Blog d'Engagés pour Argenteuil

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mardi 18 février 2020

Merci pour ce très long CDD !

Tribune dans le magazine municipal de février

Vous avez accordé en 2014 un mandat de 6 ans à un représentant d’Engagés pour Argenteuil, Frédéric Lefebvre-Naré (qui signe cette tribune), de même qu’à ses 54 collègues.

Merci pour cet honneur et cette confiance. « Conseiller » est une mission difficile, dans la tension partisane et personnelle qui caractérise la politique argenteuillaise. Il vous revient de juger du travail accompli.

Merci à celles et ceux qui nous ont ainsi aidé dans cette mission en nous interpellant, informant, apportant idées et expériences.

Merci à l’équipe d’Engagés pour Argenteuil — Pierre Belot, Pierre Bruneau, Bernard Rols — présents et actifs sans faille au cours de ces 6 années pour étudier les sujets de la ville, aller sur les sites concernés par des décisions, décortiquer budgets, emprunts et renégociations… Ainsi nous avons pu, sur chaque sujet en Conseil municipal et sur beaucoup d’autres, informer les Argenteuillais, vérifier ou réfuter les arguments de la municipalité, proposer des alternatives.

Merci aux colistiers, collègues de l’opposition, et même de la majorité dont l’attitude a été marquée, au-delà des désaccords et, hélas, des embrouilles, par le respect républicain.

Merci et bravo aux agents de la Ville, dont le comportement a toujours associé, pour ce dont j’ai eu connaissance, loyauté envers l’exécutif, et neutralité politique.

Merci aux lectrices et lecteurs de cette tribune et du blog, à celles et ceux qui commentent ou alimentent le débat sur Twitter ou Facebook.

Le moment revient de dire ses préférences pour l’avenir d’Argenteuil. Souhaitons que l’échange respectueux, le débat constructif, le travail commun et l’entraide, président au travail au futur Conseil municipal, comme ils rythment le quotidien des Argenteuillais.


En complément de cette tribune, j'invite bien sûr, celles et ceux qui voudraient que ce travail se poursuive dans les 6 prochaines années, qui pourraient contribuer plus activement au débat municipal,… à rejoindre l'une des listes que se présentent à ces élections, notamment celle à laquelle je participe, Argenteuil en commun ! Elle a été ouverte depuis le début à toutes et tous ceux qui partagent ses objectifs, ses valeurs, ses engagements : cette volonté, étrangement, a fait fuir plusieurs de celles et ceux (surtout de ceux) qui avaient participé à nos activités. Mais si vous trouvez que c'est une bonne façon de faire… engagez-vous :-) ! Pour que les portes restent ouvertes, il faut des femmes et des hommes pour les tenir ouvertes.

mercredi 4 décembre 2019

SNCF : Une nouvelle grève qui va s’éterniser ?

par Bernard Rols

Les syndicats de la SNCF s’opposent à la réforme de leur régime spécial de retraite et organiseront à partir du 5 décembre prochain, un mouvement de grève probablement reconductible à 3 semaines des fêtes de fin d’année.

Selon un sondage publié ce dimanche dans le JDD, 61 % des personnes interrogées préfèrent une harmonisation des régimes de retraite à l’existence de régimes spécifiques.

76 % des français se disent très largement favorables à une réforme du système de retraites.

Dans un esprit d’équité et de justice sociale, je suis également favorable à un système universel de retraite par points.

42 caisses de retraite, ce n’est également plus acceptable en coûts de gestion, car nous serons amenés à nous reconvertir tout au long de notre vie professionnelle, à l’inverse des carrières linéaires dans une seule branche professionnelle comme nous les connaissions, qui deviendront de plus en plus difficiles à réaliser.

S’agit-il alors pour les syndicats de la SNCF d’appeler à une grève corporatiste avec la volonté de maintenir un système de retraite avantageux pour les cheminots, financé grosso modo à 60 % par la dette publique ?

Très certainement, car selon l’IFRAP, le régime spécial de la SNCF c’est 3,2 milliards d’euros de subventions d’équilibre payées par le contribuable.

Mais pour autant, ne faut-il voir dans cette grève, qu’une revendication corporatiste des cheminots considérés comme des privilégiés par beaucoup de Français ?

Pour rappel, l'ouverture à la concurrence s'accélère puisque les transports nationaux (TGV) seront concernés à partir du 1er janvier 2020 ; les Intercités et TER le seront aussi.

La Cour des Comptes vient d'évaluer à 700 millions d’euros le surcoût de la politique sociale à la SNCF.

Il va sans dire qu’en l’absence de la suppression de leur régime de retraite spécial et d’une vraie négociation en interne sur les conditions de travail, les salaires et les effectifs, la SNCF risque de décrocher dans les prochaines années face à la libéralisation du transport ferroviaire voulue par l’Europe.

Certes, la concurrence existe déjà pour les TGV internationaux (Paris, Barcelone via Montpellier par exemple) et nous ne pouvons pas nous y opposer si nous voulons à notre tour conquérir des marchés européens.

En revanche, pour nos lignes intérieures LGV et pour nos lignes régionales, souhaitons-nous le démantèlement de notre entreprise ferroviaire historique au profit de sociétés privées ?

L’avenir aujourd’hui incertain de la SNCF, est primordial pour les cheminots et pour tous les Français, bien au-delà d’un conflit social pénalisant des milliers d’usagers sur plusieurs jours et d’une perte de chiffre d’affaires en millions d’euros pour la SNCF déjà lourdement endettée.

samedi 9 novembre 2019

Une société indivisible, laïque, démocratique et sociale : défi pour Argenteuil

par Frédéric Lefebvre-Naré, tribune dans le magazine municipal de novembre

Sur le blog d’Engagés pour Argenteuil, Bernard Rols vient de consacrer une grande tribune à la laïcité et aux valeurs constitutionnelles, celles d’une République « indivisible, laïque, démocratique et sociale », aujourd’hui menacées.

Indivisible ? Les communautarismes menacent de nous séparer en petites républiques de quartiers ou de réseaux, avec chacune sa loi, de plus en plus étanches.

Laïque ? L’islamisme, comme tous les discours politico-religieux, menace en permanence la souveraineté du peuple. Une morale religieuse peut être utilisée pour réduire la liberté des femmes, leur conseiller une « prudence » ou une « discrétion » qui entérineraient une domination masculine.

Démocratique ? Est-ce que chaque citoyen·ne a un statut égal, un poids égal dans la vie publique ? L’islamophobie, la discrimination généralisée que subissent les musulmans en tant que tels, dans la vie professionnelle et sociale, fait craindre une société à deux vitesses où certains auraient moins de droits que d’autres.

Sociale ? Que deviennent notre solidarité, la priorité à donner aux personnes les plus démunies par la vie, quand la société se clive entre pro- et anti-voile, entre les plus religieux et les plus inquiets de la présence publique des religions ?

Comment construire les écoles et les colonies de vacances auxquelles tous les parents confieront leurs enfants avec confiance, certains qu’ils y seront éduqués dans le respect de leurs valeurs, et qu’ils seront enrichis dans la rencontre des différences ?

Comment retrouver un espace public harmonieux, respecté par tous et où tous se respectent ?

C’est le défi le plus profond pour la ville d’Argenteuil dans les mois et les années qui viennent.

dimanche 3 novembre 2019

Notre laïcité et autres valeurs républicaines : comment les comprendre et nous les réapproprier ?

par Bernard Rols

Depuis l’attentat meurtrier à la Préfecture de Police de Paris et l’appel de notre Président Emmanuel Macron à lutter contre l’hydre islamique, les passions, exacerbées depuis plusieurs années, s’enveniment, au point de faire craindre que, dans un futur proche, la concorde devienne impossible entre les Français de confession musulmane et ceux de confessions catholique, protestante ou juive, les athées, les agnostiques sans exclure les non-croyants.

Ces passions se déchaînent sur les mères voilées accompagnant les sorties scolaires, et dérivent à vouloir interdire le port du voile sur la voie publique.

L'attaque de la mosquée de Bayonne par un complotiste d’extrême droite a fait 2 victimes innocentes.

Certains trouvent même un réel intérêt politique à répandre la confusion entre immigration économique, islam et islamisme fondamentaliste.

Selon un récent sondage commandé par le JDD, 61 % des personnes interrogées pensent que l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française, et 78 % pensent que la laïcité est menacée.

Ces % sont édifiants et surtout alarmants !

Pourquoi avons-nous autant de crispations sur l’islam depuis des années?

Plutôt que de vouloir rentrer dans ce débat, ô combien passionnel s’il n’est déjà devenu hystérique, essayons d’analyser cette spécificité bien française qu’est notre principe de laïcité.

Regardons par exemple vers les pays anglo-saxons.

Les anglais ont pour devise : « God save the Queen »

Qui en France, accepterait que notre devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » soit remplacée par « Dieu sauve notre Président de la République » ?

Aux Etats-Unis, le Président nouvellement investi dans ses fonctions, prête serment sur la Bible[1].

Aurions-nous accepté que Sarkozy, Hollande ou Macron fassent la même chose en arrivant à l’Elysée ?

Commençons par relire la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat (dans sa version consolidée au 30 octobre 2019) pour en comprendre le fondement juridique.

Article 1 :

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »

La République assurant la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, l’islam en tant que religion a bien toute sa place dans notre société.

Ce n’est donc pas une loi liberticide mais au contraire, elle permet à chacun de croire, de pratiquer sa religion ou de ne pas croire.

Article 2 : (ces 2 premiers articles font l’ossature de la loi de 1905)

« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. »

Si la République "ne reconnaît aucun culte", cela ne veut pas dire pour autant qu’elle ne reconnaît pas les croyants (et les non croyants) mais du fait de la séparation au nom de la laïcité, entre la foi personnelle et la vie publique, elle ne reconnaît que des citoyens libres et égaux en droits.

Cette séparation de la sphère privée qui relève de la foi de chacun, de la sphère publique qui rentre dans le champ politique de notre nation et le sens du bien commun, est notifiée dans les articles 26 et 28 de la loi.

Article 26 :

« Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte. »

Article 28 :

« Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

La Loi prévoit même en son article 32 des sanctions à toute personne qui entraverait la liberté d’un culte.

« Seront punis des mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d'un culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces exercices. »

Emmanuel Macron a déclaré récemment « le port du voile sur la voie publique n’est pas mon affaire », ce qui a provoqué une nouvelle polémique.

Je pense que, en sa qualité de Président de la République française, garant de nos institutions républicaines, il se référait à l’article 9, paragraphe 14, de la loi de 1905 :

« L'Etat, les départements les communes et les établissements publics ne peuvent remplir ni les charges pieuses ou cultuelles, afférentes aux libéralités à eux faites ou, aux contrats conclus par eux, ni les charges dont l'exécution comportait l'intervention soit d'un établissement public du culte, soit de titulaires ecclésiastiques. »

Il n’appartient donc pas à la République de dire si les musulmanes doivent ou pas porter le voile dans l’espace public.

Le port de signes religieux ou ostentatoires est interdit seulement aux agents de la fonction publique, hospitalière et des collectivités territoriales, en vertu du principe de neutralité.

Par ailleurs, il est fort probable que la loi votée par le Sénat sur l’interdiction du port du voile lors des sorties scolaires soit retoquée par le Conseil Constitutionnel[2].

Une forte majorité de personnes pensent que la laïcité est menacée alors que paradoxalement nous sommes tous très attachés à cette loi qui garantit le libre exercice des cultes !

Aucune « croisade » -dans son sens historique- contre l’islam n’est menée en France; mais cette forte majorité de personnes a peur que les pratiques religieuses liées au culte musulman débordent de la sphère privée pour se répandre dans la sphère publique.

Une forte majorité de personnes pense aussi que l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française.

Rappelons les valeurs de notre République.

L’article 1 de la constitution du 4 octobre 1958 proclame :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

Les 4 piliers de notre République sont l’indivisibilité, la laïcité, la démocratie et la sociabilité.

Ces 4 piliers sont comme les arcades d’un pont, ils sont indissociables l’un de l’autre.

Ils supportent ensemble notre « pont France » et c’est par ces 4 valeurs inaliénables que notre République française se définit.

Etudions la sémantique de chacune des valeurs de la société française pour mieux en comprendre les portées humanistes, universelles et historiques.

Le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau définit l’indivisibilité dans son ouvrage « Du contrat social » :

« Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps[3] chaque membre comme partie indivisible du tout »

Quelle meilleure pensée philosophique et politique que celle-ci sur l’indivisibilité d’un peuple ?

Dans notre démocratie, la souveraineté appartient au peuple.

Ainsi notre République ne peut pas être et ne serait être analogue à une théocratie (qui, rappelons-le, est une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir politique, considéré comme émanant de Dieu, est exercé par ceux qui sont investis de l’autorité religieuse.)

La laïcité, comme nous venons de le voir, est en soi une vraie exigence pour chaque Français.

Elle nous oblige à chercher nos valeurs universelles pouvant nous réunir pour le bien commun plutôt que nous assigner à résidence dans nos différences religieuses.

La sociabilité se définit comme le réseau de relations sociales établies dans des groupes présentant une cohérence idéologique, culturelle ou religieuse.

Par ailleurs, notre Constitution assure devant la loi, l’égalité de tous les citoyens, et la première de ces égalités est sans aucune équivoque possible celle qui existe de droit entre les femmes et les hommes.

Rectifions donc l'opinion hélas majoritaire : ce n’est pas l’islam qui est incompatible avec les valeurs de la société française, mais le communautarisme érigé en son nom.

Nous appréhendons que l’indivisibilité qui fait l’unicité de notre peuple et la particularité singulière de notre nation, n’éclate en communautés religieuses ou ethniques irréconciliables entre elles.

Nous craignons de nous diviser sur des questions religieuses alors que notre laïcité nous permet de vivre ensemble.

Nous redoutons que le port du voile n’asservisse la femme qui ne serait plus l’égale de l’homme.

Comment garantir à notre nation une cohérence culturelle ou religieuse si nous nous assignons volontairement dans nos diverses cultures ou religions ?

La France est souvent citée comme étant une nation multiculturelle, au sens où elle peut assimiler toutes les cultures d’où qu’elles viennent.

Mais la France a toujours été multiculturelle !

Depuis la « Francie occidentale » que reçut Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne) lors du traité de Verdun en 843, traité qui, pour beaucoup d’historiens, est l’acte de naissance juridique du Royaume de France, la France a été toujours multiculturelle.

Nos cultures régionales sont diverses, mais toutes réunies ont donné la culture française.

Les histoires de la Bretagne, de l’Aquitaine, de l’Occitanie, de la Corse… sont toutes différentes mais toutes les histoires régionales font l’Histoire de France.

Notre pays traverse en ce moment de pertes d’identités et de repères sociaux, une période douloureuse de sa longue histoire mais je ne désespère pas que le bon sens, l’envie d’avoir à nouveau un destin commun l’emporteront sur notre crise identitaire actuelle.

Notes

[1] Ou sur un autre texte, selon sa préférence.

[2] La loi de 2004 concernant le port du voile à l'école est ici.

[3] On écrirait aujourd'hui "en propre"

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