Blog d'Engagés pour Argenteuil

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vendredi 26 janvier 2018

Le budget d'Argenteuil oublie le passé et gaspille le présent… À l'avenir, innovons !

par Frédéric Lefebvre-Naré

Critiquer le budget municipal, c'est bien joli, mais que faire ? m’avait demandé une journaliste après un autre débat budgétaire… J’avais été un peu court. Cette fois j'ai essayé de tirer les leçons du passé, de commencer à préparer l'avenir.

Voici mon projet d'intervention pour le Conseil Municipal de ce 26 janvier. Bien sûr je la modifierai d'ici là, selon ce que nous apprendrons dans le débat.


J’aurai le regret de voter contre ce budget parce qu’il oublie le passé, qu’il gaspille le présent et qu’il tourne le dos à l’avenir.

« Ceux qui oublient le passé se condamnent à le revivre », cette phrase souvent prêtée à Churchill[1] ne s’applique que trop bien à Argenteuil.

Vous avez coulé nos finances en transformant notre dette en produits financiers spéculatifs, pour 200 millions d’euros. La renégociation d’un quart d’entre eux, 48 millions, a coûté 47 millions de pénalités : cela laisse imaginer la facture totale. Vous n’avez jamais présenté vos excuses, que je sache, pour votre responsabilité dans la ruine de cette commune. Vous êtes la seule équipe municipale, à ma connaissance, à avoir cette impudence : même votre camarade de parti, le maire d’Asnières Manuel Aeschlimann, a reconnu son erreur. En décembre 2014, vous nous avez dit que le risque était supprimé. En mars 2016, vous avez voulu nous balader sur le coût des renégociations. Maintenant, vous présentez des charges financières « hors surcoût lié à la renégociation », comme si ce surcoût était exceptionnel, alors que ce sont de vraies charges financières, dues à vos emprunts de 2007, et que nous allons continuer à subir pendant des années.

Quand vous avez demandé l’aide d’Etat aux collectivités plombées par des emprunts toxiques, Argenteuil avait à elle seule 1,2% de la dette toxique des collectivités françaises. Aujourd’hui, maintenant que le guichet d’État est fermé, c’est 1,5%.

Les autres collectivités se sont débarrassées, avec l’aide de l’État, des deux tiers de leur dette toxique ; Argenteuil, seulement de la moitié. Pourquoi ? L’État explique qu’il a accepté presque toutes les demandes, sauf pour de toutes petites sommes. Comment avons-nous pu rater à ce point la négociation ?

Ceux qui oublient le passé gaspillent, je crois, le présent.

Vous gaspillez l’attachement de nos agents au service public. Quand le personnel municipal est démotivé, se sent méprisé et laissé à la dérive, comment répondez-vous ? Vous promettez de répartir 400000 €, moins d’un demi-pourcent de la masse salariale, entre les personnes qui ne seront jamais malades ni enceintes[2]. Si vous traitiez ainsi des élèves de 6ème, il se sentiraient humiliés. Mais là, ce sont 2300 adultes que vous croyez motiver par quelques billets dans la pointeuse.

Vous gaspillez autour de 2 millions, chauffage et équipements compris, pour élever une tente de 900 mètres carrés. Elle est censée remplacer la salle Jean Vilar, pour deux ou trois ans, le temps de construire une nouvelle salle de spectacles. Mais quand ? Le protocole que vous avez signé avez Fiminco ne prendra effet que quand la modification du PLU sera définitive, et vous savez depuis des mois que nous avons déposé un recours (et heureusement, puisque votre projet va à l’opposé des schémas et des orientations d’aménagement pour l’île d’Argenteuil). Les recours prendront 18 mois et sans doute bien plus. Et ensuite, le promoteur aura un délai de 4 années pour concrétiser son projet.

Alors pourquoi mettre 2 millions dans une tente qui ne tiendra certainement pas aussi longtemps ? Vous nous dites que Jean Vilar n’est plus aux normes actuelles de sécurité, mais auriez-vous le culot de prétendre qu’une tente sera plus sûre ?

Autre dépense incompréhensible : vous implantez une nouvelle école, non pas au cœur des quartiers d’habitation sur l’emplacement qui avait été prévu pour cela, mais en zone industrielle, juste en aval d’une ferraille, sur un terrain pollué avec un risque certain de remontée de nappe. Vous nous expliquiez que le risque de pollution était connu et parfaitement maîtrisé, et que la Ville pouvait le prendre gaiement à sa charge. Mais l’Agence régionale de santé vous a imposé de construire une ventilation sous dalle : autant d’argent qui ne servira pas ailleurs[3].

Vous stérilisez le commerce du centre ville : vous en faites une zone rouge, peinture rouge à l’appui, et vous imposez aux automobilistes de sortir toutes les deux heures de la zone rouge pour stationner ailleurs. Même les boulistes subiront le tarif « zone rouge » dans le parking au bout de l’île d’Argenteuil, ils vont devoir raccourcir leurs parties et leurs compétitions[4].

horodateur_boulistes.jpg

Un conseiller de votre majorité vous a proposé la solution inverse, celle de la zone bleue, qu’ont adopté plusieurs villes voisines. C’est tout naturel : assurer à la fois l’accès gratuit au centre ville, et la rotation des voitures. L’idée vient de chez vous (elle était même, il l'a rappelé, dans votre programme pour les municipales) : il vous aurait suffi d’un peu de volonté d’écouter et de coopérer avec votre propre équipe.

Nous y aurions peut-être gagné quelques recettes (puisque l’amende zone bleue est à 35 €), et en tout cas nous aurions économisé sur les horodateurs ; et avec quel bénéfices en termes de qualité de vie, et d’atmosphère ! Lors des 4 dernières réunions de quartier que vous venez de tenir, sur quoi les participants vous ont-ils interpellé ? Pour la moitié, sur les parkings et les stationnements. Voilà une amélioration qui était à votre portée.

Mais je comprends que la critique est trop facile. Je sais que conduire cette ville est difficile ; que faire un bon budget est difficile. Depuis 40 ans que les industries partent, les municipalités d’Argenteuil rament, galèrent, voire se noient dans la montée des besoins. Elles ont le sentiment que sur la rive, personne ne vient à leur secours : Etat, collectivités, villes voisines, grandes entreprises, médias, tous ou presque fermeraient les yeux sur notre naufrage, ou iraient voir ailleurs.

Alors, que faire ? C’est ce que m’avait demandé une journaliste après un autre débat budgétaire… J’avais été un peu court. Aujourd’hui, à deux ans du terme de votre mandat, c’est un devoir de préparer l’avenir ; l’avenir auquel votre budget tourne le dos.

La seule voie d’avenir, de redressement budgétaire, c’est de retrouver notre identité commune.

Nous avons besoin de nous trouver beaux et belles quand nous nous regardons ; pas seulement beau et belle individuellement, mais aussi, de nous trouver beaux et belles collectivement, les uns les autres, les unes les autres.

C’est le chemin qu’a montré Héloïse, qui fut élève à « l’école primaire » d’Argenteuil, puis fut pendant dix ans la « première adjointe » de l’abbaye d’Argenteuil —l’abbaye qui était la grande puissance non seulement religieuse, mais économique, de la ville. Les écrits d’Héloïse, ses choix de vie, ses décisions politiques, sont d’une modernité stupéfiante. Argenteuil a beaucoup à apporter au mouvement actuel de libération des femmes, en relayant le message d’Héloïse vers les sociétés et les milieux brimés par le féodalisme et l’intégrisme religieux. Et ces sociétés et ces milieux sont proches de nous.

Le mauvais côté de l’affaire Héloïse, c’est qu’Argenteuil a trop brillé, au point de susciter l’envie du pouvoir central, qui a chassé Héloïse et les moniales, pour que l’abbaye de Saint-Denis récupère le site à son profit.

Mais sur l’ensemble de l’Histoire, Argenteuil a trouvé sa prospérité quand elle a attiré les habitants, les décideurs, les influenceurs de Paris. Quand Argenteuil a été belle physiquement, par ses paysages visibles depuis la capitale, par son fleuve et ses rives. Quand Argenteuil a été belle socialement, humainement, par sa tradition de convivialité et d’ouverture à l’étranger.

Dans une société accueillante, l’activité commerciale, économique, trouve un terreau favorable.

Notre Conseil Municipal le disait très bien, il y a 155 ans, quand il a choisi de faire de l’ancienne île un espace de loisirs ; je le cite :

« La plus grande partie de la prospérité d’Argenteuil est dans l’embellissement de ses promenades. Dès lors il est nécessaire de faire disparaître les dépôts de marchandises qui s’y trouvent et qui nuisent à leur parcours et à leur développement. Les terrains consacrés à des dépôts de marchandises sur les promenades publiques, ne seront pas loués de nouveau. On doit encourager le Commerce par tous les moyens possibles sans nuire aux autres intérêts. C’est le favoriser que de lui procurer un emplacement convenable. L’ancien port aux engrais (entre la rue Verte et le pont-aqueduc), est propre à cette destination ; mais il est utile de le diviser par lot, de fixer un minimum de location et de ne pas s’engager pour un trop long terme »

Moralité : le commerce prospérera d’autant mieux qu’on le placera sur un site approprié et que la commune en gardera la propriété, plutôt que de vendre et de perdre la maîtrise de son territoire.

155 ans, ça vous paraît peut-être ancien, mais ce 19 janvier, Natalia disait la même chose à la radio RFI. Natalia, qui travaille dans le luxe nous dit RFI, est une nouvelle habitante d’Argenteuil ; je la cite :

« C’est vrai qu’on a eu un coup de cœur. La ville, on est juste en face du centre commercial, c’est une rue très vivante. C’est vrai que c’était le plus pratique pour le travail, moi je travaille en plein Paris, donc gare Saint-Lazare, je suis à 10 minutes de la gare. J’ai grandi à Paris, j’adore Paris, (mais) pour un loyer comme celui qu’on paierait ici, on aurait une chambre ou un 10 m2 à Paris, alors qu’ici on a 3 pièces ».

Un joli cours de budget en 4 phrases : coup de cœur d’abord — vie commerciale — endroit pratique — et économie au final[5].

Dans le même reportage, vous répondiez, Monsieur le Maire :

« Il est hors de question qu’on bétonne Argenteuil. La pression existe, nous y résistons ! (…) On a (…) au total plus de 200 hectares verts, (…) nous tenons absolument à les conserver comme poumon pour les Argenteuillais et pour les communes qui nous entourent ».

Puis-je vous rappeler que l’île d’Argenteuil fait partie de ces 200 hectares verts ? Elle figure au schéma directeur de la Région, le SDRIF, en partie comme espace non urbanisé (comme la zone agricole) et en partie comme espace vert. Parmi ces 200 hectares, l’île est l’espace le plus fréquenté par les Argenteuillais, le plus visible, le plus accessible, le plus précieux. Ne le vendez pas, ne le bétonnez pas, n’y élevez pas une tour grise de 42 ou 45 mètres de haut, et pensez que « la plus grande partie de la prospérité d’Argenteuil est dans l’embellissement de ses promenades ».

Une autre forme de prospérité a marqué notre identité argenteuillaise. L’industrie parisienne s’est délocalisée chez nous, des années 1870 aux années 1960, au point de chasser les promeneurs.

L’industrie a permis le développement à Argenteuil d’une culture ouvrière formidablement vivante, entreprenante, créative. C’est à Argenteuil qu’en 1966, le Parti communiste français a remis en question l’expression de « dictature du prolétariat », qu’il a fait le choix de la liberté de création culturelle, bref, qu’il a fait le choix de la démocratie.

Le PCF disait lors de ce comité central d’Argenteuil, par la voix de Louis Aragon :

« La culture, c’est le trésor accumulé des créations humaines. L’héritage culturel se fait chaque jour, il a toujours été créé au présent, c’est le présent qui devient le passé, c’est-à-dire l’héritage ».

Notre présent, c’est la révolution du téléphone, du numérique, des data. Argenteuil a besoin de se réinventer pour devenir un lieu privilégié de travail, de développement, de création, dans cette nouvelle économie. Une « Silicon Valley », ça ne pousse pas sur des plateaux agricoles, par décret présidentiel ; ça apparaît là où des travailleurs, des entrepreneurs, des élus locaux, sentent ce dont le reste du monde aura besoin, et s’entendent pour investir ensemble dans l’éducation, la formation, la transformation des compétences. Et alors ils s’adressent aux universitaires, aux entrepreneurs, aux investisseurs du monde entier.

Comment parlerons-nous au monde entier ? Par l’image. C’est l’image, le langage de l’ère numérique : l’image touche immédiatement les personnes de toutes langues et de toutes civilisations.

C’est une chance pour Argenteuil, puisque notre image circule et est valorisée dans le monde entier ; plus précisément, l’image qu’ont donnée de nous Claude Monet, Sisley, Caillebotte, les peintres impressionnistes.

Nous devons investir sur cette image pour atteindre ceux qui pourront venir et investir dans l’éducation, l’innovation, la création à Argenteuil.

C’est la condition pour qu’Argenteuil réussisse, et que nous arrivions à boucler nos budgets dans les prochaines années.

Un journal soulignait, ce 26 janvier, le besoin d’innover :

"Quel que soit le malheureux élu, la solution est à haut risque politique. Pour offrir le meilleur service public au moindre coût, pour trouver un juste équilibre (etc.), il faudra avoir l'humilité d'écouter, l'intelligence de coopérer et la force d'arbitrer. Pour que de la contrainte naisse l'innovation !"

C’était plus précisément un éditorial du 26 janvier 2012, peu avant les présidentielles, dans le premier quotidien national[6] ; mais il évoque bien Argenteuil aujourd’hui.

La contrainte est bien visible dans votre budget ; l’innovation, pas du tout.

Je souhaite que dans les prochaines années, avec l'humilité d'écouter, l'intelligence de coopérer et la force d'arbitrer, nous innovions pour trouver un juste équilibre, un meilleur service public au moindre coût, une nouvelle prospérité pour les Argenteuillais.

Alors nous donnerons envie aux agents municipaux de s’impliquer au maximum dans leur mission de service public, au lieu de les faire passer pour des chasseurs de primes.

Alors, nous construirons un avenir pour les quartiers du Val Nord ou de Joliot-Curie, que depuis 30 ans nous ne savons que rafistoler, et qui continuent hélas à se désagréger.

Alors nous trouverons les fondations ou les institutions qui feront revivre notre ancien hôpital, notre musée, notre patrimoine. Nous aurons enfin un circuit des impressionnistes qui fera venir les visiteurs du Japon, d’Amérique ou d’ailleurs, et leur donnera envie de s’investir chez nous.

Alors nous obtiendrons que la ligne de chemin de fer de grande ceinture reprenne, que le quartier des Deux-Gares sorte de sa décrépitude et devienne notre premier foyer d’activité.

Alors nous pourrons négocier en bonne position avec l’État, parce qu’il aura envie d’investir sur nous, comme il a eu envie de le faire sur Saint-Denis ou sur Nanterre.

Nous trouverons des partenaires pour rénover notre salle des fêtes en la gardant publique, car elle méritera d’être considérée comme d’intérêt territorial, départemental, et pourquoi pas régional.

Nous redeviendrons l’un des centres de l’Île-de-France, une ville où il fera bon venir et où il fera bon vivre.

Et pour commencer dès demain matin, allons nous promener sur la berge de Seine, le long de l’île, en profitant de l’inondation, pour imaginer ensemble comment nous pourrons la faire revivre. Il devrait faire beau, demain vers 11 heures en bas de Charles de Gaulle ![7]

Notes

[1] mais plus ancienne : Georges Santayana, 1905.

[2] En introduction au Conseil, le Maire déclare qu'il réintègrera les congés maternité dans la période "d'assiduité" au sens de la prime. Une délibération en ce sens devrait passer au prochain Conseil.

[3] En réponse, l'adjoint à l'Urbanisme Gilles Savry estime que j'aurais confondu avec Sainte-Geneviève : "il n'y aura pas de ventilation" sous dalle à la nouvelle école du Val Notre-Dame.

[4] Seulement les jours de marché, précisera Gilles Savry, adjoint à l'Urbanisme, en réponse à mon intervention. Le parking restera gratuit le reste de la semaine. Contrairement donc à ce qui est actuellement indiqué sur l'horodateur.

[5] Précisément le même déroulement que dans le PV du Conseil municipal, j'ai oublié de le faire remarquer.

[6] Ouest-France. L'article n'est plus en ligne.

[7] NB : non ! un arrêté municipal interdit l'accès aux berges de Seine pendant la crue.

mardi 26 décembre 2017

Rémunération discriminatoire : la triste idée de la Municipalité d'Argenteuil

par Frédéric Lefebvre-Naré

Notre Municipalité a tristement distingué notre ville, une fois de plus, au dernier Conseil Municipal (point 32). Argenteuil a ainsi eu les (dés-)honneurs du 20 heures de France 2, en instaurant une "prime d'assiduité" pouvant aller jusqu'à 500 € par an.

Oh la belle idée ?… Elle diminue de 25% par jour d'absence quel qu'en soit le motif (accident du travail, maladie, grève, maternité, etc.), et tombe donc à 0 au 4ème jour d'absence dans l'année. Les agents sont priés de venir avec leur grippe et leur gastro, en faire profiter leurs collègues et le service public.

Les syndicats, unis en intersyndicale, et le groupe d'opposition, ont défendu la légalité du régime de primes préexistant et estimé que le nouveau système était, lui, illégal.

Je suis intervenu pour estimer qu'au-delà de la légalité, c'était une atteinte aux droits humains.

Entre deux collègues de travail du même service, de même ancienneté et qualification, celle qui tombe enceinte serait payée 500 € de moins que l'autre. Et attention à ne pas mettre le bébé en route vers le mois de mars : si le congé tombe à cheval sur 2 années civiles, cela lui fera 1000 € de moins.

Une chef de service interrogée sur France 2 le remarque avec un humour noir : son service sera discriminé, puisqu'il emploie essentiellement des femmes…

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Les absences anormales, ou évitables, d'agents municipaux, sont un problème grave pour le service public à Argenteuil. Donc, pour les contribuables.

Le Maire a annoncé depuis des années son intention de combattre ce fléau (pas seulement dans les rangs des élus de la majorité).

Sans efficacité aucune, jusqu'ici.

Cette nouvelle "répression par la prime" est aussi choquante que ridicule.

Si certains agents ont tendance à prendre un peu trop facilement un jour par ci par là, le rétablissement du "jour de carence", à l'échelle nationale, les en dissuadera déjà : à quoi bon ce "coup de pied de l'âne" municipal ?

Quant aux agents en absence de longue durée, certainement trop nombreux à Argenteuil, comment une prime qui disparaît dès le 4ème jour d'absence les encouragerait-elle à tenter de reprendre le travail ?

Au contraire, cette sanction mesquine risque de contribuer à un sentiment d'injustice, à une dégradation de l'ambiance au travail et de l'implication des agents.

J'ai la chance de participer actuellement, comme sous-traitant, à une offre d'étude et de conseil aux grandes entreprises, qui porte précisément sur l'engagement des salariés et la lutte contre l'absentéisme. Dans les réunions auxquelles j'ai pu assister, beaucoup de facteurs d'absentéisme et de réponses possibles ont été évoquées. Mais aucun des intervenants n'a émis l'idée d'une prime individuelle d'assiduité. J'imagine que l'idée susciterait, chez ces professionnels, quelque chose entre la moue dubitative, les yeux écarquillés, et le WTF. Ce que j'entends d'eux ressemble beaucoup plus à ce que dit l'intersyndicale à Argenteuil :

"Combattre l'absentéisme, c'est en chercher les causes, qu'elles soient liées à la situation particulière de l'agent ou à l'environnement de travail, et non la sanctionner."

Le Maire a répondu en ironisant sur mon expertise (il est vrai que j'ai peu pratiqué l'absentéisme), et en "m'interdisant de dire que la Municipalité ne ferait que cela (la prime) contre l'absentéisme". Ça tombe bien, je n'avais pas l'intention de le prétendre. Je suis juste désolé qu'elle se ridiculise ainsi.

mercredi 20 décembre 2017

Le Conseil municipal du 19 décembre 2017 en 35 points

par Frédéric Lefebvre-Naré

Voici ce qui a été voté au Conseil Municipal de ce mardi 19 décembre ; avec mes votes, que j'expliquerai en précisant ce billet (quand j'aurai un peu plus de temps ;-) ) . Les intitulés des points sont de votre serviteur, qui essaye de limiter le jargon.

1 : Motion Alerte, HLM en danger : unanimité.

2 : Rapport annuel sur le développement durable à Argenteuil : nous avons pris acte.

3 : Débat sur les Orientations Budgétaires pour 2018 : nous avons pris acte. Mon intervention ici "un mensonge à 26 millions d'euros".

4 : Ouverture anticipée des crédits d'investissement budget 2018 : abstention*.

5 : Approbation du (non-)rapport de la Commission Locale d'Évaluation des Charges Transférées Métropolitaine : abstention*.

6 : Approbation du montant du Fonds de Compensation des Charges Territoriales 2017 (entre Ville et Territoire, concernant notamment le coût des ordures ménagères) : abstention*.

7 : Extinction de créances : unanimité.

8 : Indemnités de conseil au receveur municipal 2016 : abstention, de même que Marie-José Cayzac ; les autres conseillers d'opposition ont voté pour.

9 : Adhésion au réseau des Collectivités Territoriales pour une économie solidaire : unanimité.

10 : Cotisation et subvention au Comité d'Expansion Économique du Val d'Oise : unanimité.

11 : Mise à disposition de données routières du système d'information géographique de la Ville : unanimité.

12 : Réorganisation en 2 écoles primaires, de l'école élémentaire et des 2 écoles maternelles Romain Rolland : unanimité.

13 : Participation de la Ville au financement des écoles privées sous contrat : abstention ; Marie-José Cayzac a voté contre ; les autres conseillers d'opposition ont voté pour.

14 : Subvention de 1000 € à la Ligue de l’Enseignement pour des interventions bénévoles de lecture dans les écoles : unanimité.

15 : Cession du chemin rural impasse de la Nonaise : unanimité.

16 : Cession du terrain ex-Yoplait à l'Etablissement public foncier d'Ile-de-France : abstention (si je me souviens bien). Les autres conseillers d'opposition ont voté pour.

17 : Avenant à la convention AB-Habitat pour la remise en état de logements au Val d'Argent Nord, achat de 3 logements : unanimité.

18 : Vacations conventionnées aux Centres Municipaux de Santé : urologue : unanimité.

19 : Reconduction des subventions de fonctionnement aux crèches associatives : unanimité.

20 : Financement complémentaire pour la crèche Arc en Ciel : unanimité.

21 : Règlement des établissements petite enfance : contre*. Le changement consiste à faire payer désormais 50€ pour tout changement du contrat d'accueil, c'est-à-dire en particulier des horaires de présence de l'enfant. Il me semble que ces changements peuvent dans certains cas faciliter l'accueil d'autres enfants ou l'organisation de la crèche, et devraient dans ces cas être encouragés et non pénalisés.

22 : Subvention supplémentaire au Comité des Fêtes, à la MJC, à la MPT et à Conjugue : unanimité.

23 : Subvention exceptionnelle pour les compétitions Argenteuil Volley Ball 95 et COMA Gymnastique Rythmique : unanimité.

24 : Avance de subvention aux associations sportives pour 2018 : unanimité.

25 : Subvention de 3500 € à l'association des commerçants du Centre Ville d'Argenteuil : unanimité.

26 : "Dépénalisation du stationnement" : tout le centre ville à l'intérieur des anciens remparts[1], passe en payant : contre*.

27 : Actualisation des tarifs des cimetières : abstention. Le groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais a voté contre.

28 : Ouverture des commerces le dimanche : abstention, de même que Christine Robion et, de mémoire, des conseillers de la majorité. Marie-José Cayzac a voté contre. Le reste du groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais a voté pour. J'apprécie que les concessionnaires automobiles ait réduit leur demande à 5 dimanches par an (contre 7 auparavant), revenant ainsi au régime de l'ancienne loi. Pour les autres commerces, il me semble que 10 dimanches par an suffiraient.

29 : Groupement de commandes avec le CCAS sur le nettoyage des ventilations : unanimité. Un effort de plus pour rationaliser les dépenses alors que l'existence de trois structures différentes (Ville, CCAS pour les maisons de retraite, Caisse des écoles pour la cuisine centrale) multiplie les procédures.

30 : Rémunération des agents mobilisés pour les opérations de recensement : abstention. Le reste du Conseil municipal a voté pour. J'ai voulu attirer l'attention de l'équipe municipale sur l'importance, pour une ville dont la population augmente rapidement, d'un recensement bien fait. Rémunérer les agents à hauteur d'1,50€ par personne recensée, et se contenter que 93% des logements aient pu être enquêtés, c'est peu encourageant dans les logements surpeuplés dont certains occupants peuvent ne pas être en règle. Ce surpeuplement a un coût important pour la Ville, qui doit ouvrir une quinzaine de nouvelles classes par an dans les écoles ; si au moins le recensement constatait la situation, cela rapporterait à la Ville environ 64€ de dotation d'État supplémentaire par personne recensée, ce qui nous aiderait à faire face à ces coûts.

La Municipalité me répond que le travail est fait au mieux au regard du faible budget accordé par l'État pour recenser, et que la hausse des effectifs scolaires est cohérente avec ce que le recensement mesure. Dont acte.

31 : Communication par voie numérique des actes d'état civil à la PMI du Département : unanimité. Difficile de croire que nous en étions encore en 2017 à payer pour ça un circuit papier, les impressions, la Poste et les resaisies.

32 : Nouveau régime d'indemnité des agents : voir la réaction de l'intersyndicale. La Municipalité mettrait notamment en place une "prime d'assiduité" de 500 € ; entièrement perdue en cas de maladie de plus de 3 jours, de congé maternité, etc. : contre*. Je considère cette prime comme discriminatoire et contraire aux droits humains.

33 : Renonciation du Territoire à exercer effectivement ses responsabilités en matière d'aménagement : abstention*.

34 : Mise à disposition fictive de personnel au Territoire pour (ne pas) exercer ses responsabilités : abstention*.

35 : Indemnités de fonction des élus (une élue privée de ses délégations, une autre voit son indemnité réduite d'un tiers…) : contre*. Une fois de plus, la Municipalité se moque du monde en prétendant changer le tableau pour la "seule et unique raison" de constater la démission d'un élu et l'arrivée d'un autre. Elle refuse d'assumer publiquement ses décisions.

(*) de même que le groupe Tous Fiers d'Être Argenteuillais.

Notes

[1] d'Héloïse à Jeanne d'Arc et de Karl Marx à Charles de Gaulle, ainsi que l'île.

Un mensonge à 26 millions d'euros

par Frédéric Lefebvre-Naré

Ce mardi 19 décembre 2017, en Conseil Municipal, l'Adjoint aux Finances, Xavier Péricat, a présenté les orientations budgétaires de l'équipe municipale pour 2018. Comme je le lui ai répondu :

Ces orientations budgétaires ont quelque chose de magique. Non pas au sens où le magicien ferait apparaître un lapin dans le chapeau, mais au sens où la spectatrice volontaire, ou le spectateur, disparaît de la caisse où le magicien l’a mis.

Que mettez-vous dans la caisse ? Des impôts parmi les plus élevés de France. Des dotations qui, vous le dites enfin clairement, sont stables depuis plusieurs années pour Argenteuil, alors qu’elles ont sévèrement baissé ailleurs et que le gouvernement prévoit de les baisser plus vite encore.

Qu’est-ce que vous sortez de la caisse ? Des dépenses de fonctionnement réduites grâce à une gestion 'exceptionnelle', des charges d’intérêt 'en baisse', portant sur un total de dette lui-même en baisse.

Donc dans la caisse, il doit rester une magnifique épargne, que vous vantiez lors des derniers débats budgétaires : de quoi de réaliser les nombreux investissements dont Argenteuil a besoin : parce que créer 15 classes par an sans ouvrir d’école, c’est intenable ; un seul bassin de piscine pour 108000 habitants, ça ne répond pas aux besoins ; sans parler de notre salle des fêtes municipale, bien vieillie et qui aurait grand besoin d’être rénovée.

Et là, magie : une seule ouverture d’école projetée sur les 6 ans de mandat ; pas de nouveau bassin, mais une étude sur les voies et moyens de restaurer éventuellement celui que vous avez fermé ; et plutôt que de rénover la salle des fêtes, vous vendez le cœur de l’île d’Argenteuil à un promoteur qui n’a aucune expérience en gestion de salle de spectacles, en l’autorisant à construire 25000 mètres carrés de logements et de commerces à son seul profit.

Principal investissement annoncé, avec quelques queues de projets 2017 : on refera la surface synthétique du terrain Alain Mimoun.

Pourquoi la boîte est-elle vide ?

Où sont passés les millions ?

À ce Conseil Municipal, le 30 mars 2016, vous avez fait voter une série de conventions grâce auxquelles Argenteuil allait bénéficier du fonds de soutien à la renégociation de six emprunts toxiques, une partie de ceux que vous aviez contracté dans votre premier mandat, et qui avaient fait d’Argenteuil la ville aux finances les plus fragilisées de France, ou la 2ème, quelques millions d’euros derrière Marseille, excusez du peu[1].

En commission des Finances, je vous avais demandé quel était le montant des pénalités, dont l’État allait prendre en charge une partie, mais le reste allait devoir être supporté par les Argenteuillais.

Vous m’aviez répondu en Conseil, selon mes notes de l’époque et selon le PV, je le cite :

« L’ensemble des aides porte sur un capital restant dû, refinancé, de 48,1 millions d’euros, et sur une indemnité de remboursement anticipé de 20,75 millions d’euros ».

Ça ne collait pas avec les estimations que nous avions faites, à Engagés pour Argenteuil. Je vous avais donc demandé les chiffres emprunt par emprunt. Vous me les aviez promis, mais pas transmis. Je vous ai relancé par lettre recommandée, sans réponse. J’ai fait appel à la Commission d’accès aux documents administratifs, et au final, après donc un an et demi d’attente, j’ai reçu ces documents. Je ne peux pas vous en remercier, mais enfin, je les ai reçus.

Monsieur Péricat, vous avez dit à ce Conseil, à votre équipe, à l’opposition et aux Argenteuillais, que ces 6 emprunts avaient été renégociés avec une pénalité de 20,75 millions d’euros. C’était en réalité 2,25 fois plus. C’était 46,784 millions d’euros. Vous nous avez menti, et vous avez menti à votre propre équipe, de plus de 26 millions d’euros.

Et accessoirement si je puis dire, l’aide étant de 21,219 millions, il en reste plus de 25 millions à la charge des Argenteuillais.

C’est quoi 25 millions ? C’est de quoi construire une école primaire, plus une piscine de 25 mètres, plus une salle des fêtes de la taille de Jean Vilar.

D’une part, la Ville est ligotée par les conséquences de votre aventurisme financier pendant votre premier mandat ; d’autre part, ce Conseil est enfumé par vos mensonges éhontés sur la situation financière.

Vous me permettrez de rappeler ce que vous nous disiez au début de votre deuxième mandat, en décembre 2014 :

« les emprunts structurés avec risque de change, il n'y en a plus beaucoup ; un a été renégocié en décembre. Le risque est supprimé ».

Risque supprimé. Inexistant. Et dans votre chapeau de prestidigitateur, ce risque inexistant s’est soudain matérialisé à hauteur de 47 M€ de pénalités, dont 25 millions à notre charge.

Monsieur Péricat : quelle confiance méritez-vous ?

Ceci est un débat d’orientation budgétaire ; mais comment nous orienter si on nous enfume ?


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Notes

[1] En fait 1 seul million d'€ derrière Marseille, chiffres 2012.

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