensonge, c’est la vérité à un détail près. ».

Marie-Laure Gillet : « Prouver que ‘c’est faux’ demande plein de compétences, que l’on n’a pas forcément ! L’objectif" (pour l’éducateur ?) "n’est pas de tout savoir, mais d’aider à réfléchir soi-même ».

Rudy Reichstadt (Conspiracy Watch) : « On a tendance à mal comprendre le hasard ; à voir des coïncidences signifiantes là où il n’y a que le hasard. Quand l’iPod shuffle est sorti, les morceaux passaient vraiment au hasard ; des gens se sont plaints que parfois le même morceau passaient deux fois. Ils ont alors dû fausser la fonction aléatoire pour la rendre plus conforme à nos attentes. »

Dans le public : « En vous écoutant, on a l’impression qu’il n’y a pas de théorie (sic). Mais quand les Etats-Unis ont présenté de fausses preuves sur les armes irakiennes de destruction massive … Comment, après, expliquer certaines choses ? »

Rudy Reichstadt : « C’est un argument qui revient systématiquement : un État peut mentir, donc il ne faut pas le croire systématiquement. Bien sûr, il ne faut pas le croire systématiquement ! Mais dans ce cas, on a su rapidement que c’était faux ; bine avait que les Américains soient arrivés en Irak. Le mensonge politique ne suffit pas à expliquer le conspirationnisme : si des personnes se méfient du mensonge, pourquoi font-elles confiance à des sites qui mentent en permanence ? »

La personne du public : « Ce mensonge amène des gens à croire aux théories du complot ».

Rudy Reichstadt : « Pourtant, la théorie du complot sur le 11 septembre date de 2002, avant ce discours de Colin Powell en 2003. »

Fatima Amarir, adjointe au maire : « Qu’est-ce qu’on risque à véhiculer des fake news ? »

Gilles Clavreul : « La diffusion de fausses nouvelles est passible d’une amende de quelques centaines d’euros. La diffamation est condamnée plus sévèrement, mais au pire, après récidive, de quelques mois de prison ».

Rudy Reichstadt : « La rhétorique complotiste joue sur le narcissisme ‘je ne suis pas un mouton, je ne me fais pas avoir’. Et sur la fuite hors du réel, le philosophe N…[2] disait ‘le réel n’est que toléré, s’il devient insupportable, on lui dit d’aller voir ailleurs’. La théorie du complot est pratique, elle permet de continuer à penser ce qu’on pensait avant, elle a partie liée avec une paresse intellectuelle. Lorsqu’on a raté sa vie (sic), on est plus à même de croire aux théories du complot. Après, il y a des professionnels, auteurs, conférenciers, youtubeurs, de la théorie du complot. »

Encore une cinquantaine de jeunes présents dans la salle au bout de près de 2h30, bravo !

À la tribune, le jeune « Yanis », qui a participé à l’animation : « On a toujours une image un peu péjorative du complotiste, qui se fait des films. Est-ce que vous pensez que c’est négatif ? »

Rudy Reichstadt : « Oui, ‘complotisme’ est un terme péjoratif, ancien, il date du début du XXème siècle. »

Gilles Clavreul remercie les intervenants, et passe la parole au maire Georges Mothron.

Georges Mothron : « On a l’habitude de dire qu’Argenteuil est une terre de rumeurs ; avec cette conférence, je comprends mieux pourquoi. Quand on a fait un partenariat avec le Musée Branly, on a fait un mixte entre le logo de la Ville et des éléments des arts premiers, et, tout de suite, sur les réseaux sociaux, il y a eu une rumeur comme quoi la Ville changeait de logo et ça lui avait coûté 25000 ou 30000 € !

Je comprends mieux pourquoi j’en suis ‘à mon 10ème cancer’, ‘à mon 15ème AVC’, je ne plaisante pas, ce sont les rumeurs qui ont circulé, et je comprends mieux qui peut être à la source de tout cela !

L’écoute était dense aujourd’hui, l’attention était là, merci aux jeunes qui ont participé et à ceux qui ont contribué à l’animation. »

Notes

[1] Je reproduis sans approuver le signe égal entre 'payé' et 'faux'. Presque toutes les études possibles et imaginables sont payées par quelqu'un ; les nouvelles des journaux aussi. Elles peuvent pourtant être vraies 😃.

[2] Je ne retrouve pas sur internet cette citation, notée au vol.

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